Reportage dans le Lot-et-Garonne

La culture du tabac, soutenue par un savoir-faire local et de nouveaux débouchés


TNC le 20/11/2020 à 18:05

La culture du tabac est en déclin depuis les années 1970 en France. Aujourd’hui, les grands pays producteurs sont la Chine, le Brésil et l’Inde. Néanmoins, des producteurs français se mobilisent pour pérenniser la culture et leur savoir-faire. Dans le Lot-et-Garonne, Traditab a notamment créé une marque de tabac à rouler locale et travaille aussi à l'utilisation du tabac pour de nouveaux débouchés (e-liquides, synthèse de nicotine...).

En France, la filière tabac représente environ 1 500 ha et regroupe moins de 400 producteurs. (©TNC)

Traditab a été créée en 2008 par les producteurs de la coopérative Tabac Garonne Adour, pour « pallier la baisse des soutiens à la production de tabac dans le cadre de la réforme de la Pac et la difficulté d’obtenir des prix suffisamment rémunérateurs, de la part des grands clients de la filière ». L’idée est alors de « valoriser la production régionale (200 ha et 120 producteurs) en concevant, fabricant (aujourd’hui à façon) et en commercialisant en France des produits finis de tabac composés exclusivement de tabacs issus de la production locale », explique l’entreprise.

Retrouvez aussi le témoignage de Benoit Labouille, l’un des producteurs de Tabac Garonne Adour : Diversification – Le tabac pour limiter la dépendance vis-à-vis des industriels

Elle a créé une marque de tabac à rouler : « 1637 », qui fait référence à la première année de culture du tabac en France, à Clairac (Lot-et-Garonne). Consciente que « le marché du tabac dans l’Hexagone subit une baisse de volume qui va se poursuivre de manière inéluctable », l’entreprise travaille notamment à l’utilisation du tabac pour des produits alternatifs (e-liquides, synthèse de nicotine…), qui pourrait relancer la filière.

Le vapotage, un nouveau débouché porteur  ?

Deux autres marques ont été développées en 2019 : « Solelhal » pour les tabacs expansés et « Mostacha » pour les e-liquides, à base de macération de tabac issus du Sud-Ouest, fabriquée localement. L’activité, qui a démarré avec 6 salariés en 2008 et une production de 5 tonnes de tabac à rouler, compte ainsi aujourd’hui 36 employés et un chiffre d’affaires de 12 millions d’euros (391 tonnes de produits finis en 2019).

Traditab fournit également d’autres entreprises, comme Terroir et Vapeur (Tevap) par exemple, spécialisée dans la production d’e-liquides naturels pour le vapotage et installée au sein de l’Agropole d’Agen (Lot-et-Garonne). Après deux années de recherche, Tevap a mis au point « un process spécifique qui extrait les saveurs des plantes en évitant l’encrassement des résistances », indique Jean-Michel Guibert, co-fondateur de Tevap. La production locale leur permet de s’appuyer sur un savoir-faire ancestral « tant au niveau des techniques de récolte que du séchage et de la maturation. Au-delà du tabac, les e-liquides, produits haut de gamme, contiennent également des arômes naturels qui sont obtenus par la macération de plusieurs plantes (vanille, réglisse, anis…). Ces macérats sont ensuite raffinés par un procédé entièrement naturel et strictement mécanique ».

Une culture à « haute valeur ajoutée »

Parmi les producteurs de tabac local sur lesquels Tevap peut compter, Bernard Raffaello en cultive 4 ha sur la commune de Buzet-sur-Baïse (Lot-et-Garonne) depuis 1985. Avec une SAU de 40 ha, il mise « sur des cultures à haute valeur ajoutée :  blé semences, maïs semences, soja semences, fraises, tomates… et plus récemment la vigne ». Et avec un rendement entre 2,5 et 3,5 t/ha, le tabac représente « l’une des cultures les plus rémunératrices de l’exploitation », indique l’agriculteur : la marge nette avoisine les 4 000 à 5 000 €/ha (en comptant 12 €/h de main d’œuvre).

« Le mildiou est l’un des principaux points d’attention de la culture, les intrants autorisés étant assez limités. […] La période est également compliquée avec la prolifération d’orobanche ». Pour les parcelles concernées, le producteur teste de ne pas revenir avec la culture de tabac avant dix ans.

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Bernard Raffaello, devant un de ses quatre fours fonctionnant au propane pour le tabac de Virginie. La variété Burley est, elle, séchée en serres. (©TNC)

Cette culture nécessite aussi « beaucoup de main d’œuvre (environ 350 h/ha) », « un recours obligatoire à l’irrigation » et « des investissements conséquents pour le séchage notamment : fours pour la variété tabac de Virginie et serres maraîchères adaptées pour la variété Burley », ajoute Bernard Raffaello, qui va prendre sa retraite l’année prochaine. Son fils, qui s’installe en fin d’année et semble « plus intéressé par la vigne », devra alors faire le choix de perpétuer ou non ce savoir-faire familial et local dans les années à venir.