Faut-il se presser de semer les céréales ?
TNC le 11/09/2026 à 15:26
Les semis approchent et le choix de la date va de nouveau peser lourd dans les parcelles infestées de graminées. Dans ses recommandations pour la campagne 2026-2027, Arvalis rappelle l’intérêt du décalage des semis pour limiter vulpins et ray-grass. Une stratégie d’autant plus importante que le flufénacet ne pourra plus être utilisé après le 10 décembre 2026.
Semer tôt permet de profiter de bonnes conditions d’implantation et de sécuriser la levée. Mais dans les parcelles fortement infestées, la stratégie peut être contre-productive. Le décalage de la date de semis constitue l’un des principaux leviers agronomiques disponibles pour limiter les graminées.
Les références d’Arvalis montrent qu’un décalage de 15 jours peut réduire de plus de 50 % le nombre d’adventices. L’institut rappelle également que la nuisibilité des graminées peut atteindre 2 à 3 q/ha pour seulement 10 plantes/m². Avec 100 graminées/m², niveau qui n’est pas rare dans certaines parcelles des Hauts-de-France, la perte potentielle peut ainsi atteindre 20 à 30 q/ha si elles ne sont pas maîtrisées.
Le calcul mérite donc d’être posé avant de sortir le semoir : accepter quelques jours de retard peut coûter du rendement, mais laisser s’installer une forte population de vulpins ou de ray-grass peut coûter beaucoup plus cher.
Le rendement n’est pas le seul critère
La date de semis ne dépend pas que des adventices. Elle influence également les risques liés aux ravageurs d’automne et aux maladies. Les recommandations régionales d’Arvalis intègrent ainsi le risque pucerons, cicadelles et limaces, en plus des critères de désherbage.
Le choix doit aussi tenir compte de la parcelle, du type de sol, de la variété et des conditions d’implantation. La densité de semis doit par exemple être adaptée à la période choisie, et aux conditions pédoclimatiques. Arvalis rappelle qu’en cas de mauvaises conditions d’implantation, il est nécessaire d’augmenter la densité pour compenser les pertes de pieds.
Il n’existe pas de date idéale pour toutes les parcelles. La bonne stratégie consiste à adapter sa date de semis au risque agronomique.
Le flufénacet vit sa dernière campagne
Autre difficulté cet automne : le désherbage chimique. Le flufénacet, largement utilisé dans les programmes antigraminées des céréales, ne pourra plus l’être après le 10 décembre 2026, faute d’avoir reconduit son homologation européenne.
Arvalis propose donc deux types de programmes : certains intégrant encore des produits à base de flufénacet, d’autres sans cette substance active. L’objectif est de préparer les stratégies de désherbage à l’après-flufénacet.
Cette évolution intervient alors que certaines exploitations peinent déjà à maîtriser les graminées… notamment avec le développement des résistances. C’est pourquoi Arvalis insiste sur la nécessité de combiner les leviers agronomiques et chimiques, et d’alterner les modes d’action au sein de sa rotation.
Ne pas attendre le semis pour décider
Les guides régionaux « Choisir & Décider » publiés par l’institut pour la campagne 2026-2027 actualisent les recommandations à partir des résultats d’essais de 2026. Ils abordent les variétés, les rendements, les dates et densités de semis, la protection des semences, les ravageurs d’automne, les limaces et les stratégies de désherbage.
Pour les parcelles à forte pression de vulpins ou de ray-grass, le message est clair : la stratégie commence avant même que le blé ne lève. Date de semis, rotation, faux-semis, travail du sol et programme herbicide doivent être réfléchis en amont. Néanmoins, sans flufénacet, pas sûr que les stratégies de désherbage actuelles seront efficaces bien longtemps.