Après quatre ans dans le rouge, les céréaliers demandent 450 €/ha pour repartir
TNC le 09/09/2026 à 11:39
La hausse des charges, les prix bas, les tensions géopolitiques et pour finir les aléas climatiques ne vont sans surprise pas permettre aux céréaliers de retrouver un revenu positif cette année. Pour l’AGPB, les pertes se chiffrent à 900 €/ha et imposent un soutien massif des pouvoirs publics, bien au-delà de ce que prévoit le plan d’urgence annoncé vendredi.
Avec une quatrième année dans le rouge pour les producteurs de céréales, le manque de rentabilité est désormais structurel, constate l’AGPB, qui tenait le 8 septembre son point presse de rentrée. Le bilan semble sans appel : « nous avons une perte de 6,5 milliards d’euros cette année en grandes cultures », constate Éric Thirouin, président de l’AGPB, dont la moitié de l’enveloppe pour les céréales à paille. Car si ces cultures ont été un peu moins impactées par la sécheresse, elles représentent des surfaces importantes et souffrent de prix qui ne couvrent pas les coûts de production.
La production d’orges de printemps est ainsi en retrait de 31,3 % par rapport à la moyenne 5 ans (hors 2024), le blé dur recule de – 20,8 %. En blé tendre, la baisse est de – 4,3 % sur 5 ans, mais elle représente 1,4 million de tonnes de perdues entre 2025 et 2026. « On est vraiment dans une rupture », constate Éric Thirouin.
Un « abandon de l’outil productif »
Depuis 10 ans, ce sont ainsi 900 000 ha de céréales à paille qui ont été perdus, rappelle l’AGPB. En parallèle, les rendements poursuivent une « chute inexorable » qui pourrait conduire, si la tendance se poursuit, à perdre 6 Mt entre 2026 et 2036. « C’est exactement ce que la France exporte sur les pays tiers », précise Éric Thirouin.
D’autant que le dérochage des céréaliers « a du mal à être intégré par les politiques », poursuit-il, déplorant « un abandon de l’outil productif agricole ». Or, une exploitation qui disparait « ne peut pas se recréer par un décret », ajoute le président de l’AGPB. Et les plans de soutien élaborés année après année ne s’apparentent qu’à « des pansements qui ne réparent pas la fracture ».
Un soutien immédiat à la trésorerie
Si l’AGPB ne demande pas à combler les 900 €/ha de perdus cette année, « il faut au moins trouver la moitié de cette somme pour repartir » et investir dans les semis l’année prochaine, explique Éric Thirouin, conscient qu’il s’agit de « sommes colossales ». Et il faut surtout de la simplicité, ajoute-t-il. À l’inverse du plan engrais, déployé en juillet, et sur lequel seuls 5 M€ sur 145 M€ ont été demandés, faute d’adaptation aux réalités du terrain, explique-t-il.
Une simplicité qui permettrait également d’assouplir certaines obligations, comme celle de couverture l’hiver en interculture longue. « Il y a un intérêt agronomique, mais aujourd’hui les couverts qu’on va semer et qui ne vont pas pousser, c’est 40 €/ha jetés par la fenêtre, sans avoir après le bonus écologique », déplore Geoffroy de Lesquen, secrétaire général adjoint de l’AGPB.
Un autre levier à activer pourrait être la suspension de la Redevance pour pollution diffuse (RPD). Les deux assemblées ont voté en faveur cette possibilité en cas de crise exceptionnelle, et si le Conseil constitutionnel l’a retoquée en tant que cavalier dans la loi d’urgence, cela n’empêche pas le gouvernement de l’inscrire dans la loi de finances, en permettant ainsi de dégager 211 M€.
Aides couplées, assurance, pour des filets de sécurité
À plus long terme, l’AGPB reste en attente d’une réelle vision politique, capable de redonner foi en l’avenir pour les céréaliers. Le syndicat se bat pour le maintien d’un budget Pac à la hauteur, avec des moyens constants qui seraient réservés à des aides couplées cycliques sur les céréales. « Si les prix remontent, on réduit les aides couplées », et inversement, explique Éric Thirouin.
L’assurance récolte pourrait également faire office de filet de sécurité, à condition de faire baisser la franchise aujourd’hui de 20 % minimum, selon les règles de l’OMC. Une modification pourrait être faite à Bruxelles pour permettre d’avoir une franchise à 0, comme pour l’assurance grêle.
Enfin, alors que le déclin de la production céréalière est particulièrement net dans les zones intermédiaires, l’AGPB propose de mettre en place des zones franches, avec des détaxes pour « ceux qui ont des projets et veulent produire sur le territoire », indique Éric Thirouin.
Interrogés en fin d’été dans le cadre du baromètre 2026 de l’AGPB, les céréaliers se disent en majorité préoccupés par le changement climatique (38,6 %), la fragilité de leur trésorerie (36,1 %) et le prix des engrais (33,4 %), mais ils ne sont « pas résignés », assure Éric Thirouin. « Ils parlent d’adaptation au changement climatique, donc d’avenir et de volonté de s’adapter », précise-t-il. « Mais pour cela, il faut du revenu et une réglementation stable. Est-ce que l’État est au rendez-vous aujourd’hui ? », demande-t-il. Le plan d’urgence ne permet pas, actuellement, de répondre par l’affirmative. Néanmoins, d’autres mesures agricoles pourraient être annoncées dans les jours ou semaines qui viennent.