Résultats d'essais

Comment « gérer les couverts sans labour ni chimie » ?


TNC le 01/10/2021 à 08:43
Une fois qu'on a choisi la date, on peut discuter de la manière dont on va détruire le couvert. Une décision à raisonner notamment selon la fenêtre climatique disponible, le développement du couvert et le choix des espèces. (©Alain Van de Kerckhove et Agro-Transfert)

Une fois qu'on a choisi la date, on peut discuter de la manière dont on va détruire le couvert. Une décision à raisonner notamment selon la fenêtre climatique disponible, le développement du couvert et le choix des espèces. (©Alain Van de Kerckhove et Agro-Transfert)

Pour le dernier jeudi « couverts » organisé le 23 septembre, les équipes d'Agro-Transfert ont présenté leurs résultats de recherche sur la gestion des couverts sans labour ni chimie. Et avant même de choisir la technique appropriée, « il y a aussi le choix de la période de destruction qui est important », précise Romain Crignon, chargé de projet. Retour sur les pistes identifiées.

Avec le projet « Multifonctionnalité des couverts d’interculture » (2015-2020), Agro-Transfert et ses partenaires1 entendent « favoriser la généralisation de couverts d’interculture performants », indique Gaëtan Leborgne, conseiller de la chambre d’agriculture de l’Aisne. Organisation, semis, matériel, services rendus, destruction… : de multiples thématiques ont été passées en revue, via des expérimentations au champ, des expérimentations virtuelles, de la bibliographie, etc.

Premier élément de choix : la période de destruction

On met souvent en avant « l’impact de la date d’implantation, favoriser plutôt des dates d’implantation précoces pour maximiser les services rendus par les cultures intermédiaires ». Mais la « grande variabilité » de dates de destruction possibles en fonction des terroirs et des pratiques des agriculteurs peut également jouer, indique Romain Crignon. 

Avec une destruction précoce des couverts, on peut, en effet, mettre en avant le fait de « sécuriser la destruction (conditions météo et de portance plus sûres), de laisser plus de temps aux résidus de se décomposer… selon les travaux de Thorup-Kristensen (2003). À l’inverse, une destruction tardive va permettred’augmenter la biomasse produite et les quantités d’éléments minéraux absorbés/fixés et d’éviter les pertes d’azote issu de la minéralisation du couvert ». Des essais réalisés à Verneuil-sur-Serre (Aisne) ont montré aussi une « meilleure stabilité structurale du sol avec une destruction tardive d’un couvert (avril) avant maïs, plutôt qu’une destruction précoce (décembre) », ajoute Romain Crignon. 

Cinq modalités de couverts ont été testées avec une destruction soit en novembre, soit en mars. (©Agro-Transfert)

Parmi les autres éléments de choix : la mise à disposition de l’azote pour la culture suivante. Et là, le type de couvert rentre aussi en compte : « l’effet de la date de destruction sera d’autant plus positif que le couvert est productif et qu’il conserve un C/N faible » (voir image ci-dessus). 

Quelles nouvelles solutions à disposition ? 

Une fois qu’on a choisi la date, on peut ensuite discuter de la manière dont on va détruire le couvert. Une décision à raisonner notamment selon la fenêtre climatique disponible (exemple ici pour la station de Saint-Quentin dans l’Aisne), le développement du couvert et le choix des espèces. 

« Avec les débats autour du glyphosate, beaucoup de questions se posent quant à la dépendance des systèmes sans labour, voire sans travail du sol, à cette molécule. Plusieurs agriculteurs cherchent notamment à réduire leur consommation liée à la destruction des couverts », indiquent les experts Agro-Transfert. On distingue alors deux étapes avec les techniques de destruction alternatives : « la destruction des parties aériennes du couvert (ou des repousses de céréales et d’adventices), puis celle du pivot ou du plateau de tallage ».  

 
(©Agro-Transfert)

Pour la partie aérienne, le broyage des couverts reste la technique la plus utilisée, mais certains agriculteurs y voient « une intervention supplémentaire parfois longue et coûteuse ». Agro-Transfert et ses partenaires ont alors lancé une traque aux innovations pour trouver d’autres alternatives sans recours à la chimie, ni au labour. Parmi les pratiques identifiées, « la récolte du couvert constitue un bon moyen de le maîtriser » : il peut être valorisé pour l’alimentation animale ou la méthanisation. « Mais l’exportation des parties aériennes peut influencer les services écosystémiques rendus, du fait de l’export de la matière organiques et des éléments minéraux contenus ». 

Autre solution sinon : le pâturage des couverts. Il existe, par exemple, des échanges entre agriculteurs et éleveurs, qui témoignent « d’un partenariat gagnant-gagnant. L’action des moutons est semblable à « un broyeur à l’avant et un épandeur à l’arrière » ». « Les restes de couverts piétinés par les moutons forment un paillage qui réduit les levées d’adventices dans l’hiver », selon un agriculteur. En contrepartie de la mise à disposition de la parcelle, l’éleveur fournit des semences de couverts.

En savoir plus : Effet du pâturage des couverts sur les cultures

« La destruction des racines, collets et plateaux de tallage des végétaux du couvert et des adventices dans le couvert ensuite pose, généralement, plus de problèmes car « le risque de repousse ou de repiquage est important ». Afin de maximiser les résultats, beaucoup d’agriculteurs préfèrent attendre le gel pour réaliser l’intervention mécanique. 

Différents outils arrivent aussi sur le marché à cet effet. Agro-Transfert et ses partenaires ont choisi d’en étudier quatre en particulier dans le cadre du projet. Les outils ont tous été  testés dans les mêmes conditions en novembre 2020.

Retrouvez les principaux résultats obtenus dans le tableau suivant : 

Outil testé  Caractéristiques Prix À noter Avis  5 jours après le passage de l’outil
Zasso Power XP300  Désherbeur électrique
-Vitesse d’avancement : 1 à 6 km/h
-Largeur de travail : 3 m
-Puissance nécessaire : 40 cv/m
Entre 160 000 et 200 000 € -Pas d’impact sur la vie du sol. 
-Ne déstructure pas le sol.
-Effet visuel entre 7 et 14 jours.
-Débit de chantier réduit notamment par la largeur de travail (entre 1 et 5 km/h selon les espèces présentes.
-Éviter de l’utiliser sous la pluie. Conditions idéales : plantes humides et sol sec.
-Des résultats pas forcément concluants. L’outil demande plus de temps pour démontrer son efficacité.
-Attention au risque « parapluie » si beaucoup de biomasse.
Kvick Finn Scalpeur équipé d’un cultivateur rotatif
-Largeur de travail : de 2,4 à 6,2 m
-Puissance nécessaire : 40 cv/m
Environ 24 000 m pour 3 m de largeur -Limite d’utilisation quand il y a beaucoup de pierres ou pour des couverts très développés. -Bons résultats : toute la surface est touchée.
-Formation d’un mulch à la surface du sol.
-Léger risque de repiquage.
Dyna Drive Déchaumeur rotatif auto-animé

-Vitesse d’avancement : 8 à 12 km/h
-Largeur de travail : 1,6 à 6 m
-Puissance nécessaire  : 40 cv/m 

Entre 15 000 et 47 000 euros -Outil assez polyvalent : pas de contraintes sur les espèces.
-Éviter des conditions très humides.
-Résultats plutôt moyens (les réglages pour cet essai n’étaient pas forcément optimaux).
-Irrégularité sur la largeur.
Treffler TGA Rouleau hacheur frontal + scalpeur
-Vitesse d’avancement : 5 à 12 km/h
-Largeur : 3 à 7,2 m 
– Puissance nécessaire : 40 cv/m
Rouleau : environ 11 000 €
Scalpeur : environ 18 000 €
-Possibilité de travailler dans de nombreuses conditions -Passage unique du rouleau : toutes les plantes couchées. Par contre, il faut une forte biomasse pour une belle destruction.
-Passage unique du scalpeur : tous les couverts touchés, mais formation d’un andain (inconvénient pour la dégradation)
-Combinaison rouleau + scalpeur : très bons résultats, y compris en profondeur.
À noter  : « les résultats obtenus restent spécifiques aux essais réalisés avec les couverts en place, les conditions particulières de l’année et les réglages différents selon les matériels. Cela mérite d’être adapté en fonction des pratiques et du parc matériel de chacun ».

En conclusion de ces tests, « l’outil parfait n’existe pas, reconnaît Aymeric Lepage de la chambre d’agriculture de l’Aisne. Le choix va dépendre de plusieurs critères, dont la biomasse du couvert, les coûts de chantiers, les objectifs de l’agriculteur… » . 

Pour en savoir plus, retrouvez l’ensemble des résultats avec cette vidéo Agro-Transfert (cliquez sur le curseur pour lancer la lecture) :

Pour aller plus loin : retrouvez le site web dédié au projet Multifonctionnalité des couverts d’interculture.

1 : Ceresia, Chambres d’agriculture, UniLaSalle, Inrae, Arvalis, Coop de France Hauts-de-France, Fredon Picardie et Bio en Hauts-de-France.