Académie d'agriculture de France

Pourquoi remplacer le labour par du travail du sol simplifié?


Philippe Viaux, membre de l'Académie d'Agriculture de France le 05/11/2020 à 18:07
(©Getty Images)

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Pour tous les agriculteurs, le travail du sol remplit plusieurs fonctions : en premier lieu, créer un état du sol qui favorise la croissance et le développement de la culture ; mais aussi, enfouir les résidus de récolte et les fertilisants ou les amendements. Enfin, maîtriser les populations d'adventices. Dans une publication "Question sur...", l'Académie d'agriculture de France se penche sur le travail du sol simplifié : son évolution, ses intérêts et ses limites.

Entre la récolte d’une culture et le semis de la culture suivante, toute une série d’opérations de travail du sol peut être réalisée : déchaumage, labour, reprise, etc. ; chacune peut être réalisée avec des matériels très divers, généralement adaptés au type de sol.

Parmi ces outils, la charrue (avec versoir, et donc retournement du sol) a une place particulière : son utilisation reste très répandue, et c’est un outil symbolique de l’agriculture, même si les charrues modernes n’ont plus rien à voir avec les outils utilisés par nos ancêtres. Pourtant, depuis environ 50 ans, se développent des techniques de semis qui ont moins recours à la charrue et au travail profond du sol ; dites simplifiées, elles recouvrent de nombreuses variantes : semis direct sans aucun travail du sol, semis avec travail superficiel sur 5 à 10 cm, etc.

Évolution des surfaces en techniques simplifiées en France

Les techniques culturales simplifiées sont apparues en France dans les années 1970, développées par des agriculteurs qui avaient des enchaînements de culture de type maïs/blé, en Beauce et dans le Sud-Ouest. Il s’agissait pour eux de gagner du temps pour implanter du blé d’hiver derrière un maïs.

Dans les années 1980/1990, c’est surtout du blé tendre qui fut implanté avec les techniques sans labour. Bien que l’expérimentation ait montré que les rendements en blé n’étaient pas affectés par cette technique, la progression des surfaces en technique simplifiée s’arrêta rapidement (et même diminua dans certaines régions). En effet, entre 1985 et 2000, les surfaces en maïs dans le bassin parisien régressèrent fortement, et la suppression du labour pour gagner du temps entre la récolte du maïs et le semis du blé se justifiait alors moins.

Les techniques simplifiées vont progresser de nouveau à partir de 2002 : toutes les grandes cultures devinrent concernées, car l’objectif fut alors de réduire les coûts de production dans un contexte de réforme de la PAC qui avait entraîné une baisse des prix des produits agricoles : il fallut donc réduire les coûts de mécanisation à l’hectare, et gagner du temps au moment de l’implantation ce qui permet de planter plus de surface avec le même matériel.

Ce sont les cultures d’hiver qui sont en général implantées sans labour : les céréales d’hiver (blé tendre, blé dur, et orge d’hiver dans une moindre mesure) le sont largement, tandis que le colza – qui avait été peu concerné durant les années 1980 – progresse rapidement et atteint en pourcentage un niveau voisin, voire supérieur, à celui du blé d’hiver. Pour les cultures de printemps, le taux de surfaces implantées est plus faible et plus variable d’une année sur l’autre ; les implantations sans labour lors de printemps secs sont plus faciles à réaliser et ont plus de chance de réussir. Enfin il faut noter que les prairies temporaires sont très souvent implantées sans labour.

Les principales raisons qui justifient de pratiquer la simplification du travail du sol

Pour les agriculteurs qui choisissent cette pratique, il s’agit, le plus souvent, de diminuer les charges de mécanisation et d’accélérer l’installation des cultures. D’autres objectifs peuvent cependant être poursuivis, agronomiques et environnementaux, visant en particulier à maintenir ou à améliorer la fertilité du sol ; en effet, les techniques simplifiées permettent d’augmenter la teneur en matière organique et l’activité biologique de surface, de diminuer le lessivage de l’azote, de freiner l’érosion et de réduire les consommations de fuel.

Afin de connaitre les différentes méthodes d’implantation sans labour, le matériel adapté aux techniques simplifiées ou encore découvrir les situations adaptées au non labour et leurs effets sur les rendements, vous pouvez vous référer au document ci-dessous.

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