Ensilage de maïs : « il y a bien longtemps que l’on n’a pas fait une récolte comme ça »
TNC le 26/08/2026 à 05:05
Partout, les maïs déçoivent. Si les mauvais rendements ne sont pas une surprise, la récolte permet d’objectiver l’ampleur du déficit fourrager pour les éleveurs. Au nord comme au sud, les rendements sont en retrait de 30 à 50 %, voire davantage sur certains territoires.
En Côte-d’Or, chez Jean-David Chevallier, le compte n’y est pas. Habitué à récolter 12 à 13 tMS/ha de maïs ensilage, l’éleveur de Brunes devra cette année se contenter de 5 à 6 tMS/ha dans ses moins bonnes parcelles, et de 8 tMS/ha dans les meilleures. « On oscille entre -30 et -50 % de rendement par rapport à une année normale », résume-t-il.
« 30 à 50 % de rendement en moins » pour Jean-David Chevallier
Mais l’éleveur relativise : « nous avons de la chance d’avoir de faibles rendements, mais avec du grain. Nous verrons ce que donnent les analyses, mais le ratio tige/épi ne semble pas mauvais. »
Le manque d’eau a particulièrement pénalisé la culture. « Nous avons eu chaud, mais pas suffisamment pour compromettre la floraison. C’est surtout la sécheresse qui a contraint le rendement ».
Jean-David aborde la nouvelle campagne fourragère avec le stock de report de l’an dernier. « J’ai fait mes calculs avant l’ensilage. Avec l’équivalent de 5 mois de stock en silo, il ne me fallait que 5 à 6 tMS/ha pour faire la jointure. J’ai largement de quoi tenir l’année, mais ça veut aussi dire que je n’aurai pas de stock pour l’année prochaine ».
Un stock qui permet de passer le cap cette année, mais qui reporte la pression sur la prochaine campagne. Coutumier de l’affouragement estival, l’éleveur n’a pas été particulièrement démuni par la vague de chaleur de cet été, mais la succession d’aléas grignote peu à peu les stocks et interroge sur la robustesse des systèmes fourragers. « Je distribue environ 6 kgMS de maïs fourrage dans la ration de mes vaches. Avec la sécheresse de 2026, on voit que l’on a de plus en plus intérêt à diversifier ses ressources ».
Maïs a 15 T brute pla te entière 😬 d'après assurance mini épi mais épis quand même pic.twitter.com/Fn5VPx6SGw
— Jean-David Chevallier (@jeandavidCheva1) August 13, 2026
Chez Dominique Danguillaume, « la qualité ne remplit pas les estomacs »
À côté de Vervins, dans l’Aisne, « il y a bien longtemps que l’on n’a pas fait une récolte comme ça », regrette Dominique Danguillaume, éleveur de Blondes d’Aquitaine. Sur les limons profonds, les rendements avoisinent les 12 tMS/ha. « Ce sont des parcelles qui ressortent à 18 tMS en temps normal », commente l’agriculteur. « La qualité ne devrait pas être trop mauvaise, mais ça n’est pas la qualité qui remplit les estomacs ».
Si l’éleveur dispose de suffisamment de fourrage pour passer l’hiver, il constate la pénurie à l’échelle du territoire. « Nous sommes sur des secteurs qui sont habitués aux rendements hauts, et même si la récolte est moins mauvaise que dans d’autres régions, il manque quand même du fourrage ».
Pour Stéphane Charbonneau, « même les maïs irrigués sont en retrait »
Les maïs irrigués n’échappent pas à la tendance. Stéphane Charbonneau, éleveur de Charolaises en Vendée, évoque des rendements en retrait de 35 % malgré des tours d’eau réguliers. « Les maïs n’ont eu que 6 mm d’eau de pluie depuis le 20 mai. Nous les avons irrigués tout l’été, mais cela ne remplace pas la pluie ».
« Pire année en 25 ans » pour Antoine Thibault
Dans l’Eure, Antoine Thibault regrette des rendements particulièrement mauvais : « environ 30 % d’une année normale ». « C’est très très vilain », commente l’éleveur sur son compte X. En moyenne, la récolte avoisine les 5,5 tMS/ha avec de très importantes variations entre les parcelles irriguées et les non irriguées.
On s'attendait bien à une pilule en rendement, bah quand on récolte c'est pire.
Environ 30% d'une année normale c'est très très vilain.
L'équipe est là, l'entente est la même mais l'ambiance est morose pic.twitter.com/AZeEtl9gJM
— Antoine Thibault (@AgriSkippy) August 14, 2026
La qualité est elle aussi décevante, avec « moins de 10 % d’amidon ». « J’en ai encore 3 ha plutôt bons à acheter (environ 11-13 tMS) et l’assurance aléas climatiques va compenser un peu côté fourrage. Par contre, le coût alimentaire va exploser pour ne pas faire maigrir mes débuts de lactation ». Après 25 années d’élevage, le constat est sans appel. Il estime que 2026 est sa pire campagne fourragère.