Théo, jeune éleveur : « 4 kg de lait en moins par vache en 15 jours avec la sécheresse »
TNC le 24/07/2026 à 05:31
L’impact de la canicule et de la sécheresse est encore plus important pour les jeunes qui, comme Théo Broutchoux, viennent de s’installer en élevage bovin lait comme viande. Il y a seulement trois ans, il a rejoint la ferme familiale en Haute-Saône, où sont élevées une centaine de vaches laitières montbéliardes.
« Depuis un bon mois, les vaches n’ont plus d’herbe à pâturer, tout est grillé ! », lance Théo Broutchoux, installé depuis seulement trois ans, à 20 ans à peine, à Allaincourt en Haute-Saône, dans un système basé sur l’herbe et le pâturage, avec 205 ha de prairies sur une SAU de 250 ha. Alors il est obligé de les alimenter avec la ration qu’il leur distribue habituellement l’hiver et de piocher déjà dans les stocks hivernaux, qui seront moins fournis qui plus est.
« Même réalisée de bonne heure, la première coupe n’a pas été terrible », témoigne-t-il. « La deuxième, heureusement, a été un peu meilleure, en quantité et qualité, bénéficiant des orages et d’un peu de pluie », poursuit-il. Avant d’enchaîner : « Là, je devrais être en train d’effectuer la troisième… » Peut-être pourra-t-il en refaire une à l’automne ? Mais il manquera du stock, du fait de l’absence de troisième coupe : 30 %, estime-t-il pour le moment.
« Pas de troisième coupe cette année »
Le jeune éleveur peut compter sur celui constitué les deux années précédentes. « Sinon, je serais dans la panade, reconnaît-il. Je travaille beaucoup en sec, ça se conserve plus longtemps. En fourrage grossier, je devrais pouvoir me débrouiller sans avoir à acheter. » Si c’est possible, il espère « tirer un peu le pâturage en automne ». « Mais attention à ne pas abîmer les pâtures pour le printemps, elles auraient alors du mal à redémarrer », nuance-t-il.
« Vu l’état des maïs, on va manquer d’énergie »
L’état de ses maïs (30 ha dans l’assolement) le préoccupe encore davantage avec, en prévision, un manque d’énergie conséquent pour le troupeau et des achats inéluctables. « Je vais essayer de voir avec des céréaliers car chez les marchands d’aliment et même les coopératives, il va être difficile d’en trouver vu comment la plante souffre un peu partout et les prix vont être exorbitants. »

D’autant que le jeune producteur est en agriculture biologique. « En bio, dès qu’on achète à l’extérieur, les coûts de production flambent », déplore-t-il. Il essaie d’être le plus autonome possible mais, avec 15 ha de blé, orge, triticale, il ne produit qu’une vingtaine de tonnes de paille sur les 60 t consommées chaque année. « Pour l’instant, le marchand ne sait pas me dire combien il en aura et à quel prix il la vendra », indique Théo.
Des vêlages plus difficiles : vaches et veaux ont du mal à s’en remettre.
La canicule et la sécheresse ont aussi un impact sur ses animaux. « On était encore à 20 kg/VL/jour en ration de base il y a une quinzaine de jours. Aujourd’hui, nous sommes tombés à 16 kg », illustre-t-il. Les bêtes pâtissent bien sûr des fortes chaleurs mais le jeune exploitant constate que le passage à la traite robotisée sur l’un des deux sites de la ferme améliore le bien-être lorsque les températures sont élevées, parce que les vaches se font traire quand elles veulent et ne sont pas serrées dans l’aire d’attente.
Côté reproduction, s’il n’a pas observé d’avortement, les chaleurs sont moins perceptibles et les vêlages plus compliqués. « Les vaches ont plus de mal à s’en remettre, le démarrage des lactations est plus long. Les veaux ont moins de peps et grossissent moins vite. Il faut garder les mâles une semaine de plus avant de pouvoir les commercialiser », détaille-t-il.
« Très compliqué économiquement de s’installer »
Difficile pour le moment d’évaluer les pertes économiques liées au déficit fourrager et à la baisse de production, mais elles seront conséquentes, c’est certain, d’autant que le prix des intrants, du GNR en particulier, est très haut. Des difficultés encore plus impactantes pour de jeunes installés en élevage comme Théo, qui ont des annuités d’emprunts à rembourser et pas forcément beaucoup de trésorerie. « En ce moment, c’est très compliqué économiquement de s’installer en élevage. Des projets sont reportés voire abandonnés », appuie-t-il.
Le jeune éleveur vient notamment d’investir dans un robot de traite et les premiers remboursements arriveront en septembre. Il se félicite néanmoins d’avoir limité les investissements matériels en faisant appel aux ETA pour les travaux de récolte, pressage, épandage. « Des charges opérationnelles et peu de charges de structure, moins de pannes aussi à gérer, un travail de qualité avec des machines performantes : on s’y retrouve, je dirais même que le recours à l’entreprise nous sauve dans le contexte actuel », souligne-t-il.
Comment faire un plan d’entreprise actuellement ?
Les résultats économiques ne seront pas en phase avec ce qui était prévu dans le plan d’entreprise. « Aujourd’hui, il est complètement erroné. Quand il a été défini, l’inflation commençait tout juste, on n’avait pas imaginé qu’elle atteindrait un tel niveau. J’avais laissé une marge de sécurité mais le fil est de plus en plus fin », explique-t-il.
Selon lui, le PE ne veut plus dire grand-chose. « Je ne sais pas comment les porteurs de projet et les organismes qui les accompagnent peuvent en faire actuellement. Sur quoi peut-on se baser en termes de prix, pour les intrants comme pour les productions ?, s’interroge-t-il. Il faudrait intégrer davantage les aléas climatiques, de marché, etc. dans les études d’installation. Des réflexions sont en cours à ce sujet. »