Le marché du broutard décroche : la canicule fait chuter les cours de 1 €/kg en un mois


TNC le 13/07/2026 à 05:18
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Il y a encore quelques semaines, Sandra Kalinowski espérait vendre ses broutards 5,50 €/kg. Aujourd'hui, le marché est à l'arrêt et les acheteurs se font attendre. (© TNC)

Avec un contexte fourrager et climatique tendu, les engraisseurs se montrent prudents à l’achat. Malgré une baisse de près d’un euro au kilo en quelques semaines, le marché du broutard reste atone et plonge les naisseurs dans l’incertitude. Dans l’Allier, Sandra Kalinowski, éleveuse de Charolaises, entrevoit un manque à gagner de 20 000 € sur sa structure en raison de la baisse des prix.

Le cours du maigre n’aura pas résisté aux trois épisodes caniculaires enregistrés en France depuis la mi-mai. Plus qu’une baisse, c’est une véritable dégringolade qui se laisse observer sur les places de marché, avec un prix moyen autour de 4,50 €/kg sur les bons Charolais de 350 à 400 kg. Il y a un mois, ils valaient 1 € de plus au kilo.

La chaleur repousse les mises en place

La chaleur est venue gripper la mécanique traditionnelle de la filière. Tout d’abord, les consommateurs mangent moins de viande. Sur la semaine du 29 au 3 juillet, 48 000 gros bovins ont été travaillés en abattoir d’après les relevés Interbev. C’est le plus bas niveau enregistré depuis le début de l’année (hors semaines avec jours fériés). À la même période, les abattages de gros bovins dépassaient les 53 500 têtes en 2025. « Les pertes sont conséquentes pour les industriels, qui même en réduisant leur activité, peinent à écouler la marchandise vers des magasins qui vendent très peu en période caniculaire », décrypte Laurent Chupin dans son analyse hebdomadaire pour ActiOuest.

Mais cette baisse de la consommation est accompagnée par un décalage des sorties d’animaux depuis les ateliers d’engraissement. Et c’est justement cela qui chamboule le marché du maigre. Alors que les naisseurs français sont vendeurs, avec des capacités d’affouragement contraintes du fait de la canicule, les acheteurs n’ont pas de place, ou hésitent à mettre en place des animaux par cette chaleur. Car à plus de 35°C, difficile de viser des GMQ conséquents.

Les stocks fourragers inquiètent également les engraisseurs. « Ils sont très préoccupés par l’état des maïs, avec de gros écarts entre les régions et surtout de l’irrigation, quand c’est encore possible », détaille Laurent Chupin. Sans parler des restrictions de mouvements d’animaux en lien avec les vigilances canicule.

Jusqu’à 500 € de manque à gagner par broutard

Le décalage entre l’offre et la demande a des conséquences dramatiques pour les éleveurs qui souhaitent se séparer de leurs broutards avec l’arrivée de l’été. Dans l’Allier, Sandra Kalinowski mise sur les vêlages groupés d’automne. Mais aujourd’hui, personne n’est là pour acheter ses veaux, qui avoisinent les 420 kg.

Sur les 35 animaux à écouler, 15 ont été vendus à 5,30 €/kg en juin. Les 20 autres cherchent preneur. « J’ai appelé le marchand. Il m’a proposé 4,70 €/kg, puis 4,50 €/kg la semaine dernière… Et maintenant il me demande d’attendre », résume l’éleveuse. Pendant ce temps, les animaux sont à affourager, et leur valeur baisse à mesure qu’ils s’alourdissent. « L’Italie accepte les lourds, mais quand on commence à approcher les 450 kg, ça devient plus compliqué à écouler… »

Au printemps, Sandra espérait vendre ses broutards autour de 2 300 €. « Les cours étaient là. L’inflation également, avec des tensions sur le GNR, les engrais du fait de la guerre en Iran… Mais avec des animaux à 5,50 €/kg, c’était jouable ».

Aujourd’hui, l’éleveuse estime le manque à gagner à 500 € par animal. « Il m’en reste 20 à vendre. Cela va faire un différentiel de 20 000 € sur le résultat de ma ferme. Ça n’équivaut même pas au revenu que je me verse », poursuit la jeune femme.

« L’année dernière, j’ai vendu mes animaux à 5,80 €/kg. Avec ce niveau de prix, on pouvait se tirer un revenu et espérer investir dans la filière. Mais si l’on revient aux prix d’il y a trois ans, avec en parallèle l’inflation qu’on connaît et les tensions sur les fourrages… Je ne vois pas comment on va pouvoir faire ».