L’instabilité des prix agricoles, une menace pour toute la filière alimentaire


TNC le 09/07/2026 à 17:13
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Sophie Devienne, présidente de l'Observatoire de la formation des prix et des marges, a présenté le 9 juillet le dernier rapport de l'organisme. (© TNC)

Dans un monde de plus en plus instable, les fluctuations des prix agricoles impactent, évidemment, l’amont de la filière, mais elles affectent également les industriels et la distribution qui réduisent leurs marges pour les amortir. Une situation qui peut fragiliser certaines entreprises et, par ricochet, l’ensemble de la chaîne.

Alors que les politiques de régulation des prix agricoles semblent appartenir au passé, les chocs inflationnistes surviennent de plus en plus souvent, au gré d’une instabilité climatique et géopolitique. Or, « l’instabilité des prix agricoles n’affecte pas que les agriculteurs, elle affecte aussi les maillons aval », en particulier les industries agroalimentaires, a conclu Sophie Devienne, présidente de l’Observatoire de la formation des prix et des marges, en présentant le rapport 2026 de l’organisme.

Le texte, riche de plus de 500 pages, étudie les marges brutes 2025 des maillons de la chaîne alimentaire sur 34 produits, et les marges nettes de 2024. Il tente aussi de déterminer, en prenant du recul, si après la brutale hausse des prix de 2022, liée à la guerre en Ukraine, on revient à une situation pré-inflationniste pour les différents acteurs.

Côté agricole, dégradation du résultat courant en 2023 et 2024

Après un niveau élevé atteint en 2021 et 2022, le résultat courant par exploitant non salarié se dégrade en 2023 puis en 2024. La diminution du coût de la matière première a entraîné une chute du résultat courant moyen des exploitations agricoles, avec une baisse des produits plus importante que celle des charges (à l’exception des filières ruminants). La situation est même particulièrement préoccupante pour les exploitations céréalières qui ont connu, en 2024, une récolte historiquement basse : le résultat courant descend à 1,4 k€ par UTANS pour le blé tendre, et 11,6 pour le blé dur, alors que celui de l’ensemble de l’agriculture est de 29,4.

Les industries agroalimentaires voient leur résultat net progresser en 2024, rattrapant deux années globalement difficiles, sans pour autant retrouver leur niveau d’avant 2022. La marge nette progresse aussi pour la grande distribution, également dans un phénomène de rattrapage après avoir compressé ses marges pour limiter en 2022 la hausse des prix au consommateur.

2021-2025, une vision plus globale

L’année passée, le coût de la matière première agricole a diminué pour quasiment tous les produits sauf pour les viandes bovines, vitellines et ovines. L’évolution des marges brutes est en revanche très contrastée pour l’aval, en partie en lien avec des péréquations de marges entre produits.  

Au global, montre le rapport, sur la période 2021-2025, l’augmentation des prix a été portée par différents maillons de la chaîne : la hausse de la matière première représente un peu moins de la moitié de la hausse cumulée des prix, l’autre moitié étant liée à l’augmentation des marges brutes de l’aval qui se sont progressivement reconstituées après la forte hausse des matières premières 2022.

Pour autant, les acteurs des maillons aval ne retrouvent pas tous un niveau économique équivalent à celui qui précédait la guerre en Ukraine. Le choc a eu lieu en 2022, mais les marges nettes des industries notamment ne se sont pas reconstituées en 2024. « Il y a des industries agroalimentaires qui se mettent dans des situations économiques très difficiles », explique Sophie Devienne, ce qui s’avère également « très déstabilisant » pour la bonne santé de l’activité agricole, souligne-t-elle.

Depuis 2010, les travaux de l’Observatoire ont régulièrement montré que les chocs liés à la volatilité des prix agricoles sont le plus souvent amortis par l’aval. Or, « dans un monde de plus en plus instable, avec des incidences sur les rendements, des désordres géopolitiques, cette instabilité a toutes les chances de devenir la règle » et sans régulation des prix agricoles, des impacts se font sentir à la fois sur les agriculteurs mais également sur les filières dans leur ensemble, prévient Sophie Devienne.