Stocker les céréales pour « préserver une capacité d’influence et de souveraineté »
TNC le 02/07/2026 à 16:12
Pour assurer la sécurité alimentaire, produire et récolter des céréales est une première étape. Mais il faut ensuite stocker les récoltes, un processus clé qui doit aujourd’hui composer avec des défis de plus en plus nombreux.
Les céréales représentent aujourd’hui la moitié des calories de l’alimentation humaine dans le monde, ce qui rend leur stockage nécessairement stratégique, explique Benoit Piétrement, président d’Intercéréales, qui a participé à la conférence annuelle de l’Opinion sur les sujets agricoles le 25 juin.
Derrière le stockage, plusieurs enjeux se distinguent : celui de la puissance, une vision que développent la Russie ou de la Chine, celui de la souveraineté alimentaire, mais aussi celui de la sécurité, poursuit Benoit Piétrement, car les infrastructures logistiques sont les premières visées lors des conflits.
Stocker les céréales devient-il plus difficile ?
Si les nouveaux enjeux géopolitiques peuvent donc s’imposer dans la réflexion autour de la rénovation des silos, d’autres problématiques doivent aujourd’hui être prises en compte. Le réchauffement climatique modifie également les conditions de récolte et de stockage, explique le président d’Intercéréales. « Jamais la moisson n’a été aussi tôt », témoigne-t-il, et dans des conditions de chaleur extrême. « 60 Mt de grains vont devoir être stockées, dans des conditions de plus en plus rapides », ce qui ajoute des contraintes organisationnelles pour les organismes stockeurs.
Or aujourd’hui, 40 % des silos français ont plus de 50 ans. Des investissements seront nécessaires pour les moderniser, mais également les adapter au réchauffement climatique. Il faudra notamment être en capacité de refroidir rapidement les grains, car il faut savoir que « grain chaud plus humidité égal champignons et insectes », prévient le président d’Intercéréales.
Un intérêt général majeur
Outre la rénovation et l’aspect sanitaire, la question de l’aménagement du territoire fait également partie de l’équation. « On produit des céréales partout en France. On a besoin de silos mais aussi de la logistique, car un tiers de nos céréales sont transportées par voie fluviale ou par le train, et il est de plus en plus compliqué d’avoir ces outils logistiques en état », déplore Benoit Piétrement.
Face à ces défis, les coopératives et les négoces ont mis en place un plan « Infrastructures 2030 » qui chiffre les investissements nécessaires à 4,3 milliards d’euros d’ici 2040. Pour les financer, le concours de l’Etat et de l’Union européenne sera nécessaire, mais il faut pour cela « qu’il y ait une prise en compte de cette problématique », ajoute Benoit Piétrement. « Le stockage n’est pas un sujet agricole, c’est un sujet national d’intérêt majeur. Dans ce monde de plus en plus instable, on a cette chance d’être un grand pays agricole et producteur de céréales, on doit continuer à avancer dans ce sens. Le stockage, ce n’est pas seulement conserver des céréales, c’est préserver une capacité d’action, d’influence et de souveraineté », conclut-il.