Les spiritueux à la peine, demandent de la stabilité à l’Etat


AFP le 02/07/2026 à 12:30

Recul en grandes surfaces, léger mieux en cafés et restaurants : la consommation de spiritueux reste à la peine en France, indiquent les représentants d'un secteur qui fait valoir son « rôle économique et culturel » et réclame un cadre réglementaire et fiscal stable.

En 2025, les ventes en grande distribution ont reculé à nouveau, de 2 % en volume et de 1,6 % en valeur, avec une même tendance sur les cinq premiers mois de 2026, selon la Fédération française des spiritueux (FFS), citant Nielsen.

Le débouché café, hôtellerie, restauration (CHR) se reprend avec une hausse de 1,1 % en volume et de 1,8 % en valeur. Il représente cependant quelque 21 millions de litres, contre 240 millions pour les grandes surfaces.

« La CHR est dans une dynamique retrouvée », dit à l’AFP Thomas Gauthier, directeur général de la FFS. Mais « la tendance de fond en grandes surfaces est plutôt déclinante. Il faut ajouter à cela une forte baisse de l’export, qui représente à peu près la moitié du chiffre d’affaires des entreprises et a reculé de 17,4 % en valeur en 2025. Subir cette double tendance en même temps, c’est particulièrement compliqué ».

Les alcools traditionnels continuent à perdre des consommateurs : whiskies, rhums, anisés… D’autres sont moins touchés, comme les alcools blancs, certaines liqueurs, des versions sans alcool, ou aromatisées. Après une année 2024 atone, les spritz – désignant les boissons associant une base fermentée et un pétillant – redécollent, selon la FFS.

Nouvelles préférences de consommation, impact des messages de prévention pour la santé, coûts de production accrus (matière agricole, énergie, logistique…), pression sur les prix venue de la grande distribution… les marges se réduisent pour les entreprises, grands groupes ou PME-TPE.

Selon une enquête de conjoncture de leur fédération, deux tiers des producteurs rapportent une trésorerie en baisse affectant leur capacité à fonctionner au quotidien, dans un secteur qui indique porter 150 000 emplois (12 000 directs, 45 000 indirects, et le reste induits, comme les cavistes).

Aux pouvoirs publics, la fédération réclame « un cadre stable pour pouvoir sortir de l’ornière ».

« Singularité »

« Nos axes de développement sont aujourd’hui extrêmement contraints », dit M. Gauthier. « Nous appelons les pouvoirs publics à arbitrer en faveur de notre secteur et à reconnaître sa singularité et sa valeur ajoutée pour la France dans les territoires et au niveau international », argumente-t-il.

Le secteur demande la fin des doubles régulations FUE (emballages, étiquetage…) et une stabilité fiscale au moment où se profile le nouveau débat budgétaire.

« On a un PLF et un PLFSS qui vont commencer à être préparés (…) et en général, au moment de cet exercice, il y a toujours plein de propositions qui visent à augmenter la contribution des boissons alcoolisées. Aujourd’hui 72 % du prix d’une bouteille vendue » en supermarchés « en moyenne à 18,50 euros est constitué de taxes. Si demain ce chiffre augmente, ça risque d’annuler nos efforts », souligne le dirigeant.

Assurant de son engagement sociétal, l’organisation a présenté lors de son AG cette semaine une « feuille de route » sur quatre ans visant à embarquer la filière vers de meilleures pratiques (approvisionnements, emballages, protection de l’eau…).

Mercredi est aussi entré en vigueur l’accord commercial entre Washington et l’UE, plafonnant à 15 % les droits de douane imposés par Donald Trump à certains produits européens dont les spiritueux.

Cet accord offre « une plateforme de dialogue continu », s’est félicité SpiritsEurope : le lobby a appelé à ce « que priorité soit donnée aux spiritueux européens lors de prochaines discussions, avec pour objectif le retour à zéro » droits de douane, situation qui prévalait avant les taxes Trump.