Conflit chez Castel : la direction contre-attaque et évince la fille du fondateur


AFP le 26/06/2026 à 23:00

La direction du géant des boissons Castel, en conflit avec la famille du fondateur Pierre Castel (99 ans), a contre-attaqué vendredi en évinçant sa fille et son neveu du conseil d'administration de la filiale vins, entité historique du groupe.

Souhaitant le départ du directeur général Gregory Clerc, nommé en 2023, Romy Castel et Alain Castel avaient saisi début 2026 la justice de Singapour, où se trouve le siège de la holding de tête du groupe, pour obtenir une révocation du dirigeant suisse d’un de ses mandats d’administrateur. Une audience est programmée fin juillet.

Le camp de Gregory Clerc a répliqué en les révoquant vendredi à l’assemblée générale de Castel Vins, filiale pesant 1,1 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2024, sur un total de 6,5 milliards d’euros pour le groupe aux 40.000 employés.

« Mme Romy Castel et M. Alain Castel ont multiplié des actions incompatibles avec les intérêts du groupe », justifie le conseil d’administration de DF Holding, maison mère à 99,9 % de Castel Vins, dans un communiqué transmis à l’AFP.

Leur révocation devrait, par ricochet, conduire à l’éviction d’Alain Castel de la filiale viticole, qu’il dirige depuis deux décennies.

Fondé en 1949 dans le négoce de vin, présent en Afrique et en France (Baron de Lestac, Listel, Castel Beer, cavistes Maison Nicolas…), l’empire Castel repose sur une holding opérationnelle luxembourgeoise, DF Holding, dirigée par Gregory Clerc et coiffant trois entités : Castel Vins, Castel Afrique et la filiale agro-industrielle Somdia.

Fustigeant une « démarche individuelle (…) loin d’être partagée par les autres membres de la famille », DF Holding accuse Romy Castel de « déstabiliser » le groupe, notamment par ses critiques contre une possible vente de la Société sucrière du Cameroun (8 000 salariés permanents), filiale de Somdia qu’elle a jugé lundi « essentielle » à la « vision » de Pierre Castel d’un groupe intégré verticalement.

Alain Castel est lui accusé par DF Holding de ne pas « collaborer » aux investigations internes menées pour la « coopération avec les autorités françaises », alors qu’un redressement fiscal en cours pourrait coûter jusqu’à un milliard d’euros au groupe.

Les deux intéressés ont dénoncé dans un communiqué une nouvelle étape dans « l’entreprise méthodique d’accaparement du groupe Castel » par l’ex-avocat fiscaliste de Pierre Castel.

« La famille soupçonne Gregory Clerc de vouloir, à terme, vendre ce pôle vin – c’est-à-dire céder ce par quoi toute l’aventure Castel a débuté », dénoncent Romy et Alain Castel, promettant de s’opposer « à ce projet funeste (…) par tous les moyens légitimes ».

Le groupe Castel « dément formellement » tout projet de cession de Castel Vins, a aussitôt réagi DF Holding auprès de l’AFP.