L’État veut accompagner l’essor du biométhane en France
AFP le 25/06/2026 à 17:51
Le gouvernement veut accompagner le développement du biométhane en France, élément clé de sa feuille de route énergétique à côté de l'électrification, en prolongeant un dispositif de soutien pour atteindre son objectif de tripler les capacités d'ici 2030.
Il a présenté jeudi lors d’une réunion avec les acteurs un projet de décret visant à prolonger la trajectoire du dispositif de certificats de production de biogaz (CPB) au-delà de 2028. « En sécurisant les perspectives de développement du biométhane, nous soutenons une énergie renouvelable qui crée de la valeur dans nos territoires, renforce notre souveraineté énergétique tout en nous permettant d’atteindre nos objectifs climatiques », a affirmé Maud Bregeon, la ministre déléguée à l’énergie, dans une déclaration à l’AFP.
« C’est aussi une étape importante pour permettre au biométhane de prendre toute sa place dans notre mix énergétique, conformément aux engagements pris par le Premier ministre lors de la présentation de la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie » (PPE3), la feuille de route énergétique de la France, a-t-elle ajouté. Les CPB sont un mécanisme de financement extrabudgétaire destiné à soutenir le développement du biométhane en France, qui représente une alternative au gaz d’origine fossile.
Ce dispositif impose depuis le 1er janvier 2026 aux fournisseurs de gaz d’incorporer du biométhane dans leurs offres à destination des consommateurs, à hauteur de 4 % pour 2028. Mais la trajectoire au-delà de cette échéance, qui conditionne les décisions d’investissement, était attendue depuis plus d’un an par les acteurs du secteur. Énergéticiens, gestionnaires de réseaux, producteurs de biogaz et fabricants de méthaniseurs réclamaient de la visibilité pour engager leurs projets.
Le biométhane, contrairement au gaz naturel, n’est pas extrait du sous-sol terrestre mais est produit par méthanisation de matières organiques. Il est issu d’effluents d’élevage, de déchets organiques voire de boues des stations d’épuration qui, près leur passage dans un méthaniseur, sont injectés dans le réseau de gaz naturel. Le processus permet aussi de produire du digestat, composé des résidus solides et employé comme engrais dans l’agriculture. Outre l’apport d’engrais, qui permet de réduire la facture des agriculteurs, la méthanisation représente un complément de revenu stable pour les exploitations agricoles.
« Triple souveraineté »
La France est leader en Europe. Elle s’est hissée en 2025 au premier rang de la production de biométhane sur le vieux continent, avec des capacités équivalentes à la consommation annuelle d’environ 1 million de foyers, selon le Panorama des gaz renouvelables 2025 publié en avril. Elle dispose aujourd’hui de 830 sites d’injection de biométhane dans les réseaux pour une capacité de production supérieure à 16 TWh par an, souligne la filière.
Le registre des capacités d’injection recense ainsi près de 900 projets supplémentaires, représentant un potentiel de 19 TWh par an, soit plus que la production actuelle. « Dans ce contexte, l’objectif fixé par la PPE3, qui prévoit d’atteindre 44 TWh de biométhane injecté dans les réseaux à horizon 2030, apparaît pleinement accessible », estime-t-elle.
Pour atteindre cet objectif, le projet de décret prévoit une prolongation de la trajectoire des CPB sur la période 2029-2041, avec un taux d’incorporation proposé constant au-delà de 2032, mais ayant vocation ensuite à être revu à la hausse à partir de 2032.
Dans le même temps, le soutien aux nouvelles installations de plus petite taille sera à l’avenir assuré par un appel d’offre simplifié, précise Bercy. Mais toutes les installations, quel que soit le niveau de production, peuvent être soutenues par le dispositif des CPB, « qui devient le levier central du développement de la filière », souligne Bercy.
« On a en Europe un déficit structurel de fourniture de gaz puisque la majeure partie de notre gaz est importée », explique Pierre Chambon, directeur générale d’Engie gaz renouvelable. « Le biométhane à court terme est dans le futur est un élément stratégique » car il répond à une « triple souveraineté », énergétique, agricole et industrielle, a-t-il souligné lors d’une journée de présentation en juin. Il permet « de fournir une molécule sur le long terme à un prix stable », a-t-il relevé.