Canicule : dans l’Ouest, des volailles étouffent, l’équarrissage sous tension
AFP le 26/06/2026 à 15:12
Depuis le début de semaine, Enzo Bourrasseau, éleveur de volaille vendéen, ramasse chaque matin plusieurs dizaines de cadavres : dans le Grand Ouest, la chaleur étouffante des derniers jours provoque une surmortalité dans des élevages et une embolie de certains services d'équarrissage.
« Nos bâtiments sont équipés pour faire face à des coups de chaleur, mais pas aussi extrêmes », explique cet éleveur de dindons, installé à Saint-Fulgent, au nord du département. 44,6°C ont été enregistrés mercredi à Chantonnay, à une vingtaine de kilomètres. Depuis le début de la canicule, Enzo Bourasseau a perdu près de 200 bêtes, sur les 2 000 qu’il élève.
À l’échelle nationale, ni le ministère ni l’interprofession n’ont de données à communiquer, mais les remontées de terrain évoquent quelques dizaines d’éleveurs touchés par département, surtout dans l’ouest, très loin des niveaux de la canicule de 2003, lors de laquelle 4 à 5 millions de volailles avaient péri.
Depuis 2003 et plus encore depuis la vague de chaleur de l’été 2019, « les éleveurs sont plus préparés », affirme Yann Nédélec, directeur de l’Anvol, l’interprofession volailles. « Les professionnels ont massivement investi pour moderniser leurs élevages ou en construire de nouveaux », équipés notamment de ventilation, brumisation et de systèmes de refroidissement, souligne l’Anvol.
Adaptation nécessaire
En Vendée, « on attend enfin une baisse des températures, mais on peut encore perdre des animaux qui sont au bout, qui n’ont pas pu se reposer correctement la nuit, qui sont trop fatigués pour se déplacer, pour aller boire ou manger », prévoit Enzo Bourasseau. Près de Pouzauges, Pascal Sachot compte près de 2 000 pertes de poulets blancs depuis le début de la canicule, 40 % d’un bâtiment.
Sur son exploitation, cernée d’herbes grillées par la chaleur, l’éleveur de poulets bio montre l’auvent et le champ arboré, dont l’ombre protège habituellement les volailles. « On était déjà montés à 38 ou 39°C. Mais 43°C on n’avait jamais vu ça », soupire Pascal Sachot, secrétaire général de la Confédération paysanne dans les Pays de la Loire.
Pour un poulet, la température optimale est de 20 à 22°C. Les bêtes ne transpirent pas et ne peuvent qu’hyperventiler en cas de coup de chaud. « La question, c’est comment on va pouvoir s’adapter à une évolution climatique aussi rapide ? Est-ce qu’il est possible de s’adapter ? », s’interroge l’éleveur, qui prévoit de contracter un prêt pour installer un nouveau système de ventilation.
« Logistique d’urgence »
La France compte 14 000 élevages de volailles. En 2025, près de 900 millions de têtes ont été abattus, soit 1,6 milliards de tonnes. Les estimations faisaient état mercredi soir d’environ 1 500 tonnes de cadavres d’animaux à prendre en charge du fait de la chaleur dans les Pays de la Loire, principalement dans les élevages de volailles, selon la Région. La filière d’équarrissage est sous « forte tension ».
En Vendée, 200 tonnes de volailles avaient fait l’objet jeudi matin d’un enfouissement « directement sur les exploitations », conformément « aux protocoles définis lors de la gestion de la crise de l’influenza aviaire en 2022 », explique la préfecture. Pour Enzo Bourasseau, président de la section avicole de la FDSEA de Vendée, « il en va de la santé publique et de la salubrité » : les cadavres se décomposent rapidement, « on ne peut pas se permettre d’attendre ».
La chambre d’agriculture de Bretagne relève également des « pertes importantes dans les élevages » et des « difficultés majeures sur les besoins d’enlèvement ou d’enfouissement des cadavres d’animaux », qui imposent une « logistique d’urgence ». En Normandie, « plusieurs situations de mortalités massives ont été constatées », particulièrement pour des volailles, relève vendredi la préfecture de la Manche. Face à la saturation des services d’équarissage, des autorisations exceptionnelles d’enfouissement peuvent être délivrées.
Sans chiffrer à ce stade les pertes au sein des élevages, le ministère de l’agriculture reconnaît que « les pourcentages normaux de mortalité sont dépassés, mais pas toujours dans des proportions alarmantes », appelant à la vigilance.