Calcaire, fer, bactéries… les points à surveiller pour l’abreuvement des bovins
TNC le 24/06/2026 à 04:55
Les analyses physico-chimiques et bactériologiques de l’eau permettent de détecter les contaminations, mais aussi les facteurs d’encrassement des canalisations. Des informations essentielles pour garantir un abreuvement de qualité aux bovins et préserver le réseau d’eau.
Avec les fortes chaleurs, la question de l’abreuvement est plus que jamais d’actualité. Mais s’il est facile de mesurer les volumes d’eau distribués aux vaches, la question de la qualité de l’eau, elle, est plus difficile à appréhender. À l’occasion d’un webinaire organisé par le Cniel, Stéphane Coupé, conseiller d’élevage spécialisé dans l’eau au GDS de la Mayenne, est revenu sur les principaux éléments à regarder lors d’une analyse d’eau.
Chaque eau dispose de caractéristiques physico-chimiques et bactériologiques spécifiques. Le premier élément prend en compte la mesure de l’acidité, de la dureté, de la conductivité ou encore l’analyse des métaux minéraux présents. La seconde recherche la présence de bactéries dans l’eau. En d’autres termes, c’est elle qui détermine si elle est potable ou non.
Une analyse physico-chimique pour préserver le réseau
Lorsqu’on réalise une analyse physico-chimique, on regarde le pH, la présence de métaux, de calcium, de magnésium… « Ces éléments impactent rarement le fait que l’eau soit potable ou non, mais ont des conséquences directes sur la longévité et le maintien en état des réseaux d’eau », décrypte Stéphane Coupé. Le calcaire induit la création d’un dépôt de tartre sur les tuyaux. Le fer et le manganèse génèrent également des dépôts, et ce terrain est propice au développement de bactéries. On parle alors de la création d’un « biofilm » sur les conduites.
Pour l’éviter, il est possible de traiter l’eau en amont. Avant toute chose, le conseiller recommande de réaliser une filtration de l’ordre d’une dizaine de microns.
Il est ensuite possible de corriger la dureté de l’eau, ainsi que sa composition en minéraux. « Il existe des appareils de traitement pour retenir le fer ou le manganèse. Mieux vaut prévenir en amont, car lorsqu’une canalisation est encrassée par du fer ou du manganèse, il n’y a pas de nettoyage possible », insiste Romain Salles, conseiller eau en élevage à l’Idele.
Pour le calcaire, un nettoyage du réseau à l’acide peut permettre d’éliminer les dépôts, mais la solution reste à utiliser avec parcimonie. « Cela peut aussi altérer certains éléments des conduites ». Un traitement en amont est possible, mais souvent complexe et coûteux. « Un adoucisseur reste un investissement assez élevé, de l’ordre de 5 000 à 8 000 €. Mais c’est surtout la consommation en sel qui peut devenir onéreuse à long terme. Si l’on a une dureté autour de 30°f, ou 40°f, on peut vite en avoir pour 2 000 € de sel par an », complète Stéphane Coupé.
Enfin des protocoles peuvent être mis en place pour éviter la création d’un biofilm dans les conduites. « Il est possible de passer du peroxyde dans le réseau pendant plusieurs heures, avec une concentration plus élevée que ce que l’on introduit pour l’abreuvement, puis de rincer pour nettoyer les conduites. D’autres proposent des systèmes avec des nettoyages acides/bases », ajoute Romain Salles.
Éviter les contaminations bactériennes
Viennent ensuite les analyses bactériologiques. Concrètement, « on recherche des contaminations fécales, via E.Coli, ainsi que les Entérocoques intestinaux », résume Stéphane Coupé. Pour l’abreuvement, comme pour le nettoyage de la salle de traite, l’eau doit être indemne de ces deux bactéries. Les analyses incluent généralement les recherches de Coliformes totaux, et de germes totaux. « Encore une fois, l’objectif est de ne pas en retrouver dans l’eau, même si on peut les tolérer à faibles niveaux ».
Pour le traitement bactériologique de l’eau, plusieurs options existent. « Généralement, on utilise le chlore et ses dérivés ». Un peu plus cher que l’hypochlorite de sodium, le dioxyde de chlore et le peroxyde d’hydrogène peuvent également être utilisés, avec en plus un effet oxydant pour les canalisations permettant d’assurer leur bon entretien.
Les traitements UV sont également utilisés. « La différence entre les UV est le chlore réside en la rémanence. Le chlore et ses dérivés restent dans le réseau. Ils ont une action à long terme. Les UV qui agissent à un instant T », détaille le conseiller.

Attention également aux dosages. Car si l’eau a un goût, les vaches pourraient s’en détourner. « Le but n’est pas de mettre du chlore pour mettre du chlore ». Certaines eaux sont peu contaminées, et peuvent tolérer des doses de l’ordre de 0,5 à 0,75 mg/l en bout de ligne. D’autres demandent une chloration plus importante. « Si l’on monte à 2 mg/l, ça commence à être conséquent ».
Trouver l’origine des contaminations
Mieux vaut alors s’interroger sur l’origine de la contamination bactérienne. Pour ce faire, Stéphane Coupé propose un diagnostic en trois étapes. « La première chose à faire est de regarder comment est protégé notre point de captage. Sur un forage bien conçu, le sol filtre les éléments avant que l’eau n’arrive dans le fond du forage. En cas de défaut, les eaux de surface longent le tube et viennent contaminer en profondeur. C’est souvent ce défaut qui entraîne des contaminations ». Idéalement, une tête de captage doit être fermée et entourée d’une aire bétonnée pour éviter les infiltrations.
Vient ensuite le temps d’inspecter le réseau. « Généralement, on trouve des réservoirs intermédiaires qu’il est possible de purger, des canalisations de transfert à entretenir ». Enfin penser à vérifier son dispositif de traitement de l’eau. « Parfois, la pompe à chlore ne fonctionne pas bien… » Et si cela ne fonctionne toujours pas, « il faudra penser à utiliser une autre ressource », insiste le conseiller. « On ne peut pas utiliser n’importe que type d’eau en élevage ».