Des jeunes éleveurs exigeants sur la qualité de l’information professionnelle


TNC le 15/06/2026 à 12:34
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Et vous, comment vous informez-vous pour votre métier d'éleveur ? Jugez-vous les informations que vous obtenez pertinentes ? (© Sirichai, Adobe Stock)

Si 72 % des jeunes agriculteurs utilisent le digital et 46 % les réseaux sociaux pour s’informer sur leur métier, 42 % restent attachés aux médias traditionnels : presse, salons agricoles… Mais seul un sur dix est satisfait de l’information récoltée, selon une étude d’Ipsos pour l’Acta.

« Avant, l’information agricole venait à nous, aux agriculteurs. Ils en étaient satisfaits, de même que de l’information elle-même. Aujourd’hui, la nouvelle génération va en glaner auprès de différentes sources et sur divers supports », analyse Jean-David Chevalier, qui élève 115 vaches laitières en Côte-d’Or depuis le 1er janvier 2023.

De façon générale, peu de jeunes producteurs se satisfont des informations dont ils disposent : seul un sur dix selon l’enquête sur les nouveaux installés en agriculture menée pour l’Acta par Ipsos en avril (307 répondants), dans le cadre des 70 ans de ce réseau d’instituts techniques agricoles. Ils la jugent « trop générale, théorique, complexe, pas assez fiable, neutre, adaptée à la réalité du terrain ni personnalisée ».

Facebook en tête même chez la nouvelle génération

Les trois quarts s’informent grâce au digital, sur 3,7 supports en moyenne, 46 % sur les réseaux sociaux. 34 % utilisent des moteurs de recherche et 33 % se connectent à des sites internet agricoles. Sur les RS, Facebook reste en tête (78 % des personnes interrogées) largement devant Instagram (39 %) et Youtube (22 %). Trois à quatre ans avant son installation sur l’élevage familial, Jean-David décide de s’informer et se former, par lui-même, sur les techniques culturales alternatives.

Depuis l’enfance, il voulait être éleveur et prendre la suite de son père. Pour acquérir davantage d’expérience, il a travaillé 12 ans au sein de l’atelier bovin lait d’un lycée agricole. Mais finalement, suite au départ d’un associé du Gaec qui s’en occupait, les trois autres (dont son père et son oncle) gérant la production animale, il a pris en charge les cultures. Il a donc fallu « remettre un peu la tête dans l’agronomie »… Il l’a fait sur le web et Youtube justement.

« L’exploitation est située sur des plateaux très séchants. Nous venions de vivre plusieurs aléas climatiques et une année 2016 très compliquée. Dans nos territoires, les exploitants sont tous conscients que l’agriculture doit évoluer. Les jeunes éleveurs, en particulier, savent qu’ils devront faire différemment des générations précédentes, qu’il va falloir s’adapter », explique-t-il.

« Aller chercher la donnée n’est pas évident »

Alors il s’est lancé dans l’agriculture de conservation des sols, qu’il a découverte sur internet et les réseaux sociaux, en regardant des vidéos sur Youtube notamment. L’approche globale de l’exploitation l’a séduit : « un sol vivant et en bonne santé donne de belles cultures et de bons fourrages, donc des vaches en pleine forme, du lait de qualité en quantité et du fumier pour le refertiliser ». Cette année, le jeune producteur a assolé la moitié de son orge de printemps avec de la luzerne.

« On sait qu’on va pénaliser un peu l’orge de printemps mais, sur la même parcelle, je vais vendre du grain, peut-être en autoconsommer et produire du fourrage pour l’élevage. La productivité de l’orge ne sera sans doute pas optimale, celle globale du système si. » Mais il déplore un accès difficile à l’information : « aller chercher les données n’est pas évident, les interconnecter et les contextualiser non plus. »

« Il manque du liant entre elles, d’autant que les systèmes se complexifient. Pourtant, elles apportent de la résilience dans les fermes. » Il met en garde sur certains biais des réseaux sociaux : « même dans les groupes fermés d’agriculteurs, trop de monde donne son avis, on s’y perd, d’autant qu’ils sont parfois contradictoires, et il n’y a aucune validation scientifique des résultats. Les témoignages, seuls, ne suffisent pas. »

Les échanges physiques, entre pairs, toujours importants

Outre les supports digitaux, 42 % des jeunes agriculteurs ayant participé à l’étude restent attachés aux médias traditionnels : 25 % lisent la presse agricole spécialisée, 19 % visitent les salons et 11 % visionnent des webinaires et conférences en ligne. Leurs sujets de prédilection sont techniques : météo et climat (29 %), santé animale et prévention des maladies (22 %), gestion du troupeau (21 %). 35 % des polyculteurs-éleveurs privilégient la santé animale et la prévention des maladies, 33 % la gestion du troupeau et 18 % l’alimentation animale.

Autres sources d’information : les chambres d’agriculture (45 % des enquêtés), les groupements d’agriculteurs (28 %), les coopératives/négoces (20 %), les instituts techniques (15 %) et les autres exploitants agricoles (13 %, 56 % échangent régulièrement avec eux). Géraldine Marichal, jeune éleveuse en Seine-et-Marne présente aux côtés de Jean-David Chevalier lors de la présentation de ces résultats, a un groupe WhatsApp avec d’autres producteurs et un, physique, plus restreint où les échanges sont très qualitatifs parce que tout le monde se connaît bien et connaît les fermes des uns et des autres.

Quant aux instituts techniques, 49 % des personnes sondées peuvent en citer au moins un, 22 % aucun et 32 % disent les confondre avec d’autres organismes. Jean-David pointe en effet un manque de lien entre eux et avec la conduite globale des systèmes. Au-delà, se pose la question de « comment amener tout le travail qui y est fait dans les exploitations ». Ainsi, les nouveaux installés se montrent exigeants vis-à-vis de l’information professionnelle mais un sur deux se dit prêt à payer pour en avoir une de qualité.