Avec le bail à cheptel, des vaches louées réconcilient élevages et finances
AFP le 05/06/2026 à 09:41
Les banques « peinent à nous prêter de l'argent », témoigne une éleveuse laitière dans l'Ain : le bail à cheptel lui permet de louer des vaches plutôt qu'en acheter, un dispositif méconnu qui rapproche agriculteurs endettés et investisseurs en quête de sens.
À Beaupont, bourg rural de l’Ain, Justine Chêne, 34 ans, s’affaire autour de ses vaches sous une chaleur écrasante. Elle nettoie leurs pis, allume le générateur et place les gobelets trayeurs. Et le lait coule à flot dans une citerne.
Sur les 160 bêtes de l’élevage de la pierre dorée, 90 sont de jeunes laitières dont 40 ne lui appartiennent pas. Comme Romy, Rubis ou Raketa, elles ont été financées par des particuliers via MyMarguerit, un placement commercialisé par la société Élevage et Patrimoine, qui remet depuis quelques années le bail à cheptel au goût du jour.
« Travailler avec MyMarguerit nous permet de réduire l’endettement de l’élevage (…). On a du mal à prévoir ce qui va se passer dans les cinq ans à venir, donc autant être prudent », explique l’éleveuse à l’AFP.
À son installation sur l’élevage en 2021, « avec le cheptel et le matériel existant, faire le contrat de location de cheptel nous a permis d’économiser environ 200 000 euros », en incluant la valorisation de plusieurs génisses en gestation, sur les 700 000 € engagés, ajoute la trentenaire, tout sourire.
« 28 euros par mois »
L’opération lui permet d’avoir deux fois plus de bêtes que l’ancien exploitant qui livrait environ 350 000 litres par an. « Nous, en cette fin d’année, on sera à 650 000 litres », souligne la jeune femme, louant un dispositif « gagnant-gagnant ».
« Vous nous confiez une partie de votre épargne, on la convertit en vaches (…) et on distribue le rendement en compensation », explique à l’AFP Carl Darjinoff, directeur de la Relation Investisseur chez Élevage et Patrimoine.
Avec MyMarguerit, une génisse coûte à l’unité un peu plus de 2 300 euros « avec les frais d’entrée » et le loyer est « fixé à 28 euros par mois, par vache, ce qui correspond à peu près à deux jours de traite pour un éleveur », selon le responsable. Ce dispositif, le plus spécifique pour l’élevage, repose sur un engagement de 10 ans renouvelable et concerne quelque 40 000 têtes aujourd’hui dans l’Hexagone, sur un cheptel de 15 millions de bêtes.
Le contrat prévoit aussi un mécanisme de renouvellement naturel : les vaches louées vêlent et les veaux femelles permettent de rembourser partiellement le loyer tout au long du bail. « Pour les 40 vaches louées, on rend quatre génisses par an » en théorie, indique Justine Chêne qui, pour sa part, a préféré régler comptant plutôt qu’en animaux.
« Risque moindre »
Inscrit dans le code civil depuis Napoléon, pratiqué depuis le Moyen-Âge et répandu aux États-Unis, en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Belgique, le bail à cheptel est commercialisé en France depuis 1972 par le groupe Gestel, maison mère d’Élevage et Patrimoine, situé dans l’ouest lyonnais, explique Carl Darjinoff. Sa société s’appuie aujourd’hui sur plus de 5 000 investisseurs et un millier d’éleveurs partenaires.
De l’autre côté du dispositif, Lionel Cotin a été séduit par MyMarguerit, qui présente un « risque moindre » par rapport à d’autres placements et une performance d’environ 6 % par an, selon Élevage et Patrimoine. Soit deux à trois fois supérieure à une assurance vie classique ou à un livret A.
« L’histoire des vaches, ça m’a plu », « c’est quelque chose de très parlant, bien plus que des choses qu’on ne peut pas toucher du doigt », confie à l’AFP ce cadre immobilier de 50 ans, propriétaire de 76 vaches. « Et comme on est dans des moments où l’agriculture est un petit peu en difficulté, note-t-il, on peut aider de façon utile ».
Et si un animal venait à mourir ? « On va le remplacer », assure Carl Darjinoff. En cas de défaillance de l’éleveur ? La vache est récupérée. L’investisseur le plus engagé a déboursé jusqu’à 250 000 euros dans MyMarguerit, qui séduit une centaine de nouveaux clients chaque mois, selon le responsable.
En 2023, l’endettement moyen des exploitations agricoles françaises atteignait quelque 236 500 euros, selon un dernier rapport du service statistique du ministère de l’agriculture Agreste.