Réduire les besoins en engrais azotés pour la récolte 2027
TNC le 04/06/2026 à 17:45
Appuyées par des résultats d’essais, les équipes de Terres Inovia font le point sur les solutions possibles pour réduire la dépendance des exploitations agricoles aux engrais azotés minéraux sur la prochaine campagne culturale.
« L’idée n’est pas d’apporter une recette miracle, mais plutôt des éléments chiffrés pour adapter les décisions en fonction de chaque contexte », indique Vincent Lecomte, chargé d’étude en agroéconomie chez Terres Inovia.
« La guerre au Moyen-Orient et les tensions géopolitiques ont entraîné une forte hausse des engrais minéraux en particulier azotés depuis mars 2026. Cette situation intervient après trois campagnes en grandes cultures marquées par un effet de ciseaux entre prix de ventes en baisse et charges en hausse, ce qui a dégradé les résultats économiques des exploitations. »
Entre les campagnes 2026 et 2027, l’institut technique évalue l’augmentation des charges opérationnelles à 172 €/ha en colza (dont 157 €/ha pour les engrais), 150 €/ha en blé tendre (135 €/ha) et 224 €/ha en maïs (158 €/ha).

Selon les équipes de Terres Inovia, « une réduction de l’ordre d’un tiers des apports d’azote minéral est possible en combinant différents leviers à la fois à l’échelle de la culture et de l’assolement. L’optimisation des pratiques de fertilisation sur colza et blé permet, par exemple, une réduction de 23 kg N/ha pour l’assolement. L’insertion de pois et de tournesol dans la rotation peut engendrer une réduction supplémentaire de 39 kg N/ha la première année, puis 43 kg N/ha les années suivantes en bénéficiant des effets précédents ».
Réduire les besoins en azote
Ainsi, pour limiter les besoins en engrais minéraux azotés d’une exploitation, l’institut technique met notamment en avant l’introduction de cultures à faibles besoins en fertilisation azotée dans l’assolement, comme les légumineuses. « Elles ne nécessitent aucun apport d’azote car elles fixent l’azote de l’air grâce à leurs nodosités. À cet effet s’ajoute l’azote restitué à la culture suivante grâce aux résidus aériens et racinaires, permettant une réduction de 20 à 40 kg N/ha selon les situations (Comifer 2013, références Terres Inovia) ».
D’autres cultures à faibles besoins peuvent contribuer à faire baisser les quantités d’azote nécessaires à l’échelle de l’assolement comme le tournesol, le lin, l’avoine ou le sorgho (enquête SSP, 2021). « Dans le cas du tournesol, selon la parcelle et l’objectif du rendement, Terres Inovia estime qu’une parcelle sur deux ne nécessite pas de fertilisation azotée, et la dose optimale des parcelles qui en ont besoin est de 60 kg N/ha en moyenne »
Il faut voir les opportunités en fonction du contexte de sol, de climat et les débouchés présents.
L’entrée d’azote dans le système peut également se faire par d’autres biais comme l’introduction de couverts végétaux d’interculture associant légumineuses et non légumineuses, « ces derniers restituent en moyenne 30 kg N/ha à la culture suivante (Véricel et Minette, 2020). De même, semer le colza en association avec des légumineuses gélives permet d’améliorer la nutrition du colza et de réduire d’au moins 30 kg N/ha la dose d’azote à apporter (essais réalisés par Terres Inovia entre 2011 et 2017) ».
Autre piste évoquée, les entrées alternatives avec des produits organiques riches en azote rapidement disponible : fumiers et fientes de volailles, lisiers, digestats bruts ou liquides. « Lorsque ce type de produit est disponible à un coût raisonnable, cela permet à la fois de réduire la fertilisation azotée minérale, mais aussi d’apporter d’autres éléments minéraux (P, K, oligo-éléments) et d’enrichir le sol en matière organique. Les autres produits organiques de type fumiers pailleux, composts ou digestats solides participent également à améliorer la fertilité du sol à long terme, mais ne fournissent pas d’azote à la culture en place, voire peuvent consommer de l’azote à court terme. »
Optimiser les apports d’azote
Terres Inovia rappelle aussi l’importance d’optimiser ses apports d’azote. « Sur colza, on estime sur la base des essais et des enquêtes que la dose d’azote optimale est en moyenne inférieure de 25 kg N/ha à la dose appliquée par les agriculteurs. Pour économiser cet azote, l’usage d’un outil de calcul comme la Réglette Azote, la réalisation des pesées de biomasse en entrée et en sortie d’hiver, la définition d’un objectif de rendement réaliste (basé sur l’historique de la parcelle) et la mesure du reliquat sortie d’hiver sur l’ensemble de la profondeur d’enracinement, sont particulièrement importants. »
« Le fractionnement de la dose totale et notamment le fait de réaliser ses apports uniquement dans de bonnes conditions (poussantes, lorsque la plante en a le plus besoin, avant une pluie en cas d’utilisation d’urée ou de solution azotée) permet aussi d’améliorer la valorisation de l’engrais et donc d’éviter des pertes d’azote. »
L’institut technique cite également l’exemple de l’outil de pilotage intégral Ferti-adapt CHN, qui offre une réduction de 15 kg N/ha en moyenne sur blé par rapport à la dose nécessaire en méthode du bilan (Taulemesse, Denis et Périn 2025).
« Dans des contextes économiques très particuliers, l’optimum technique utilisé pour définir les doses préconisées dans la plupart des outils ne correspond pas toujours à l’optimum économique. Des grilles d’ajustement de la dose bilan existent sur blé, colza et maïs, et fournissent un conseil d’ajustement de la dose pour maximiser la marge. Par exemple, avec un prix de vente des graines du colza à 500 €/t et un coût de l’unité à 1,80 €/kg N, la marge maximale est atteinte pour une dose réduite d’environ 30 kg N/ha par rapport à l’optimum technique (Lieven et al., 2022). »
Attention aux délais de retour des cultures
« Si le contexte économique incite à faire évoluer les pratiques et les assolements sur la prochaine campagne, ces évolutions ne doivent pas se faire ni au détriment des revenus pour l’exploitation ni des recommandations agronomiques fondamentales pour ne pas compromettre les performances futures, mettent en garde les équipes de Terres Inovia. L’insertion de nouvelles cultures doit notamment respecter les délais de retour recommandés afin de limiter les risques sanitaires. »

Pour introduire des têtes de rotations peu consommatrices d’azote, l’institut technique recommande d’envisager en premier lieu de remplacer les blés sur blés, qui représentent encore en moyenne 8 % des surfaces de cette culture en France (selon le registre parcellaire graphique de 2024).
« Le contexte économique actuel réinterroge également certaines dépenses dont l’intérêt agronomique reste limité. C’est notamment le cas de nombreux biostimulants (Le Gall et al., 2024), ou d’oligo-éléments, qui ont peu ou pas d’effet sur le rendement et qui peuvent représenter un coût non négligeable. »

« À l’inverse, certaines économies liées à une impasse de fertilisation peuvent coûter cher, comme les carences en phosphore qui peuvent occasionner des pertes jusqu’à 20 q/ha dans les sols pauvres en cet élément. L’analyse de sol permet d’estimer le niveau de fourniture en P et K par le sol et donc d’optimiser sa stratégie de fertilisation phospho-potassique. »
« La réduction du travail du sol peut contribuer à réduire les coûts de carburant, mais attention à ce qu’elle ne se fasse pas aux dépens de la structure du sol. Les experts recommandent un diagnostic préalable à tout travail réduit. »