Fleuron français, le lin s’adapte au dérèglement climatique


AFP le 24/07/2026 à 10:41
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« La variété de lin parfaite qui s'adaptera à tous les scénarios climatiques n'existe pas aujourd'hui. » (© TNC)

Premier producteur mondial de lin, la France voit cette culture fragilisée par le changement climatique. La filière, portée par une demande soutenue pour cette fibre naturelle, adapte ses pratiques pour préserver une production longtemps favorisée par le climat océanique des Hauts-de-France et de la Normandie.

Dans le Calvados, Lucie Vieil en constate les effets depuis « sept à huit ans ». Installée à l’intérieur des terres, où les réserves en eau sont limitées, cette agricultrice de 37 ans, présidente de la coopérative linière de Cagny, a converti la majeure partie de son exploitation au lin d’hiver, semé à l’automne plutôt qu’au printemps.

Le développement du lin d’hiver illustre l’une des principales réponses de la filière au changement climatique. Depuis 2022, les surfaces qui lui sont consacrées ont été multipliées par dix, pour atteindre environ 60 000 hectares en 2026, selon l’Alliance du lin et du chanvre européens. Semé en octobre, le lin d’hiver est déjà suffisamment développé au printemps pour « supporter d’éventuels coups de chaleur », explique l’agricultrice.

Car « un coup de chaud peut lui être fatal. En cas de stress hydrique ou de chaleur, le lin cesse de pousser. S’il s’arrête à 30 centimètres, il ne peut plus produire les fibres destinées au textile », souligne-t-elle au salon Lin’Ovation, organisé en juin dans la Somme, au moment où des milliers de petites fleurs bleues éphémères au bout de longues tiges vertes parsèment la campagne.

Des surfaces de lin d’hiver multipliées par 10 depuis 2022

Lins d’hiver et lin de printemps sont récoltés entre juin et juillet par une arracheuse, qui laisse les longues tiges au sol en andains. Selon l’agricultrice, les effets du réchauffement climatique varient selon les territoires : « Il y a une résilience des bonnes terres en bordure maritime, avec un climat un peu moins sec et un peu moins chaud ».

Quelque 200 000 hectares de lin sont cultivés cette année en France, en hausse de 10 % par rapport à 2025, selon l’Alliance du lin et du chanvre européens. Le pays assure entre 65 et 70 % de la production mondiale de fibres longues, principalement destinées au textile.

Les aléas climatiques, observés notamment en 2020, 2022 et 2023, selon l’organisme public FranceAgriMer, ont affecté les rendements. Résultat : une production de fibres insuffisante « pour répondre pleinement à la demande des acteurs de l’aval de la filière. »

Le changement climatique, « c’est l’imprévisibilité », résume Guillaume Bauchet, sélectionneur chez Terre de Lin, une coopérative basée en Normandie. « Les cycles réguliers, favorables au lin, sont aujourd’hui perturbés ». « Face à une baisse de 15-20 % des pluviométries sur le cycle printemps » le lin d’hiver « répond très bien » car « il a un enracinement plus fort », poursuit-il.

« Le lin d’hiver n’est pas une solution miracle »

Déficit hydrique et températures plus élevées « qui perturbent la plante dans son développement » sont « de vraies problématiques », à la fois « pour la rémunération et pour la pérennité agricole », souligne-t-il. « On observe une hausse des températures (…) et des pluies plus disparates. Globalement, il y a plus d’aléas », confirme Yann Flodrops, animateur de la filière Lin Fibre au sein de l’institut technique Arvalis.

Le lin d’hiver n’est toutefois pas une « solution miracle », prévient-il, les cultures étant aussi sensibles au gel. Et une fois couché au sol, le lin a aussi besoin l’été « d’alternances de périodes sèches et humides » pour le rouissage, qui permet de séparer naturellement les fibres de la tige.

Pour les professionnels, l’adaptation passe aussi par un meilleur travail des sols. L’enjeu est notamment d’augmenter leur teneur en matière organique, qui a « un impact direct sur le pouvoir de rétention en eau », explique Vincent Boche, agriculteur dans la Somme et président de la coopérative Calira.

La sélection variétale constitue un autre levier, mais « le changement climatique est différent tous les ans », souligne-t-il. La variété de lin « parfaite qui s’adaptera à tous les scénarios n’existe pas aujourd’hui ». Le changement climatique pourrait aussi redessiner la géographie française du lin. Plus à l’ouest, la Bretagne suscite un regain d’intérêt : « une production commence à s’y développer », observe Yann Flodrops, soulignant l’avantage de l’influence océanique.