Prix du pétrole et pluie sonnent le repli sur les marchés agricoles
AFP le 07/05/2026 à 04:15
L'espoir d'un accord au Moyen-Orient et le retour de la pluie dans l'hémisphère Nord entraînent un repli général des prix des blé, maïs et soja sur les marchés agricoles, où la volatilité reste atténuée par l'importance des stocks céréaliers.
De la Bourse de Chicago au marché européen, le mouvement est au reflux : les céréales ont clôturé en baisse mardi aux Etats-Unis et ont plongé dès l’ouverture mercredi sur Euronext.
Sur le marché européen, le blé meunier Euronext s’échangeait mercredi après-midi sous les 189 euros la tonne, en repli de 4 % sur une semaine sur l’échéance de mai. Les cours résistaient mieux sur l’échéance de septembre, qui concerne la future récolte : bien qu’en baisse, la céréale du pain se maintient à plus de 207 euros la tonne en séance.
L’effet pétrole
Le maïs, dont les prix grimpaient depuis fin avril, se repliait sur Euronext, passant sous les 218 euros. Un niveau qui reste élevé, rarement atteint depuis juin dernier.
« Toutes les céréales sont en baisse en raison de la chute des cours du pétrole brut », relève Dewey Strickler, analyste chez Ag Watch Market Advisors.
Les cours du pétrole ont plongé mercredi sous les 100 dollars, après de nouvelles déclarations de Donald Trump. Le président américain a évoqué de « grands progrès » dans les négociations entre Etats-Unis et Iran, nourrissant l’espoir d’une reprise du trafic dans le détroit d’Ormuz via lequel transite plus de 20 % des hydrocarbures mondiaux.
L’analyste invite toutefois à la prudence : « il semble que » la crise au Moyen-Orient « va durer un certain temps, et je ne pense pas que » les évènements et les déclarations du dirigeant américain aient « autant d’impact qu’il y a quelques semaines », a-t-il dit à l’AFP.
Les analystes soulignent aussi deux autres facteurs majeurs expliquant les baisses des cours : la prise de profit des fonds d’investissements après la hausse des derniers jours, mais aussi la météo.
Le retour de la pluie dans les Grandes Plaines américaines et dans toute l’Europe « apporte un certain soulagement » après le temps sec des dernières semaines, relève Bertrand Oesterle, de la plateforme de courtage StoneX.
Ces pluies « tombent à point nommé » pour Sébastien Poncelet, analyste chez Argus Media France. Car « les cultures d’hiver, comme le blé ou l’orge, qui vont commencer à former leurs grains, ont besoin d’eau, et les cultures de printemps (betterave, maïs, tournesol) qui viennent d’être semées, ont aussi besoin d’eau pour pousser ».
Aux Etats-Unis, le coup de chaud sur les plaines ne sera toutefois pas sans conséquence. Selon les derniers relevés du ministère américain de l’Agriculture (USDA), les conditions de culture « bonnes » ou « excellentes » sont en légère augmentation (31 % des surfaces semées de blé), mais les surfaces présentant des « mauvaises » ou « très mauvaises » conditions progressent également (37 % contre 35 % il y a une semaine).
Mais au regard des prévisions météorologiques, plus clémentes, « le marché a le sentiment que le pire est peut-être derrière nous », suggère Bertrand Oesterle.
Maïs toujours demandé
Par ailleurs, la crise dans le Golfe, qui a pour conséquence une hausse des prix des engrais dont 30 % sont fabriqués dans la région, n’a pour le moment pas eu d’impact majeur sur les arbitrages de semis de printemps.
En ce qui concerne le maïs, « les agriculteurs attendaient pour semer, mais certains, dans le centre et le sud du Midwest, planifient déjà leurs semis et la forte demande se maintient », explique Jack Scoville, analyste chez Price Futures Group, qui souligne dans une note que « les conditions sont jugées bonnes » également en Argentine, où une production importante est attendue.
La situation est différente en Europe, où les prix du grain jaune résistent du fait d’une « tension » sur le marché en fin de campagne, car les importations de l’UE, structurellement déficitaire, ont été insuffisantes cet hiver, notamment du fait d’un ralentissement des exportations ukrainiennes, relève Sébastien Poncelet.
Les oléagineux (soja, colza ou huile de palme), qui accusent aussi un repli en début de semaine dans le sillage du pétrole, mais restent à un niveau élevé, largement soutenus par la demande en agrocarburants. Et, concernant les Etats-Unis, par la perspective d’une rencontre prochaine entre Xi Jinping et Donald Trump (après plusieurs reports).