61 000 € pour un veau limousin : un investissement passionné… et assumé !
TNC le 24/04/2026 à 05:41
Le 12 mars dernier, David et Jérémy Desassure établissaient le record absolu d’enchères à la station nationale de qualification de Lanaud en achetant un veau RJ pour 61 000 €. Derrière cet achat, beaucoup de passion, mais aussi une stratégie de sélection assumée. Visite de leur élevage, à Chéniers dans la Creuse.
« Je ne sais pas s’il faut parler encore de cette vente car elle m’a déjà valu son pesant de critiques, s’amuse David Desassure. Si on achète un tracteur à 200 000 € on passe inaperçu alors que l’amortissement annuel est supérieur et la rentabilité économique bien moindre. Je ne dis pas qu’il est raisonnable de payer des sommes pareilles pour un veau et je conçois que tout le monde ne puisse pas le faire, mais c’est un investissement que nous assumons. »
Éleveurs de limousines à Chéniers (Creuse), David Desassure et son fils Jérémy ont acquis Vortex mi-mars 2026 lors d’une vente RJ à Lanaud. Ce nouveau top price a pulvérisé le record d’enchères de la station avec un prix de 61 000 €. « Jamais un animal ne m’avait autant plu. Il a toutes les qualités », assure l’éleveur, qui le reconnaît : c’est avant tout la passion qui l’a conduit à ne rien lâcher pour emporter la partie… mais aussi le potentiel que représente un tel animal au plan génétique.
Un éleveur motivé par les défis techniques
Au-delà du coup d’éclat, cet achat éclaire le fonctionnement d’une exploitation où la sélection occupe depuis longtemps une place centrale. David Desassure s’installe en 1991. À l’époque, l’exploitation repose sur deux ateliers : une centaine de porcs et 25 charolaises. L’élevage porcin, arrêté par la suite, permet au troupeau bovin de se développer. En sept ans, les charolaises cèdent la place aux limousines. Le troupeau passe à 200 vaches mères. En 2021, son fils Jérémy rejoint l’exploitation. La SAU atteint 350 ha.
Vingt-cinq ans plus tôt, David Desassure a aussi converti la ferme en bio. « Pas par conviction mais pour me challenger. J’avais également l’impression de trop pousser mes animaux. » À l’époque, l’éleveur engraisse un maximum de bêtes et valorise ses mâles en taurillons de moins de douze mois. Ce système intensif fonctionne, mais ne lui plaît plus.
« Ce qui me motivait, c’était le défi technique. Je voulais faire du bio performant et réduire les coûts de production. Les marges rétrécissaient, il fallait rechercher l’autonomie, notamment en produisant de l’herbe comme une culture. » Le pâturage est poussé au maximum. L’hiver, la ration (deux tiers d’ensilage d’herbe, un tiers d’ensilage de maïs) est distribuée presque à volonté pour favoriser l’ingestion.
Des animaux engraissés vendus pour la marque « Or Rouge »
Père et fils sèment aussi 30 ha de méteil pour complémenter les vaches de réforme. En effet, un tri systématique des primipares s’opère après le sevrage de chaque premier veau. Le but, évaluer les conditions de vêlage et la production laitière. Chaque année, 60 à 70 vaches sont ainsi écartées et partent à l’engraissement. Poids carcasse moyen : 580 kg.
Les animaux gras sont vendus à Plainemaison pour sa marque haut de gamme « Or Rouge », filière soumise à des critères d’origine géographique, de Haute Valeur Naturelle et d’agrément des carcasses. « Chaque labellisation amène une prime de + 0,40 €/kg. La durée d’engraissement fait la différence… mais cela a un coût alimentaire : il faut garder un animal environ 60 jours de plus. » Pour ce qui est des reproducteurs, 30 mâles sont vendus chaque année. Broutards et taurillons partent chez Lortholary Bétail.
Les meilleurs taureaux sont souvent les plus chers

Si le cheptel n’est inscrit que depuis quinze ans, la génétique a toujours été au centre des préoccupations. « J’ai toujours sélectionné, même sans être au herd-book. Malheureusement, les meilleurs taureaux sont souvent les plus chers. Un bon taureau permet d’avancer vite. »
Les associés réalisent eux-mêmes leurs plans d’accouplement. « Lanaud nous conseille, et nous accompagne dans nos génétiques par le biais des techniciens d’Interlim, ajoute David Desassure. Nous recherchons un type mixte, lourd, puissant. Ma limousine parfaite, c’est un maximum de volume et de viande sur tous les postes. On ne choisit donc jamais de taureaux à génisses, car on ne veut pas faire de compromis. »
Jérémy Desassure réalise les IA en IPE. La majorité des doses provient de taureaux prélevés sur l’élevage. L’insémination artificielle permet de raisonner finement la génétique et minimise les risques d’accident. La monte naturelle demeure pratiquée sur de petits lots, dans de bonnes conditions.
18 000€ pour Vagabond, top price Espoir
Pour acheter leurs mâles, les Desassure passent très souvent par Lanaud : « C’est un outil magnifique où sont réunis les meilleurs animaux de la race dans des conditions similaires. Ça sélectionne les meilleurs des meilleurs… mais tout le monde les voit, donc tout le monde les veut ! Ça fait forcément le jeu des enchères. » Cette année, le Gaec y a aussi acheté Vagabond, top price Espoir… pour la modique somme de 18 000 €.
David Desassure qualifie Vortex d’animal d’exception. « Il est complet au possible, a du volume, des masses musculaires partout, une ossature assez fine… En station, son GMQ atteignait 1 400 g/jour. Tout ça se verra forcément sur sa descendance. En plus il a bon caractère. Son seul défaut, pour moi, c’est sa robe un peu trop rouge.. »
Assuré à hauteur de 10 % de son prix d’achat (précaution que les associés ne prenaient plus sur aucun taureau !) Vortex a déjà fourni une centaine de doses et doit être prélevé à nouveau. Il participera à son premier concours au National à Cournon-d’Auvergne, en octobre.