Prix, engrais, marchés… Un « faisceau d’éléments positifs » pour la luzerne
TNC le 07/04/2026 à 16:27
Si le contexte géopolitique entraîne des difficultés pour un certain nombre de filières agricoles, la luzerne pourrait tirer profit des arbitrages dans l’assolement. En parallèle, la transition énergétique des usines de déshydratation, réalisée il y a plusieurs années, constitue une véritable force pour la filière française qui espère renforcer sa place sur le marché européen.
Avec 66 500 ha de luzerne destinée à la déshydratation en 2025, les surfaces accusent une légère érosion de 3 %, pour une production à 725 000 tonnes. Pour autant la France, deuxième producteur européen, reste relativement préservée vis-à-vis de ses concurrents. L’Espagne est ainsi passée sous le million de tonnes, ce qui a contribué à abaisser la production européenne en dessous de 3 millions de tonnes.
Pour autant, Olivier Morant, président de Luzerne de France et agriculteur dans la Marne, se dit optimiste quant à l’avenir de la filière. Le contexte économique induit par le conflit au Moyen-Orient joue plutôt en faveur de la luzerne. « Il faut désormais plus de 2 tonnes de blé pour acheter une tonne d’azote, ce sera pris en compte dans les arbitrages d’assolement », explique-t-il évoquant un enjeu « très présent » sur le prix et la disponibilité des engrais dans les fermes aujourd’hui. Or, la culture de la luzerne nécessite principalement de la potasse, dont les mines se situent en Allemagne.
Un marché assaini
Pour Pierre Bégoc, directeur général de France Luzerne (Union de quatre coopératives du Grand Est qui représente 4 000 planteurs), il existe aujourd’hui « un faisceau d’éléments positifs » pour la luzerne. « Le rebond de la valeur est un marqueur fort qui laisse penser qu’on est sorti du tunnel », avec une cotation qui a progressé de 15 % en un an, explique-t-il notamment.
Le marché s’est également assaini en 2025, avec l’allègement des stocks qui pesaient en Europe, et si le rendement s’est révélé moyen, les ventes ont été très dynamiques, flirtant avec le record de 2018, détaille Pierre Bégoc. Pour 2026, le contexte économique et peut-être la perspective d’El Nino, présagent d’une volatilité peut-être plus grande des matières premières et « de la capacité à retrouver un peu de hausse, ce qui met du baume au cœur pour les opérateurs que nous sommes », poursuit-il.
Quelles conséquences du conflit au Moyen-Orient ?
Pour 2026, la guerre au Moyen-Orient menace néanmoins le grand export, avec des conteneurs qui ne peuvent plus traverser le détroit d’Ormuz et viennent engorger les ports alternatifs. Au-delà de la congestion, les surcharges appliquées aux containers sont également exorbitantes, indique Pierre Bégoc. Si la France n’exporte que 3 à 5 % de sa production, le sujet est plus central pour des pays comme l’Espagne, qui exporte 70 % de sa production de luzerne déshydratée. Le contexte pousse cependant à se reporter sur le marché européen, qui offre d’autant plus d’opportunités que la transition énergétique n’a pas été réalisée avec la même ambition qu’en France dans les pays producteurs voisins.
Ainsi, avec des plaquettes de bois pour combustible principal, « on entre dans des enjeux post-carbone où nous sommes encore peu nombreux », souligne Yann Martinet, directeur de La Coopération agricole – Luzerne de France. Le vrai sujet étant, pour ce dernier, « la sécurisation de la biomasse », y compris au niveau réglementaire. Mais contrairement à d’autres pays, où certains outils ne démarrent pas, « nous avons toutes les réserves pour assurer le travail à 100 % », rassurent les représentants de la filière.
Flambée du GNR : une marge brute amputée de 60 à 70 €
La flambée des coûts de l’énergie n’épargnera cependant pas les chantiers de récolte qui vont commencer d’ici une quinzaine de jours, et se concrétisera par une augmentation de 5 à 6 € la tonne, uniquement pour le GNR. Sur une marge brute moyenne de 400 € l’hectare, ce surcoût va représenter 60 à 70 € pour l’agriculteur, indique Yann Martinet.
Il reste à espérer que la météo sera, comme l’année dernière, favorable à la déshydratation de la luzerne : les conditions climatiques ont permis des taux de matière sèche « historique » et donc un coût de production en recul de 20 à 25 €/tonne, indique LCA-Luzerne de France. En parallèle, les programmes opérationnels déployés par les organisations de producteurs portent leurs fruits et permettent progressivement de gagner en efficacité. « On a le sentiment que l’érosion est terminée, et que l’on va assister à un redéploiement des surfaces à partir de 2027 », estime Olivier Morant.