Que masque la décorrélation croissante entre prairies et cheptels allaitants ?


TNC le 21/05/2026 à 16:30
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Si la décapitalisation bovine est entamée depuis plusieurs années, les surfaces de prairies ne diminuent pas. (© Adobe Stock_Ilja)

Si le nombre d’animaux en élevage herbivore a diminué de 20 à 25 % depuis les années 2000, les surfaces en prairie sont restées stables. Ces dernières restent-elles pour autant affectées à l’élevage ?

Avec la décapitalisation de l’élevage allaitant, mais aussi la transformation des exploitations laitières, assiste-t-on à des changements notables d’utilisation des terres ? En surface, l’élevage herbivore valorise encore de façon exclusive la moitié des 26,7 Mha de la SAU française, d’après les chiffres du recensement de 2020, rappelle Christophe Perrot, économiste à l’Institut de l’élevage, lors de la séance du 20 mai de l’Académie d’agriculture. Les prairies y représentent 11,6 millions d’hectares.

Un flou plus grand concernant l’utilisation des surfaces

Par ailleurs, un million d’hectares de prairies ont été déclarés par 100 000 exploitations sans animaux. Leur statut et leur utilisation sont de plus en plus difficiles à connaître (bandes enherbées, jachères, méthanisation de l’herbe, stand-by patrimonial avec l’idée de passer en zone constructible…).

De même, la Pac rend l’évolution des surfaces totales difficile à diagnostiquer, du fait d’une frontière floue avec la jachère, explique Christophe Perrot.

Des trajectoires différentes selon les territoires

Ces évolutions se révèlent contrastées en fonction des régions. Ainsi, les zones intermédiaires enregistrent une progression des prairies en parallèle d’une diminution des cheptels, « signe d’une moindre utilisation agricole », explique Christophe Perrot. Il s’agit, peut-être, d’un « premier pas potentiel vers la forêt », ajoute-t-il.

Les plaines, coteaux et piémonts du Sud-Ouest connaissent une évolution similaire, tout comme la zone méditerranéenne.

En haute montagne, les estives diminuent en surface, confrontées à des problèmes de prédation. Dans le Massif central, les surfaces déclinent légèrement, mais moins rapidement que le cheptel.

À noter que dans le Nord-Ouest, principalement laitier, les prairies peinent à retrouver une place, explique l’économiste, ce qui s’explique par la transformation des élevages bovins laitiers : choc de robotisation, recours accru au salariat, croissance des grandes exploitations… Le rendement rattrape la chute du cheptel et la priorité est mise sur l’amortissement rapide des investissements (notamment le robot). Une partie des espaces délaissés par ces systèmes laitiers pourrait, là aussi, glisser vers la forêt.

Une tendance qui se poursuit

Si la question de l’évolution de ces prairies se pose naturellement, il est aujourd’hui difficile d’y répondre. La tendance devrait néanmoins se poursuivre, compte tenu des difficultés économiques de l’élevage des ruminants, entre baisse de la consommation de viande, faiblesse des prix et des revenus, et réduction du nombre d’exploitations. « Dans de nombreuses régions, notamment en moyenne montagne, la poursuite de la régression de l’élevage de plein air est susceptible de libérer des surfaces importantes de prairies », dont la destination future – cultures ou forêt – est pour le moment incertaine.