Des salariés d’Eurolysine manifestent, inquiets pour l’avenir de l’entreprise
AFP le 21/05/2026 à 09:42
Une centaine de personnes ont manifesté mercredi devant le site d'Eurolysine à Amiens, pour réclamer à la Commission européenne de prendre plus vite de nouvelles mesures antidumping afin de les aider à contrer une concurrence chinoise considérée comme « déséquilibrée ».
Les signaux sont au rouge depuis plusieurs mois dans cette entreprise de 360 salariés, dernier fabricant européen de lysine, un acide aminé essentiel pour l’alimentation des animaux d’élevage.
« La situation de marché actuelle, marquée par une pression très forte sur les prix liés aux importations asiatiques à bas coût, a un impact significatif sur la rentabilité de l’entreprise », rappelle à l’AFP une porte-parole de la société, évoquant un contexte de concurrence « déséquilibrée ».
À la suite d’un nouveau recours d’Eurolysine à Bruxelles, la Commission européenne a annoncé fin avril l’ouverture d’une enquête « anti-absorption » concernant les importations de lysine chinoise.
Cette procédure ouvre potentiellement la voie à un relèvement des droits antidumping sur ce marché, à terme. Mais les syndicats craignent des mesures trop tardives, alors que l’usine perdrait entre deux et trois millions d’euros par mois selon eux.
Renforcer les droits antidumping
« On est là pour dénoncer une lenteur administrative, pour demander à l’Union européenne de s’emparer véritablement du problème. On ne peut pas attendre entre six et neuf mois. Le temps administratif n’est pas le temps industriel », a expliqué mercredi Samir Benyahya, délégué CFDT chez Eurolysine.
« On a déjà vécu ça il y a deux ans après la reprise de l’usine », a-t-il alerté. La direction précise que « des solutions de financement transitoires sont étudiées avec l’État jusqu’à un retour à des conditions de marché normales ». Eurolysine est détenu depuis 2024 par le groupe Avril (55 %) et par SPI, un fonds d’investissement géré par Bpifrance (45 %).
Une précédente plainte de la société devant la Commission européenne a abouti début 2025 à un renforcement des droits antidumping sur la lysine chinoise, mais cela ne suffit plus désormais.
« Dans des conditions de concurrence normales, cette usine est rentable », selon Nicolas Martin, responsable affaires publiques d’Eurolysine, dont la direction soutenait la mobilisation des salariés mercredi. « Nous avons massivement investi, nous avons recruté et formé plus de 50 personnes et l’usine tourne à plein régime ».
« Eurolysine, c’est un symbole », a déclaré le candidat à la présidentielle François Ruffin (Debout!), présent à la manifestation. « Quand on met en place des protections, des barrières douanières, etc., ça marche », a-t-il estimé.