« Grâce au chien de troupeau, on fait jusqu’à 6 km à pied avec les génisses »


TNC le 30/03/2026 à 09:16
Chiendetroupeau

Les chiens de troupeau ont permis à l'éleveur d'augmenter ses surfaces pâturables, tout en gagnant en confort de travail. (© Vers de terre production)

Sur la ferme Lait P’tits Béarnais dans les Pyrénées-Atlantiques, le travail des chiens de troupeaux a permis de multiplier par cinq la surface accessible au pâturage des vaches laitières. La pratique est un vrai choix politique : Sico, vedette de la ferme, répond aux ordres de Macron, Mélenchon ou encore Le Pen !

« Macron » lance calmement Jean-Baptiste Ferrand à Sico, son chien de troupeau. « Hollande, Hollande… Sarko ! » Cette litanie politique sortie du bas-fond des prairies béarnaises a de quoi surprendre. Mais elle parle à Sico. À peine le temps d’épeler toutes les syllabes de « Sarkozy » que le chien vire à droite. Pour aller tout droit ? « Dites Macron » confie l’éleveur aux caméras de Ver de Terre production, dans un épisode dédié au dressage de chiens de troupeaux. Vous aurez deviné vers quel bord virent les vaches à l’appel de François Hollande.

« Sico est un politichien », précise l’éleveur de vaches laitières : tous les ordres qu’il connaît font référence à des personnalités politiques françaises.

« Le, Le » lance pudiquement Jean-Baptiste à Sico qui s’immobilise. Quoi de plus adapté que « Le Pen » pour mettre un chien au garde à vous ? Besoin d’attaquer ? L’éleveur intime un timide « Ze » au border collie. Il précise ensuite : « pour mordre, c’est Zemmour ». Revenir ? « Mélenchon » sourit l’agriculteur.

Nous sommes passés de 10 ha, à 55 ha pâturables grâce au chien

Mais on ne pourrait réduire la prestation de Sico à un numéro de parodie politique. Depuis vingt ans, les chiens de troupeaux accompagnent le quotidien de Jean-Baptiste, avec humour, mais surtout rigueur. Grâce à eux, le pâturage s’est développé sur la ferme. « Nous sommes passés de 10 ha pâturables à 55 ha grâce aux chiens », insiste l’éleveur.

Pour déplacer les vaches : plus besoin de bétaillère. « On passe devant avec le quad, et les chiens travaillent derrière », détaille Jean-Baptiste. « On fait jusqu’à 6 km sur la route pour amener des lots de génisses. On peut facilement bouger 15 génisses ou 25 vaches. Les chiens gèrent les fuites à l’arrière ».

Trois ans de dressage

Ce résultat est le fruit d’un travail de longue haleine. « Un bon chien, c’est avant tout une bonne génétique, il faut qu’il soit issu de lignées de travail, et le Border Collie s’y prête vraiment parce qu’il y a encore de la sélection sur ce critère ». Mais la génétique ne serait rien sans une méthode d’élevage rigoureuse.

Pour dresser un chien ? « Compter 3 ans », insiste le passionné. « Ca n’est pas comme un matériel qui arrive prêt à l’emploi. Lorsqu’on achète un chien, on achète un potentiel. Puis, il faut le construire ».

Apprivoiser l’instinct de chasse

Les premiers mois d’élevage constituent une phase d’acclimatation. « Sur le 0-8 mois, on lui apprend le savoir-être, le savoir-vivre… Ils sont trop jeunes pour être des chiens de troupeaux en tant que tel, car ils n’ont pas encore l’instinct de chasse », explique l’agriculteur. Élever un chien de troupeau, c’est exploiter l’instinct de chasse naturel de l’animal. « On utilise le comportement de prédation du chien pour bouger les animaux en leur faisant peur. Il y a vraiment une relation de tension », résume Jean-Baptiste.

Une fois l’animal mâture, il réalise ses premiers exercices dans une parcelle de dressage avec ce que Jean-Baptiste appelle des « brebis pédagogiques ». Avec ce lot, le chien apprend les rudiments du métier. Les exercices s’étendent sur un an et demi, à raison d’une dizaine de minutes tous les deux jours, voire davantage selon les disponibilités de l’éleveur. Petit à petit, le temps de travail augmente ; les génisses remplacent les brebis… Et pour fêter ses deux ans, l’animal commence à travailler sur la ferme.

La base de la formation ? « Ramener les animaux vers le chef de meute ». La plupart du temps, le chien travaille en mode automatique. « C’est une forme de chasse détournée, où le prédateur concentre les animaux vers un point donné — moi en l’occurrence ». Mais une série d’ordres — les fameuses références politiques — permettent de diriger le chien dans des situations particulières.

« L’idéal est d’avoir un premier chien dressé, et de continuer à en former d’autres petit à petit pour toujours avoir du renouvellement ». Sur la ferme Lait P’tits Béarnais, entre trois et quatre chiens sont présents à l’année.

Au-delà de la technique, c’est surtout la passion qui permet d’obtenir ce résultat. « Il faut être passionné. C’est du temps en patience, en dressage… Mais c’est fascinant de voir cette relation triangulaire fonctionner. Et le confort au pâturage est immense une fois qu’on y a goûté ».