Stock fourrager : viser les 2,5 à 3 t MS par UGB pour éviter le manque


TNC le 18/03/2026 à 10:41
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Les fauches précoces permettent d'obtenir des fourrages de qualité, tout en laissant un créneau pour le pâturage par la suite. (© TNC)

En quelques années, les besoins en stock fourragers ont augmenté en raison du changement climatique. Pour s’adapter aux nouvelles courbes de pousse de l’herbe, les conseillers proposent de miser sur les fauches précoces.

Chacun le sait, les vaches mangent toute l’année… Mais entre sécheresse estivale et arrêt de la pousse de l’herbe en hiver, les éleveurs doivent être stratèges pour répondre à cet impératif physiologique ! Au micro du podcast Herbe et Fourrage Centre-Val de Loire, le conseiller fourrage et bovin viande Jean-Baptiste Quillet présente les options pour sécuriser son stock fourrager. Pour lui, « la fauche précoce est un moyen fort de faire du stock ».

Et pour cause : les besoins en fourrage stocké n’ont jamais été aussi importants qu’aujourd’hui. En Centre-Val de Loire, « il faut prévoir 2,5 à 3 t de matière sèche de fourrage stocké par UGB pour faire face au trou d’été et d’hiver ». Si l’on regarde les précédentes décennies, « nous étions plus à 2 t de stock par UGB, voire un peu moins ».

Pour y parvenir, Jean-Baptiste propose de s’y prendre tôt. « L’objectif des fauches précoces est de récolter des fourrages de qualité, avant le stade épiaison ». Sur un ray-grass d’Italie, viser le 25 avril en région Centre. Sur des prairies multi-espèces, la fauche doit avoir lieu avant le 10 mai. Idem pour les méteils.

Jusqu’à 15 % de protéines

Pour la fauche précoce, impossible de faire du foin. Hygrométrie, ensoleillement, températures… « Il faut récolter en humide avec un processus de fermentation », poursuit Jean-Baptiste Quillet. « On vise les 30 à 35 % MS sur les ensilages d’herbe, et 55 à 60 % sur les enrubannages ». Mais le jeu en vaut la chandelle. « Sur un ray-grass d’Italie fauché au 15 avril, on peut atteindre des valeurs proches des 15 % de protéines, sur des prairies multi-espèces récoltées début mai, ou peut viser les 12 % de protéines. Ce sont des aliments très équilibrés ».

Il faut saisir les opportunités qui se présentent

Et avoir un fourrage équilibré, ça permet de faire des économies ! « Sur une ration vache de réforme à base de foin à 7 % de protéine, on est obligé de mettre 2,5 kg de tourteau de colza par jour. Si l’on fait la même ration avec un enrubanné à 15 % de protéine, on n’a plus besoin de mettre du tourteau de la ration ». Sur un lot d’animaux de 25 vaches engraissées sur 3 à 4 mois, l’économie est de l’ordre de 2 500 €.

Au-delà de l’aspect financier, la qualité des fourrages touche également à la productivité des troupeaux. « On l’a vu l’année dernière », constate Jean-Baptiste Quillet. Avec des conditions particulièrement humides, les éleveurs ont peiné à récolter des fourrages de qualité. « Il a fallu mettre plus de concentré dans la ration, et les résultats de reproduction en bovin viande dans la région n’ont pas forcément été très bons ».

« La limite de la technique est certainement la portance des sols », poursuit le conseiller. À l’échelle du Centre-Val de Loire, la Sologne ou le Cœur de Brenne ont des sols très hydromorphes où la fauche précoce est plus difficile.

Dans ce contexte, il faut être opportuniste. « Mieux vaut que le matériel soit prêt car les créneaux sont courts. Rater une opportunité, c’est parfois remettre la fauche à trois semaines ! »

Pâturer après la fauche

La fauche précoce offre également l’avantage de permettre le pâturage par la suite. « L’herbe démarre de plus en plus tôt, mais dans nos régions, elle s’arrête aussi tôt. Parfois, fin juin début juillet, il y a un coup de chaud qui marque un point d’arrêt », regrette le conseiller. Faucher tôt permet alors d’offrir des créneaux pour le pâturage. « Une fauche de foin début juin n’offre pas forcément une repousse à la fin du mois ».

Autre point de vigilance : l’utilisation des fourrages. Un enrubannage à 14 ou 15 % de protéine n’est pas un fourrage à distribuer à volonté. « Il faut le rationner », insiste Jean-Baptiste Quillet. Et cela nécessite un peu de matériel. « Sans aller jusqu’au système mélangeuse, on peut utiliser une dérouleuse pour distribuer le fourrage ».