Un risque d’inflation liée à la guerre au Moyen-Orient incertain, mais redouté


AFP le 06/03/2026 à 16:30

Il n'est pas certain que le risque inflationniste lié à la guerre au Moyen-Orient se matérialise même si des hausses de prix de l'énergie se font ressentir, mais le spectre de la stagflation, forte inflation liée à une croissance faible, menace en cas de conflit prolongé.

Quel risque d’inflation au niveau mondial ?

Les risques sont à ce stade encore incertains, car ils dépendent largement de la durée du conflit. « Il est encore trop tôt » pour dire s’il y aura « une inflation mondiale durable », estime l’économiste Paola Subbacchi, professeure à l’université de Bologne et à Sciences Po. « Beaucoup dépend de l’ampleur et de la durée de la hausse des prix du pétrole et du gaz » et de la façon dont elles se répercutent « sur les coûts de production et de transport. » Dans leur scénario central, les économistes de Bank of America n’anticipent pas « de conflit prolongé », et estiment que le choc économique « s’estomperait dans les prochaines semaines ».

Idem pour ceux de Crédit Mutuel Arkéa. Pour leur chef économiste Paul Chollet, si ce conflit « dure quatre à cinq semaines », ce sur quoi mise le président américain Donald Trump, « on a pour intuition que les prix, notamment énergétiques, vont revenir sous deux mois à leur niveau pré-bombardements ». « Ça ne veut pas dire qu’à court terme, vous n’allez pas avoir de l’inflation », ce qui se voit notamment sur « l’évolution des prix de l’essence », ajoute-t-il.

En revanche, « si le conflit s’enlise (…) on pourrait avoir de la stagflation » en Europe, estime-t-il. Ce risque pourrait aussi « être plus important si les appareils productifs », à savoir les installations pétrolières et gazières au Moyen-Orient, « étaient durablement endommagés ».

« Ce conflit, s’il était amené à durer, pourrait évidemment affecter les prix mondiaux de l’énergie, la perception des marchés, la croissance et l’inflation », a affirmé jeudi à Bangkok la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Kristalina Georgieva.

Est-on dans un scénario comparable à 2022 ?

Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, l’a répété : « 2026 n’est pas 2022 », quand la guerre en Ukraine avait entraîné une forte inflation. Pour le moment, beaucoup d’économistes lui donnent raison.

Pour Paul Chollet, la hausse des prix de l’énergie n’est à ce stade pas comparable. Pour le pétrole, « le cours du Brent aujourd’hui est à 85 dollars. En 2022, il était monté » bien au-delà, à près de 140 dollars.

Pour le gaz naturel, le contrat à terme du TTF néerlandais, référence en Europe, « est à 50 euros le mégawattheure, contre autour de 30 la semaine dernière », donc une progression « importante », mais avec des prix bien moindres qu’en 2022, où « on était montés jusqu’à 340 euros le mégawattheure ».

En outre, « ce qui nous rendait très vulnérables en 2022, c’est qu’on était dépendant de la Russie », poursuit-il. Mais aujourd’hui, en Europe, « on a diversifié nos sources d’approvisionnement ».

Pour Paola Subacchi, « il est difficile de faire des comparaisons directes, mais à la différence de la crise de 2022, qui « a touché principalement l’Europe », celle-ci « pourrait affecter à la fois l’Europe et l’Asie ».

Quelles économies sont les plus vulnérables ?

Les différentes économies du monde, en fonction de leurs ressources et des capacités budgétaires de l’État, ne réagissent pas toutes de la même manière.

« Quand survient un choc pétrolier, les États-Unis y sont plus sensibles en matière d’inflation tandis que l’Europe l’est en matière de croissance. Cependant, la forte hausse des prix du gaz naturel européen accroît son exposition », écrit Luke Templeman, de Deutsche Bank.

Pour Paola Subbachi, les pays les plus vulnérables seront « ceux qui dépendent fortement des importations de pétrole et de gaz en provenance du Moyen-Orient, en particulier en Europe et en Asie ». Les États-Unis, eux, « sont relativement protégés grâce à une forte production énergétique domestique et à la solidité du dollar », juge-t-elle.

La directrice générale du FMI s’est montrée moins « préoccupée » pour les économies riches que pour les pays en développement, « à faibles revenus ». « Cela va devenir tellement plus difficile pour eux », a-t-elle déclaré sur Bloomberg TV depuis Bangkok.