465 000 ha de surface agricole menacés par le recul du trait de côte
TNC le 02/03/2026 à 10:30
La remontée des eaux de la mer aura des conséquences importantes sur la production agricole située sur le littoral, une zone où la pression foncière est déjà forte. Pour préserver aux mieux les activités économiques, les acteurs du territoire s’organisent afin d’anticiper les pertes de foncier.
Aujourd’hui, 45 % des espaces littoraux sont des espaces agricoles, ce qui représente 700 000 hectares et 50 000 exploitations françaises, a rappelé Nicolas Agresti, directeur du service Etudes, Veille et Prospective de la FNSafer, lors d’une conférence organisée le 25 février par l’organisme au Salon de l’agriculture.
Or, le recul du trait de côte menace directement ces espaces déjà confrontés à une très forte pression foncière : la remontée des eaux va diminuer les surfaces disponibles pour l’agriculture et augmenter le contexte concurrentiel. À échéance 2050, ce sont 7 200 ha qui sont concernés, mais cette surface passe à 465 000 ha à horizon 2100 (sur 23 Mha de terres agricoles).
Quelles conséquences de l’élévation du niveau de la mer ?
La montée des eaux de la mer est à l’origine de trois phénomènes : le recul du trait de côte, et donc une réduction du foncier agricole sur le littoral, l’inondation des surfaces par remontée des nappes, et une salinisation. Or, cette remontée du niveau salin impacte directement la productivité des terres, ce qui rendra certaines cultures difficiles.
En parallèle, le foncier agricole sera également restreint, sur ces territoires, du fait de la nécessaire relocalisation de la population et des autres activités économiques littorales.
Anticiper et accompagner
Sur les zones concernées, il s’agit donc d’anticiper au mieux ce recul du trait de côte. Dans la Manche, un projet partenarial d’aménagement (PPA) expérimental associe la population à ces réflexions pour relocaliser les activités les plus exposées. On parle ici d’échéance à cinq, dix ou quinze ans, témoigne Hervé Guille, vice-président de la Communauté de communes de Coutances. « Il faut une acceptabilité de la population », ajoute-t-il.
Du côté des Safer, l’anticipation passe également par un stockage de foncier pour les années à venir, explique Pascal Férey, président de la Safer de Normandie. Des contrats de mises à disposition sont élaborés pour que les terres restent cultivées.
Les représentants des agriculteurs sont également associés aux réflexions sur la préservation des espaces, par exemple avec les Conservatoires des espaces naturels. Ces derniers, qui gèrent 300 000 ha en France, ont mis en place des conventions avec le monde agricole sur 36 000 ha, explique Julie Babin, de la Fondation des espaces naturels de France.
Enfin, c’est également la problématique de la raréfaction et de la gestion de l’eau douce, nécessaire à l’agriculture, que va poser ce recul du trait de côte. Dans certaines régions, la Safer vient également en appui de projets en ce sens : à la Réunion, où le changement climatique a des conséquences notables, elle intervient par exemple sur la maîtrise foncière sur des ouvrages de collecte d’eau, l’accompagnement des exploitations dans la mise en place de retenues d’eau, ou encore l’étude de recensement des besoins.