Sainte-Soline : jusqu’à 6 mois avec sursis requis pour l’organisation de la manifestation


AFP le 28/05/2026 à 10:30

La cour d'appel de Poitiers a requis jusqu'à six mois de prison avec sursis mercredi contre des leaders associatifs et syndicaux accusés d'avoir organisé la manifestation interdite de Sainte-Soline, émaillée de violents affrontements il y a trois ans.

Le 25 mars 2023, des milliers de personnes avaient bravé l’interdiction préfectorale dans ce village des Deux-Sèvres pour protester contre la création d’une vaste réserve d’eau agricole, qu’ils avaient rebaptisée « mégabassine » et présentaient comme un outil « d’accaparement d’un bien commun » par « l’agro-industrie ».

Au cours d’affrontements entre des manifestants et les gendarmes, qui ont tiré quelque 5 000 grenades devant le chantier, plusieurs dizaines d’opposants avaient été blessés, dont deux placés dans le coma.

Contre les organisateurs présumés, le parquet a requis les mêmes peines que celles prononcées en première instance : trois et six mois de prison avec sursis pour les leaders des collectifs écologistes les Soulèvements de la Terre et Bassines non merci, et des amendes pour deux dirigeants de la Confédération paysanne, qui avaient cessé d’appeler à la manifestation après son interdiction.

La décision sera rendue le 1er juillet.

Mercredi, la présidente de la cour d’appel a répété que le sujet était bien celui de l’organisation de la manifestation et pas celui de la responsabilité des violences.

Durant les débats, les quatre prévenus ont nié être les organisateurs de cette contestation, « suivie par des dizaines de milliers de personnes prêtes à braver les interdictions », avant de rester mutiques face aux questions du tribunal. « Il est ridicule et archaïque d’envisager que, sur un grand enjeu vital comme l’eau, de telles manifestations puissent cesser parce que quelques têtes sont condamnées », a lancé Nicolas Garrigues (alias Benoît Feuillu), des Soulèvements de la Terre.

Dans ce projet de 16 réserves dans le Marais poitevin, douze – dont trois sont déjà opérationnelles – n’ont pas été remises en cause par la justice, et quatre, dont celle de Sainte-Soline, ont été suspendues fin 2024 pour menace à une espèce protégée, dans l’attente d’une dérogation.

« Après tout un travail pour rendre le projet consensuel, les agriculteurs ne comprennent toujours pas comment on a pu arriver à de telles scènes sur chaque manifestation » des antibassines, a plaidé pour les parties civiles Me Sébastien Rey, listant trois rassemblements précédents émaillés « de violences et de dégradations ». Selon lui, ces réserves répondent à un impératif « d’adaptation au changement climatique ».

Me Pierre Huriet, avocat des deux militants écologistes, a invoqué « la liberté de manifester et le rapport de force », nécessaire en raison de « la lenteur de la justice administrative ». Nicolas Garrigues a dit son sentiment d’être « le bouc-émissaire d’un gouvernement qui cherche à s’innocenter » des violences commises ce jour-là.

L’enquête sur ces violences a été classée sans suite fin 2025, les auteurs de tirs de grenades illicites n’ayant pu être identifiés selon le parquet de Rennes, malgré le visionnage de milliers de vidéos.

Mais une analyse fouillée des caméras-piétons des gendarmes, publiée mardi par Mediapart et Libération, en impute la responsabilité au « tir tendu » d’un militaire identifié à l’intérieur d’un véhicule blindé.