Référendum sur l’UE en Islande : pour les pêcheurs, c’est non
AFP le 27/08/2026 à 10:00
Capitaine de chalutier, Jon Atli Gunnarsson avait huit ans lorsque l'Islande a remporté la dernière « guerre de la morue ». Un demi-siècle plus tard, pas question pour lui de céder à Bruxelles les droits arrachés de haute lutte aux Britanniques.
Pilier économique et symbole d’identité nationale, la pêche occupe une place centrale dans le débat en amont du référendum de samedi, où les Islandais décideront s’ils veulent reprendre les négociations d’adhésion à l’Union européenne, suspendues en 2013.
Dans les îles Vestmann, haut lieu de la pêche dans le sud du pays, les avis sont faits depuis longtemps : ce sera non – même si la consultation porte uniquement sur la reprise des négociations, et non sur l’adhésion elle-même.
« Nos prédécesseurs se sont battus pour obtenir cette zone de 200 milles autour de l’Islande », explique Jon Atli Gunnarsson sur la plage arrière du Gullberg, grand navire pélagique bleu amarré au port. « Nous avons un peu peur qu’en rejoignant l’Union européenne, nous devions céder une partie de ce que nous avons durement acquis », ajoute le pêcheur.
Haut fait du récit national, les « guerres de la morue » ont opposé l’Islande au Royaume-Uni entre 1958 et 1976. Pour protéger ses ressources halieutiques, l’île avait progressivement élargi sa zone de pêche exclusive, provoquant des confrontations (éperonnages, destructions de filets et coups de canon) avec les pêcheurs britanniques et le déploiement de la Royal Navy. « Bien sûr, les gens ont encore la guerre de la morue en tête », dit M. Gunnarsson.
La pêche au cabillaud mais aussi au hareng, au capelan et à l’églefin a largement fait la richesse du pays : les produits de la mer représentent aujourd’hui près de 40 % de ses exportations de biens.
Au-delà de sa valeur commerciale, la morue fait depuis des siècles partie de l’imaginaire national : elle figurait autrefois dans les emblèmes du pays et apparaît encore aujourd’hui sur des pièces de monnaie.
« Solutions créatives »
Le secteur se prévaut d’une gestion durable des stocks, de faire vivre de nombreuses communautés littorales et de prospérer sans les importantes aides publiques dont bénéficient certaines flottes européennes.
« Ma principale inquiétude concernant une adhésion à l’Union européenne est de devoir intégrer la politique commune de la pêche », souligne Sverrir Haraldsson, un responsable de VSV, poids lourd de la pêche et de la transformation du poisson aux îles Vestmann.
« L’Islande ne serait alors plus maîtresse de la fixation des quotas annuels et les investissements dans le secteur de la pêche en Islande seraient beaucoup plus ouverts aux entreprises étrangères », ajoute-t-il.
Pour apaiser les craintes, le gouvernement promet de réclamer, dans toute négociation, « la pleine maîtrise » des ressources halieutiques nationales.
L’Islande doit, selon lui, pouvoir continuer à fixer et répartir ses quotas et maintenir ses restrictions aux investissements étrangers.
« Le message adressé à l’Union européenne est clair : si elle veut que nous la rejoignions, elle devra tenir compte de notre politique en matière de pêche et d’agriculture », a affirmé à l’AFP la ministre des affaires étrangères, Thorgerdur Katrin Gunnarsdottir.
Message apparemment reçu à Bruxelles, où une candidature de l’Islande, riche et stable, serait vue d’un bon oeil. La commissaire à l’Elargissement, Marta Kos, se dit confiante de trouver des « solutions créatives ». De là à accorder à Reykjavik une exemption sur la pêche ? Rien n’est acquis.
« Si jamais y a un oui au référendum, je ne pense pas que (les Européens) auront envie de bloquer une adhésion pour une histoire de poisson », glisse toutefois une source bruxelloise.
Les professionnels islandais restent profondément sceptiques. « La pêche, les produits de la mer, c’est dans nos gènes. Cela fait partie de notre héritage. Nous savons très bien qu’il a fallu nous battre pour obtenir ce que nous avons aujourd’hui », affirme Heidrun Lind Marteinsdottir, directrice de Fisheries Iceland, principale organisation patronale du secteur.
« Malheureusement, nous ne sommes pas vraiment convaincus que les lignes rouges (du gouvernement, ndlr) soient clairement définies », regrette-t-elle.
Dans une récente enquête Gallup auprès des entreprises islandaises, 90 % de celles du secteur de la pêche se disaient opposées à une adhésion à l’UE.