Pour les marchés de céréales, pas encore d' »effet midterms » mais des attentes en mer Noire


AFP le 04/11/2026 à 17:55
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Dollar, biocarburants, droits de douane, composition des commissions agricoles du Congrès : l’issue des élections de mi-mandat aux Etats-Unis, largement remportées par les démocrates, pourrait influencer les marchés des matières premières agricoles. (© studio v-zwoelf, AdobeStock)

Les cours des céréales de part et d'autre de l'Atlantique ont poursuivi leur détente cette semaine, dans l'attente d'une éventuelle reprise du trafic en mer Noire à la faveur de pourparlers annoncés entre la Russie et l'Ukraine.

Les élections de mi-mandat aux États-Unis, largement remportées mardi par les démocrates, étaient aussi dans les têtes, notamment leur possible impact sur le dollar, selon les analystes.

Mais dans l’immédiat, les cours, à la baisse après des mois de hausse, se focalisaient sur une rencontre attendue entre Kiev et Moscou les 10 et 11 novembre à Abou Dhabi, sous médiation américaine.

« Nous intégrons déjà dans les prix une réouverture du corridor céréalier en mer Noire », souligne Michael Zuzolo, du cabinet Global Commodity Analytics and Consulting : « les opérateurs anticipent que la récolte (de maïs ukrainien) pourra être exportée très prochainement », tirant les cours à la baisse.

Ainsi à Chicago, le maïs – dont les rendements aux États-Unis sont par ailleurs meilleurs que prévu – a terminé à 4,41 dollars le boisseau mardi (contre 4,50 une semaine avant).

Même mouvement pour le blé, en baisse sur la semaine, à 12,03 dollars le boisseau mardi.

Les marchés de céréales ont connu jusqu’à fin octobre des mois de hausse, nourrie d’abord par la guerre au Moyen-Orient et la flambée du pétrole, puis par le blocage du trafic des grains en mer Noire du fait de la guerre Russie-Ukraine, deux exportateurs de premier plan.

« On parle de plus en plus de la rencontre entre les Russes et les Ukrainiens (…) on y croit et ça fait tout baisser », souligne en France le courtier Damien Vercambre, du cabinet Inter-Courtage. « C’est comme si on avait déjà le résultat de la négociation ! » relève-t-il.

Depuis juillet les marchandises sortent au compte-gouttes de la zone.

Moscou assure de son côté compenser via ses ports sur la Baltique, « mais c’était 300 à 400 000 tonnes la semaine dernière par exemple. Il faudrait beaucoup plus » pour écouler l’énorme production russe, souligne M. Vercambre.

Dans la perspective d’un éventuel déblocage, le cours du blé sur Euronext (échéance de décembre) est lui aussi descendu sous 225 euros la tonne, son plus bas depuis la mi-juillet, et reculait encore mercredi.

Le repli est encore plus net pour le maïs, à moins de 248 euros la tonne mercredi, soit 30 euros de moins par rapport à ses plus hauts de la mi-octobre, note Gautier Le Molgat, d’Argus Media.

Sur fond de forte tension de l’offre, il avait « tellement monté en termes de prix que finalement certains se sont « désintéressés » du maïs », cherchant à en réduire la consommation quand cela est possible, dit l’analyste.

Politiques américaines à suivre

Enfin, accentuant encore le mouvement à la baisse, les fonds d’investissement se désengagent en parallèle peu à peu des céréales, après ces mois de hausse.

D’ailleurs, pour Dewey Strickler, d’Ag Watch Market Advisors, « les principaux moteurs du marché cette semaine ont surtout été les dégagements de positions longues détenues par les fonds sur le maïs, et dans une moindre mesure sur le soja. » « Et parallèlement, ils continuent d’accroître leurs positions vendeuses sur le blé. »

Ce repli se déroule en outre sur fond de semis ou de récoltes à peu près corrects à ce jour dans les grands bassins : semis de blé dans de bonnes conditions en France, impacts d’El Niño limités aussi bien sur les blés du sud de l’Australie que sur les blés (bientôt récoltés), le maïs ou le soja d’Argentine…

Quant à l’issue des élections américaines, quel impact en attendre pour les marchés des céréales, après des mois de volatilité liée notamment à la guerre au Moyen-Orient ? Michael Zuzolo répond qu’il surveillera une éventuelle appréciation du dollar, qui renchérirait les matières premières américaines.

La politique nationale en matière de biocarburants, qui a récemment eu une influence haussière sur les prix du soja, sera aussi suivie de près, tout comme une éventuelle révision des mesures douanières.

« Il va y avoir un remaniement au sein des commissions agricoles du Congrès. Et selon les élus qui y seront nommés, cela pourrait avoir des répercussions sur les marchés, » dit aussi Dewey Strickler.