Pour 43 % des agriculteurs, le revenu de l’activité agricole n’atteint pas le Smic
TNC le 06/05/2026 à 12:30
Si ce chiffre est à tempérer en fonction des années, la faiblesse des revenus issus de la production agricole reste équivoque sur la période 2015-2024, souligne l’Observatoire de la rémunération équitable Max Havelaar dans une étude publiée fin avril.
L’activité agricole est-elle rémunératrice ? C’est la question à laquelle l’Observatoire de la rémunération agricole durable a voulu répondre dans sa première publication, « Nourrir à découvert », dévoilée il y a quelques jours. Avec 22 800 € par an en 2020, soit 1 900 € par mois et par unité de consommation, le niveau de vie médian des ménages agricoles est proche de celui de la population générale. Cependant, d’autres ressources entrent en ligne de compte, comme les revenus d’activité non agricole, dont les éventuels revenus du conjoint, les pensions et retraites, les revenus du patrimoine ou encore les transferts sociaux, et cette diversification « joue le rôle d’amortisseur économique », souligne l’étude.
Entre 2015 et 2024, moins d’un Smic pour 43 % des agriculteurs
S’appuyant notamment sur les résultats du Rica, l’étude se penche sur les données de 2015 à 2024. En moyenne, chaque année, 14 % des agriculteurs dégagent un revenu négatif, une part qui varie entre 9 et 22 %. « La continuité de l’exploitation repose alors sur son endettement ou l’utilisation des résultats des meilleures années, ce qui peut se traduire par une fragilité économique particulièrement élevée, lorsqu’elle se prolonge sur plusieurs exercices consécutifs, et l’impossibilité de dégager un revenu », constate l’Observatoire.
En moyenne, ce sont 43 % des agriculteurs qui ne parviennent pas à dégager plus d’un Smic de leur activité. Néanmoins, 30 % ont en moyenne un revenu agricole annuel supérieur à 2 Smic.
Si l’on retient le salaire médian des salariés du secteur privé, en moyenne 54 % des agriculteurs dégagent un revenu agricole inférieur sur la période 2015-2024, indique l’étude.
Influence de la taille des fermes
La probabilité d’avoir un revenu inférieur au Smic est corrélée à plusieurs facteurs, notamment la dimension de l’exploitation : parmi les agriculteurs à la tête des petites exploitations, une majorité (61 % en moyenne depuis 2015) ne dégage pas un Smic via leur activité agricole, contre près d’un quart pour les plus grandes. Il en est de même avec le nombre d’actifs sur l’exploitation : la moitié des agriculteurs travaillant dans des exploitations de moins de 1,5 UTA sont sous le Smic, contre moins d’un tiers dans celles de plus de 3 UTA, constate l’Observatoire.
Par ailleurs, la proportion d’agriculteurs qui ne se dégage pas un Smic est plus forte en zone défavorisée (ICHN), atteignant 49 %, contre 39 % hors zone ICHN.
Enfin, si la précarité touche l’ensemble des filières, certaines se révèlent un peu plus exposées : spécialisation en céréales et oléoprotéagineux, en production de viande bovine, en production ovine et caprine, et en productions de fruits. On constate cependant de fortes disparités au sein de certaines filières, notamment les grandes cultures ou l’élevage laitier.
Le prix reste un déterminant fort des revenus agricoles
L’étude se penche également sur les facteurs qui apparaissent le plus liés à l’évolution des revenus agricoles : « dans chaque configuration, le coefficient de corrélation le plus élevé est obtenu entre le prix moyen perçu par les agriculteurs et leurs revenus agricoles », note l’Observatoire. L’augmentation des volumes produits ou exportés a finalement peu d’influence sur le revenu perçu.
L’étude calcule par ailleurs que ce sont 4,7 milliards d’euros qui ont manqué en 2023 et en 2024 pour garantir un Smic à tous les agriculteurs, un montant qui a gonflé avec les années, signe que la problématique est structurelle.
Si ces chiffres méritent d’être affinés, leur objectif est d’éclairer le débat public, précise Max Havelaar. « Ce qui nous intéressait, c’est est-ce que la production paye, ou est-ce que l’on doit trouver en permanence des palliatifs », précise Blaise Desbordes, directeur général de l’ONG Max Havelaar France. La faible rémunération des agriculteurs est principalement liée au fait que les produits vendus ne le sont pas au juste prix, estime l’ONG qui défend un prix minimum garanti au-delà du commerce équitable.