Marchés agricoles : les préoccupations climatiques reprennent (presque) le dessus


AFP le 23/04/2026 à 09:30
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Selon Maxence Devillers, analyste chez Argus Media France, « les fondamentaux », tels que la météo, « reprennent petit à petit leurs droits » sur les marchés. (© Barjotnicolas/Banque d'images FranceAgriTwittos)

Les marchés agricoles ont oscillé cette semaine entre les préoccupations climatiques liées au blé américain, frappé par la sécheresse dans le centre des États-Unis, et les secousses provoquées par la guerre au Moyen-Orient.

Les prix du blé, après une légère détente, se sont raffermis depuis le début de la semaine à Chicago comme à Paris, qui a aussi vu le maïs se reprendre. Les marchés restent gouvernés par les événements dans le Golfe, « avec un lien direct avec le pétrole », même si in fine les cours ont peu bougé depuis deux mois, souligne le courtier Damien Vercambre, d’Inter Courtage.

« Les fondamentaux reprennent petit à petit leurs droits »

Mais après deux mois à ce régime les aléas climatiques semblent reprendre aussi leur importance dans la formation des prix. « Nous entrons dans la saison de floraison. On commence à voir l’attention se tourner vers cela, d’autant que l’on observe des conditions extrêmes, avec une sécheresse accrue dans certaines parties de la ceinture de maïs de l’Ouest (des États-Unis, NDLR), ainsi que dans la région du Kansas et de l’Oklahoma » pour le blé, note Dewey Strickler, d’Ag Watch Market Advisors. « Ça a apporté un certain soutien aux prix », explique-t-il.

Autre facteur de soutien pour les cours mondiaux, les opérateurs redoutent aussi désormais une sécheresse sur le maïs du Brésil : « les modèles (météorologiques) ont tous tourné au sec d’un coup », signale Maxence Devillers, analyste chez Argus Media France.

« On est passé de prévisions de pluie avec des températures normales à des prévisions très sèches et avec des températures autour de 35°C. Or on est à une période clé pour le maïs puisqu’on est en floraison. Cela fait craindre des baisses de production et soutient les prix », dit-il.

Pour lui, « les fondamentaux », tels que la météo, « reprennent petit à petit leurs droits » sur les marchés. Pour autant, l’importance des stocks constitués en 2025, année de récolte exceptionnelle partout dans le monde, devrait contribuer à modérer les éventuelles envolées, note-t-il.

À ce stade « les conditions sont très bonnes sur le blé en Europe et en mer Noire, mais on n’est pas au bout, la récolte ce n’est pas tout de suite, mai et juin seront décisifs. Et tous les maïs dans l’hémisphère Nord sont à peine semés, donc toutes les hypothèses sont ouvertes », ajoute l’analyste.

Rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping prévue mi-mai

Dans le même temps, les prix des oléagineux dont le soja sont soutenus, notamment par la demande de biocarburants depuis la guerre au Moyen-Orient et les mesures prises en leur faveur par plusieurs pays (Malaisie, Indonésie…). 

Les analystes attendent la rencontre entre le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping, prévue à Pékin mi-mai. Pékin avait lancé l’achat de soja américain fin 2025. Mais à l’époque celui-ci était le plus compétitif du marché, quand il est aujourd’hui bien plus cher que le brésilien, notent les analystes de Kpler.

« Les guerres tarifaires entre les États-Unis et d’autres pays alourdissent le coût du soja américain », souligne Jack Scoville, de Price Futures Group, dans une note. « Les importantes récoltes sud-américaines sont en cours, et l’on estime que les achats chinois pourraient être interrompus en raison de la guerre en Iran et des nouvelles règles d’importation imposées par la Chine », ajoute-t-il.

Enfin les opérateurs gardent un œil sur la situation des engrais, dont une bonne part de la production mondiale reste bloquée dans le Golfe et dont les prix ont flambé. « Les impacts qu’on peut déjà observer, c’est l’Australie qui va semer beaucoup plus d’orge et beaucoup moins de blé et de canola », indique M. Devillers d’Argus Media France.