Covid, revenus, vieillissement...

Les défis de l’agriculture française


AFP le 22/02/2021 à 15:05
Quels sont les défis de l'agriculture française ? (©Pixabay)

Quels sont les défis de l'agriculture française ? (©Pixabay)

Célébrés par les autorités politiques pour avoir continué à nourrir les Français au plus fort de la crise sanitaire, les agriculteurs demeurent confrontés à une multitude de défis et à un malaise qui demeure, et privés de leur vitrine du salon de l'agriculture pour cause de Covid-19.

Un monde remis au premier plan

« La crise a montré l’importance d’avoir une alimentation fiable et de qualité, et la chaîne agroalimentaire a tenu, avec la souveraineté alimentaire qui est revenue au premier plan », a déclaré récemment Gilles Maréchal, directeur d’Agridemain, une association qui œuvre à mieux faire connaître les métiers de l’agriculture. Signe que les consommateurs avaient peur de manquer, la ruée sur les pâtes, la farine et les conserves a ravivé le débat sur le modèle agricole français. Car le premier producteur agricole d’Europe a beau exporter vins, lait et céréales, il importe près de la moitié du poulet, des fruits et légumes consommés par les Français.

Le président Emmanuel Macron a promis une « reconquête ». 100 millions d’euros (sur les 100 milliards du plan de relance) doivent ainsi subventionner la recherche et l’achat d’équipements pour augmenter la production française de protéines végétales, afin de réduire la dépendance au soja brésilien, décrié pour son rôle dans la déforestation de l’Amazonie.

Panne de revenus

Sans la mettre à terre, la pandémie n’a pas épargné l’agriculture française qui a vu un débouché majeur fermer boutique : les restaurants ne passent plus commande, et c’est tout un pan de la gastronomie qui flanche – ventes de vins et spiritueux, de cailles, de pigeons… mais aussi de frites. Les ventes en supermarchés n’ont pas totalement compensé ce manque à gagner. Et la guerre des prix que se livrent les grands distributeurs ne permet pas de redresser les revenus des agriculteurs. Les éleveurs, en particulier, dénoncent régulièrement le fait qu’ils doivent vendre leurs bêtes à un prix inférieur à leurs coûts de production.

Les négociations commerciales annuelles entre industriels et distributeurs (jusqu’au 1er mars) se déroulent dans un climat houleux. « C’est un truc de dingue sur le plan économique : vous avez des marchés qui se portent bien, du point de vue de la distribution ils se portent bien, du point de vue des grands transformateurs aussi, et les prix seraient payés moins cher pour les agriculteurs ? C’est incompréhensible », a déclaré à l’AFP Serge Papin, missionné par le ministère de l’agriculture pour travailler sur « la répartition de la valeur ». Le revenu des fermes françaises a reculé en 2020, a estimé l’Insee fin décembre, conséquence de mauvaises récoltes de céréales et de betteraves, mais aussi de la baisse des rentrées d’argent des élevages porcin et bovin (lait et viande). La Fédération nationale bovine (FNB) a récemment calculé à partir de projections qu’un éleveur bovin avait gagné en moyenne 8 000 euros en 2020, soit moins de 700 euros par mois.

Malaise

Une « surmortalité statistique par suicide pour les exploitants agricoles, comparés à la population générale, a été mise en évidence », rappelait en juin l’observatoire national du suicide, et cette surmortalité est « particulièrement marquée chez les éleveurs bovins (lait et viande) âgés de 45 à 54 ans ». Pour sortir la tête de l’eau, les 400 000 exploitants agricoles français sont largement dépendants des subventions publiques (à hauteur de 9 milliards d’euros en 2020 selon l’Insee), en particulier de la Politique agricole commune (Pac) en cours de renégociation. Le monde agricole, poussé à innover pour se passer des produits phytosanitaires, réduire ses émissions de gaz à effet de serre et améliorer le bien-être des animaux, se plaint souvent d’être stigmatisé (« agribashing »), pas assez soutenu, alors qu’il fait aussi face au changement climatique, avec des sécheresses estivales à répétition.

Dans son avant-propos au dernier rapport d’orientation de la fédération des agriculteurs FNSEA (« Faire du défi climatique une opportunité pour l’agriculture »), l’académicien Erik Orsenna interroge : « Quelle autre profession, depuis 1945, s’est aussi régulièrement remise en cause pour répondre à des objectifs successifs, et de plus en plus contradictoires : nourrir plus, puis nourrir mieux, puis respecter la planète, mais pour toujours moins cher. » . Gare au papy boom Dans ce contexte d’incertitude économique, une question devient de plus en plus urgente : qui nourrira les Français si une nouvelle génération ne s’installe pas ? Selon l’Insee, plus de la moitié des agriculteurs (55 %) ont 50 ans ou plus. Ils partiront à la retraite dans les 10 ans qui viennent. En 2020, la sécurité sociale des agriculteurs (MSA) dénombrait trois nouveaux exploitants pour quatre départs.

Une proposition de loi pour permettre l’installation de jeunes professionnels et réguler l’accès aux terres devrait bientôt être examinée par le Parlement. Le président Emmanuel Macron avait promis une grande loi foncière, mais le principe a été abandonné pour ce quinquennat.