Environnement

Le gouvernement présente sa stratégie d’aires protégées


AFP le 12/01/2021 à 17:20

Face au constat alarmant d'une perte de la biodiversité, la France a présenté mardi sa stratégie « aires protégées » d'ici à 2030, qui vise 30 % d'aires protégées dont 10 % en protection forte, accueillie prudemment par les ONG.

En 2019, les experts de l’ONU avertissaient qu’un million d’espèces végétales et animales pourraient disparaître. Emmanuel Macron promettait alors de protéger 30 % des terres et mers françaises, dont 10 % « en pleine naturalité », une notion remplacée depuis par la « protection forte » où « les pressions engendrées par les activités humaines susceptibles de compromettre la conservation (…) sont supprimées ou significativement limitées, de manière pérenne ».

La France abrite une grande variété d’écosystèmes, 10 % des espèces connues sur la planète et possède le deuxième espace maritime mondial. Ils sont menacés par les pollutions, l’artificialisation des sols, le changement climatique…

Cette stratégie, qui se déclinera en trois plans d’action successifs, « est axée sur un modèle de protection à la française », avec des « équilibres entre la nature et les activités humaines » et pas de « mise sous cloche », a expliqué la secrétaire d’Etat Bérangère Abba à l’AFP.

Le pays compte une multitude d’aires protégées aux statuts divers: parcs naturels nationaux, régionaux, conservatoires d’espaces naturels, sites du Conservatoire du littoral, Natura 2000, réserves naturelles nationales…

Pour la première fois, la stratégie intégrera aires protégées terrestres et maritimes, à la fois en métropole et outre-mer, avec sept objectifs : une gestion efficace, promouvoir des activités durables, renforcer la connaissance ou encore « défendre un cadre mondial ambitieux pour la biodiversité » avec la COP15 biodiversité en Chine courant 2021.

« Autant nous allons atteindre, voire dépasser les 30 % de protection du territoire à l’horizon 2022, autant pour les 10 % de protection forte, la marche est haute », a rappelé la secrétaire d’État. La France en est à 1,8 % (cœurs de parcs nationaux, réserves naturelles nationales, réserves biologiques en forêt…)

Eviter les aires de papier

La stratégie prévoit la protection de 100 % des récifs coralliens, de renforcer les zones de protection dans les îles Eparses (dans l’océan Indien) et les terres australes, la protection de zones humides ou d’écosystèmes marins, la création ou l’extension de 20 réserves naturelles nationales…

Bérangère Abba espère aussi créer « un 12e parc national qui pourrait être un parc national de zone humide ».

La présentation de cette stratégie « est une bonne chose », salue Yves Verihac, de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), qui souligne que ces aires protégées sont efficaces pour sauver des espèces. « Nous allons surveiller la mise en œuvre de près », ajoute-t-il.

« Sans plan d’action détaillé, ce n’est que de l’intention », estime Jean-David Abel, de FNE. Il faudra être attentif à avoir « des critères scientifiques pour prioriser » les aires à protéger et « à partir des territoires pour définir les projets ».

Pour accompagner la création de ces aires, « les moyens humains consacrés à leur gestion par les opérateurs de l’État seront renforcés sur les trois années à venir » et soutenus par des services civiques. Le gouvernement met aussi en avant 60 millions d’euros prévus par le plan de relance et 10 millions dans la loi de finances 2021, selon un communiqué.

Ces moyens « ne garantissent pas la pérennité des moyens mobilisés pour les aires protégées », avertit Pierre Cannet, de WWF, qui demande « un diagnostic complet (…) pour évaluer les besoins en lien avec les nouveaux objectifs et la nouvelle stratégie ».

Des ONG s’inquiètent aussi des emplacements retenus pour la création ou l’extension de nouvelles aires et leur niveau effectif de protection. Pour Bloom, France nature environnement (FNE), Greenpeace, MedReact, Oceana, Pew et la fondation Bertarelli, « la création de zones de protection intégrale, où toutes les formes d’extraction sont interdites, reste la mesure la plus efficace pour préserver les écosystèmes marins ».

Elles regrettent qu’actuellement, « seulement 1,6 % des eaux françaises (soient) réellement protégées » et qu’elles soient situées principalement dans les Terres Australes et Antarctiques françaises (TAAF) « là où les enjeux socio-économiques sont peu importants ».