Glyphosate/Bretagne

La FRSEA dénonce la fiabilité douteuse des tests utilisés par les « pisseurs »


TNC le 17/02/2021 à 11:00
La FRSEA Bretagne dénonce une fiabilité douteuse des tests Elisa utilisés pour détecter la présence de glyphosate dans les urines. (©TNC/Pixabay)

La FRSEA Bretagne dénonce une fiabilité douteuse des tests Elisa utilisés pour détecter la présence de glyphosate dans les urines. (©TNC/Pixabay)

S’appuyant sur l’étude d’un toxicologue, la FRSEA Bretagne a présenté le 16 février des éléments mettant en doute la fiabilité des tests Elisa réalisés par les « pisseurs volontaires » pour mettre en évidence des taux élevés de glyphosate dans les urines.

Depuis 2018, les médias ont fortement relayé les « pisseurs volontaires », ces personnes, journalistes, célébrités ou citoyens lambda qui par le biais d’une association, ont volontairement effectué une analyse du taux de glyphosate présent dans leurs urines. Face à cette médiatisation, la FRSEA Bretagne a souhaité apporter des éléments concrets sur la fiabilité des tests utilisés pour la détection, à savoir les tests Elisa, commercialisés par Eurofins Abraxis, et réalisés pour les « pisseurs volontaires » par le laboratoire BioCheck, en Allemagne.

« Les agriculteurs sont responsables, il y a des autorisations de mise sur le marché, nous regrettons la pression insoutenable depuis quelques années pour les agriculteurs », a expliqué Jean-Alain Divanac’h, président FDSEA Finistère et vice-président de la FRSEA Bretagne, à l’occasion d’une conférence de presse le 16 février. Le syndicat dénonce « une chaine de la peur créée par les structures associatives ».

La chromatographie jugée plus fiable

Plusieurs agriculteurs de la FRSEA Bretagne ont décidé de réaliser ces analyses, avec l’idée de comparer les résultats du test Elisa avec un autre test. « Au centre hospitalier de Vannes, on nous a dit « le test Elisa n’est pas fiable, le seul vrai test c’est la chromato, on veut bien vous le faire » », explique ainsi Jean-René Menier, responsable de la commission phytosanitaire à la FRSEA. Avec ce test (la chromatographie), il n’y a pas eu de glyphosate détecté dans ses urines, malgré une utilisation du produit 48 h plus tôt, indique-t-il. À la FDSEA du Finistère, sur 11 échantillons, tous positifs avec méthode Elisa, aucun ne l’a été avec la chromatographie.

Pour le pharmacien toxicologue Joël Guillemain, mandaté par la FRSEA avec deux autres experts pour expliquer ces différences de résultats, avec Elisa, « il y a une surévaluation de détection flagrante » de la présence du glyphosate. Pour lui, « le seul test qui permette de se prononcer est le test par chromatographie ». Ce qu’a d’ailleurs confirmé Abraxis (entreprise qui a mis au point le test Elisa), notamment dans un article de CheckNews : « comme pour toute technique analytique, il est hautement recommandé de la confirmer avec une technique différente, comme la chromatographie en phase liquide ou la chromatographie en phase gazeuse ».

Le toxicologue a présenté ses travaux à partir d’une analyse de la quasi-totalité de la littérature existant sur le sujet (articles scientifiques et articles de presse) et est arrivé à la conclusion que le protocole utilisé pour les tests Elisa par le laboratoire allemand BioCheck n’avait pas reçu de validation, notamment au niveau des taux de détection, notamment car les taux sont différents pour la détection dans l’eau, pour les urines diluées ou pour les urines filtrées. On peut donc, selon lui, parler de « manipulation de la communication », sans pour autant exclure l’idée de mieux encadrer l’utilisation du glyphosate.

Ré-homologuer le glyphosate en 2022 ?

Pour les représentants de la FRSEA, l’interdiction du glyphosate est devenue « symbolique », pour les associations et ONG anti-phytosanitaires. Pour autant, interdire le glyphosate risquerait de laisser « la porte ouverte à plein d’autres produits sans doute plus toxiques », estime le syndicat.

L’homologation du glyphosate, au niveau européen, est valable jusqu’en 2022, mais la France est le seul pays de l’UE, avec le Luxembourg, à avoir prévu d’interdire son utilisation même en cas de réautorisation. Une décision qui met en difficulté les agriculteurs français : « nous voulons avoir des conditions de productions comparables à nos compétiteurs », insiste Jean-Alain Divanac’h.