Protéines

La Fop s’inquiète de la disparition des moyens de production


TNC le 03/02/2020 à 15:08
Arnaud Rousseau, président de la Fop, lors de l'assemblée générale du 30 janvier. (©TNC)

Arnaud Rousseau, président de la Fop, lors de l'assemblée générale du 30 janvier. (©TNC)

Depuis un an, la réflexion sur le Plan protéines est au point mort et la filière reste dans l’attente, alors qu’elle doit aujourd’hui faire face à des injonctions contradictoires : développer la production de protéines, alors que les moyens de produire apparaissent de plus en plus réduits. À l’occasion de son assemblée générale, le 30 janvier, la Fop a mis les pouvoirs publics face à leurs responsabilités.

Stratégique, l’enjeu de la protéine est même « l’un des grands dossiers majeurs de ce siècle, au même titre que l’eau ou l’énergie », a estimé Arnaud Rousseau, président de la Fop (fédération des producteurs d’oléagineux et de protéagineux) en clôture de l’assemblée générale annuelle de l’organisation, le 30 janvier. Il appelle donc le gouvernement à concrétiser une ambition affirmée à plusieurs reprises par le président de la République, mais qui tarde à se traduire dans les faits. Ainsi, le plan protéines élaboré et proposé par la filière française, présentée au ministère de l’agriculture, semble au point mort.

Pour Philippe Duclaud, directeur général adjoint de la performance économique et environnementale des entreprises au ministère de l’agriculture, ce qui a pu donner un « sentiment d’inertie », c’est la concertation très large à laquelle le ministère a tenu : « il y a eu trois vagues successives de concertation, et trois ministères concernés », à savoir les ministres de l’agriculture, de la transition écologique et des finances, explique-t-il. Car selon lui, le sujet des protéines est bien stratégique pour la France, pour des raisons de souveraineté alimentaire, de demandes sociétales avec des consommateurs qui ne veulent plus d’OGM dans l’alimentation des animaux d’élevage, se soucient de la déforestation importée, et veulent également consommer des protéines végétales. « Sachez que l’on a fait le travail », a-t-il affirmé devant les membres de la Fop, laissant présager des avancées concrètes très prochainement en ce qui concerne le plan protéines national.

Lire :
– La France confirme « l’enjeu européen de l’indépendance en protéines »
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– Plan protéines : la Fop claque la porte et dénonce le silence du ministre

Des contraintes à lever

La stratégie est, quoiqu’il en soit, fortement attendue, au regard des contraintes qui pèsent sur la production. « Produire des protéines végétales, c’est que du bonheur, à condition de pouvoir en produire ! », résume Benjamin Lammert, producteur membre du conseil d’administration de la Fop. « Les bénéfices environnementaux sont là à tous les coups, en revanche la durabilité économique n’est pas toujours au rendez-vous », explique-t-il, évoquant « un problème de compétitivité de ces cultures ». D’autant plus qu’au niveau du rendement, les résultats ne sont pas toujours là, avec des cultures qui n’ont pas connu le même investissement en recherche que les céréales, et « avec une palette de solutions phytosanitaires de moins en moins large », ajoute le producteur.  

L’investissement nécessaire dans la filière demande en effet « un pas de temps long », complète Xavier Dorchies, directeur général délégué de Sofiprotéol. Pour répondre de plus en plus vite aux demandes, « on a besoin d’un cadre réglementaire à long terme, et de réaliser plus vite et collectivement », poursuit-il. Les projets ne manquent pas : « Avril va investir avec DSM pour reconvertir l’usine de Dieppe et voir comment utiliser la protéine de colza en alimentation humaine », explique Arnaud Rousseau, le groupe travaille également à produire du tourteau de tournesol avec une concentration en protéines équivalente à celle du tourteau de soja… Tout comme, parallèlement, se poursuit un travail pour la valorisation de l’huile, notamment en ce qui concerne les biocarburants.

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Pour la Fop, la valorisation doit donc être au rendez-vous à tous les niveaux de la filière, ce qui implique une juste valorisation des coproduits, mais aussi des négociations commerciales équilibrées, ce que « la loi Egalim n’a pas significativement amélioré », regrette Arnaud Rousseau qui fait état de demandes de déflation. C’est également de la valorisation de la production que doit venir le revenu des agriculteurs : « l’aide couplée n’a de sens qu’en tant qu’effet de levier, estime d’ailleurs le président de la Fop. Elle ne peut être aide au revenu pérenne, car le revenu doit d’abord venir de l’économique ». Arnaud Rousseau en appelle donc au gouvernement pour plus de cohérence, car « on ne peut pas parler de souveraineté protéinique et faire le constat de la disparition de nos capacités de production », a-t-il conclu.