Bienvenue à la ferme

Fermes and Co souhaite « inscrire dans la durée les circuits courts »


TNC le 14/10/2021 à 15:03
Les interets pour les producteurs sont multiples : « professionnaliser la vente directe, donner plus de visibilite aux produits et assurer des debouches durables a des prix remunerateurs », cite Jean-Marie Lenfant, president de Fermes and Co. (©TNC)

Les interets pour les producteurs sont multiples : « professionnaliser la vente directe, donner plus de visibilite aux produits et assurer des debouches durables a des prix remunerateurs », cite Jean-Marie Lenfant, president de Fermes and Co. (©TNC)

Bienvenue à la ferme, créé il y a une trentaine d'années et qui fédère 8 000 producteurs en vente directe sur toute la France, veut aller encore plus loin. Avec le projet Fermes and Co, son objectif est de « devenir le premier réseau structuré de production mais aussi de distribution de produits fermiers ». D'ici cinq ans, une centaine de magasins devraient être ouverts, au plus près des consommateurs, avec un approvisionnement multi-exploitations et une gestion ne reposant pas que sur les agriculteurs.

Le projet Fermes and Co a commencé à germer au sein de Bienvenue à la ferme il y a plusieurs années, en région Normandie. « En regroupant l’offre, nous voulons apporter un service aux consommateurs comme aux producteurs. Il s’agit de rendre les produits fermiers accessibles au plus grand nombre, en les rapprochant des lieux de vie et en proposant la gamme la plus large possible dans un même magasin, explique Jean-Marie Lenfant, agriculteur dans l’Eure, président délégué de Bienvenue à la ferme et président de Fermes and Co. L’intérêt côté exploitants agricoles : professionnaliser l’activité de vente directe, donner plus de visibilité aux productions vendues et assurer des débouchés durables à des prix rémunérateurs, tout en simplifiant les démarches, allégeant la charge de travail et limitant les tensions éventuelles entre producteurs d’un même magasin. »

Sortir la fleur des exploitations.

En 2011, les initiateurs de la démarche se rendent en Angleterre pour voir le concept de « Farm shops », développé par des groupes coopératifs après la crise de la vache folle pour mettre en avant les produits agricoles. Dès 2012, à son congrès du Havre, Bienvenue à la ferme décide « qu’il faut sortir la fleur des exploitations » pour créer des magasins dans les villages et même les zones urbaines. Deux ans plus tard, un premier magasin test est mis en place à Ménilles (Eure), puis deux autres à Lantic (Côtes-d’Armor) et Craon (Mayenne). Un quatrième ouvrira en janvier 2022 et une dizaine sont en réflexion. « Aujourd’hui, nous sommes prêts à passer à la phase de professionnalisation et de structuration », déclare Sébastien Windsor, président des chambres d’agriculture.

S’appuyer sur la force du réseau Bienvenue à la ferme

Pour cela, l’initiative a la chance de pouvoir s’appuyer sur la force et le savoir-faire du réseau Bienvenue à la ferme, connu et reconnu notamment à travers sa marque et son logo à la petite fleur. Un atout pour trouver des investisseurs et autres partenariats. Ainsi, la fondation Avril et les banques (Crédit Agricole, groupe BCPE) ont accordé facilement leur soutien financier. « Fermes and Co fait écho à notre travail, axé sur les liens entre les citoyens et l’agriculture et les moyens de les renforcer, afin de faciliter la transition de l’agriculture et de l’alimentation », indique Philippe Leroux, directeur général de la fondation Avril et agriculteur.

Renforcer les liens entre citoyens et agriculteurs.

« Nous étions déjà partenaires de Bienvenue à la ferme et ce projet entre clairement dans nos missions communes d’accompagnement des exploitants agricoles, au plus près des territoires. C’est une brique de plus dans toutes nos actions en faveur de la transition agroécologique et alimentaire », met en avant Pascal Lebouteiller, directeur des crédits, du recouvrement et de l’agriculture au Crédit Agricole Normandie Seine. « Depuis cinq ans, nous dispensons beaucoup d’énergie et de travail pour accompagner le développement des circuits courts, poursuit Luc Carpentier, directeur général de Banque Populaire Val de France. Cette initiative s’inscrit dans cette ligne et dans notre ADN qui est d’oser entreprendre. »

Une brique de plus vers la transition agricole et alimentaire.

Top depart du deploiement du projet Fermes and Co, le 12 octobre 2021 au siege des chambres d’agriculture a Paris. (©TNC)

Aide aux démarches, pour acquérir compétences/équipements

« Elle va permettre de réduire la dépendance des producteurs vis-à-vis des industriels et de la grande distribution », espère Olivier Malaval, responsable du service « développement du marché de l’agriculture » au Crédit Agricole Normandie Seine. L’appui du réseau Bienvenue à la ferme concerne également les démarches administratives et réglementaires, et l’acquisition des compétences et équipements nécessaires pour l’ouverture et la gestion d’un magasin (conseils et formations entre autres) : rédaction de contrats d’approvisionnement et de manuels opératoires, organisation des locaux, respect des normes sanitaires, techniques de vente, marketing, communication, achat de caisses enregistreuses et de logiciels de paiement, recherche de producteurs…

Basés sur le modèle des franchises (d’où l’implication de spécialistes dans ce domaine : banques, avocats, gérants), « les magasins sont implantés dans les fermes, à la condition qu’elles soient visibles et facilement accessibles (donc pas trop éloignées des zones urbaines), ou encore dans les bourgs dynamiques et les villes, dans le centre comme en périphérie. Pour rester cohérent avec la notion de produits fermiers, leur surface varie de 120 à 350 m2,  en fonction de la localisation, du profil du propriétaire et des producteurs fournisseurs. L’offre diffère donc selon l’emplacement et la superficie », détaille Patricia Sijilmassi, experte des réseaux d’enseignes et directrice générale de Fermes and Co.

« Transmettre les magasins aux générations suivantes »

« Les propriétaires de magasins sont indépendants et affiliés, qu’ils soient producteurs, commerçants, professionnels du commerce en réseau ou salariés en reconversion, issus de tout secteur d’activité. Ainsi, les agriculteurs sont fournisseurs, sauf s’ils montent un magasin », complète Patricia Sijilmassi, ajoutant que Fermes and Co « fonctionne comme Bienvenue à la ferme, en réseau avec une tête de réseau, qui n’a pas vocation à être centrale d’achat puisque les produits sont commercialisés en circuits courts, avec une relation directe entre les magasins et les exploitants agricoles ». « Nous veillons à préserver le sens et les valeurs incarnés par les produits fermiers », insiste Sébastien Windsor.

Pas une centrale d’achat !

Quant au cahier des charges, il garantit une offre variée et complète avec réunis, au même endroit, des produits frais, de saison et locaux, à 80 % issus de circuits courts et à 50 % de producteurs du réseau, à toute gamme de prix. Le chiffre d’affaires attendu, lui, peut aller de 3 500 à 9 000 €/m2, avec une valorisation de leurs productions pour les agriculteurssupérieure en moyenne de 20 %. « Pour la réussite et la pérennité des magasins, l’écoute et l’analyse des besoins des porteurs de projet sont essentiels, comme la qualité de l’accompagnement derrière », conclut Patricia Sijilmassi. L’objectif ultime : la transmission des magasins aux générations suivantes pour « inscrire les circuits courts dans la durée ».

Ils témoignent

Michel Marchand, gérant du magasin pilote « Saveurs de Normandie », à Ménilles (Eure) :

« 5 ETP et 1 M€ de chiffres d’affaires »

« Je n’étais pas du tout dans l’agriculture. J’ai commencé par proposer des dégustations de produits fermiers dans les chambres d’hôtes de ma femme. Puis, j’ai repris une petite épicerie au centre du village. Le maire et la plupart de mes connaissances étaient sceptiques à cause de la proximité de la ville de Pacy-sur-Eure, qui dispose de quatre grandes surfaces. Mais très vite, j’ai pu embaucher une vendeuse. En 2019, j’ai rejoint le réseau Bienvenue à la ferme pour mutualiser les moyens humains et matériels. Aujourd’hui, je fais travailler 5 ETP et dégage 1 M€ de chiffres d’affaires. Un boucher s’est installé dans le village et une belle dynamique s’est formée autour des commerces. »

Céline Marsollier, directrice du magasin pilote « Le Champ des Saveurs » à Craon (Mayenne) :

« Un cadre pour avancer plus vite et plus sereinement »

« C’est un entrepreneur des territoires qui nous a suggéré, à mon mari et à moi, de créer un magasin. Ce projet nous séduit et nous nous sommes associés à une autre exploitation. Je m’y connaissais bien en communication car je travaillais dans ce domaine. Par contre, au niveau des démarches et des normes sanitaires, pas du tout ! Grâce à Bienvenue à la ferme, on trouve des réponses à nos questions, un soutien pour ce qu’on ne sait pas faire, et on s’entraide. Et j’ai pu suivre des formations. Ainsi, nous avons un cadre pour avancer plus vite et plus sereinement. Dans le département, une cinquantaine de producteurs adhèrent au réseau, qui est connu des agriculteurs et des consommateurs : cela donne confiance. En siX mois, nous sommes passé de 60 producteurs fournisseurs à 95 et de 700 références environ à 1 200. J’ai embauché une vendeuse à temps plein, une autre à temps partiel et un boucher.  »