Face à des récoltes dégradées, la grande distribution revoit ses standards


AFP le 01/09/2026 à 17:30

Confrontée à une sécheresse exceptionnelle qui a brûlé certains fruits et légumes, réduit les calibres et les rendements, la grande distribution desserre ses critères et multiplie les gestes de soutien pour éviter que les producteurs soient contraints de jeter une partie de leur récolte.

« On passe largement à 25-30 % » de pertes : arboriculteur en Charente, Daniel Sauvaitre a vu ses pommes souffrir cette année, prises dans un cumul de déficit de floraison, de brûlures et une réduction de la taille des fruits, quand ses myrtilles, elles, ont mieux résisté.

Si le sexagénaire, président de l’interprofession fruits et légumes (Interfel), explique à l’AFP avoir déjà connu des pertes plus lourdes par le passé, « la vraie particularité cette année, c’est cette combinaison de sécheresse et de records de température ». « C’est très nouveau d’avoir ce niveau d’excès, et la crainte c’est que ça se reproduise », dit-il.

Pour répondre à ces difficultés, la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), lobby d’un secteur souvent pointé du doigt concernant la rémunération des agriculteurs, a annoncé mi-août « des actions concrètes de soutien aux producteurs ».

Les principales enseignes qu’elle regroupe (E.Leclerc, Coopérative U, Carrefour, Casino…) se sont engagées à être plus tolérantes notamment sur les calibres et aspects des fruits et légumes et à valoriser les produits d’origine France.

« Gueules Cassées »

« C’est pourquoi, on peut trouver actuellement dans nos rayons des salades aux calibres plus petits, ou des tomates, des courgettes, avec des traces de « griffures » », explique Auchan. « De petits défauts qui n’ont pas d’incidence sur la saveur des produits ».

Daniel Sauvaitre défend aussi ces ajustements : certaines pommes peuvent avoir subi une décoloration « sans altérer leur qualité intrinsèque puisqu’elles restent très sucrées », insiste-t-il.

Selon Nicolas Chabanne, fondateur de C’est qui le patron?! et du label « Les Gueules Cassées » destiné à sauver du rebut les fruits et légumes « moches », leur part hors calibre a explosé.

« Ce n’est plus 10-15 % de la production, ça peut parfois être 70 % », explique-t-il à l’AFP. « Cette année, ce qu’on appelait les gueules cassées deviennent une immense majorité de la production ».

« Il faut que le client prenne conscience qu’acheter ces produits dans les semaines qui viennent, c’est le prix à payer pour que notre agriculture se relève face à cette catastrophe », a défendu dans le Journal du dimanche (JDD) le patron des MIntermarché, Thierry Cotillard.

Le groupement a d’ailleurs lancé une opération baptisée « Petit calibre, grand soutien », destinée à rappeler aux consommateurs que des standards trop stricts fragiliseraient davantage les producteurs.

Actions financières

Si l’incertitude demeure sur les conséquences en termes de coûts de production ou de prix, les prévisions pour la grande majorité des filières agricoles (céréales, fruits et légumes…) sont en forte baisse : – 34 % pour la production de maïs grain et jusqu’à – 50 % pour certains légumes (poireaux, oignons, haricots… ), d’après le ministère de l’Agriculture.

Les producteurs de pomme de terre anticipent eux une récolte en repli de 23 % sur un an, avec le plus faible rendement depuis plus de 30 ans.

Face à ces tensions, les enseignes de la grande distribution ont aussi engagé des actions financières. Coopérative U évoque ainsi une « révision du prix d’achat » pour aider les exploitations confrontées à des surcoûts, affirmant que le prix des fruits et légumes a augmenté « en moyenne de 13 % cet été, et jusqu’à 50 % pour les tomates », un effort assumé « en prenant sur nos marges », explique un porte-parole à l’AFP.

Comme Coopérative U, Carrefour a raccourci ses délais de paiement et a aussi introduit une « clause sécheresse » dans ses filières bovines pour intégrer le surcoût de l’alimentation animale au prix payé aux éleveurs, tandis qu’Intermarché a promis le maintien des primes même lorsque les volumes n’ont pas été atteints.

Daniel Sauvaitre accueille ces annonces avec prudence : la sécheresse et la canicule ont été bien comprises par les acteurs de la filière mais ces engagements devront se vérifier « dans la confrontation réelle de l’offre et de la demande », dit-il.

Le gouvernement doit dévoiler jeudi un plan avec des mesures d’urgence, incluant des aides financières et des allègements réglementaires pour permettre notamment la relance de la production et un soutien aux plus fragiles.