Conjoncture laitière

Entre Covid-19 et météo, la collecte marque le pas


TNC le 20/05/2020 à 12:04
Entre incitation à réduire la production et météo peu favorable, la collecte laitière marque le pas en avril. (©TNC)

Entre incitation à réduire la production et météo peu favorable, la collecte laitière marque le pas en avril. (©TNC)

Le pic saisonnier habituellement constaté en cette période a été atténué cette année, en raison de signaux dissuasifs liés au coronavirus, mais aussi aux conditions météorologiques qui ont ralenti la pousse de l’herbe. Côté prix, si la chute des cours semble stabilisée, le lait de printemps connaîtra des contrastes importants en fonction des bassins laitiers, et des collecteurs.

Amorcée fin avril, l’embellie sur les cours de la poudre maigre et du beurre se poursuit début mai, indiquent les dernières tendances laitières de l’Idele. Ainsi, la cotation Atla de la poudre maigre connaît une embellie début mai. Elle a regagné + 60 €/t en une semaine à 1 930 €/t en semaine 19. Depuis la mi-avril, elle parait stabilisée après avoir dévissé de 720 €/t en deux mois.

Cotation de la poudre maigre (©Institut de l’élevage)

« La cotation du beurre vrac vendu sur le marché spot enregistre un redressement plus marqué : + 100 €/t en une semaine à 2 800 €/t après une chute de 900 € entre la mi-février et la mi-avril », indique l’Idele, qui évoque un « retour à l’équilibre » favorisé par l’aide au stockage privé et la perspective d’une reprise des échanges internationaux.

Cotation du beurre sur le marché spot en France (©Institut de l’élevage)

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La croissance de la collecte stoppée en avril

Si les éleveurs ont été appelés à ralentir la production en avril pour éviter d’engorger le marché, dans un contexte de crise lié au Covid-19, « l’arrêt de la croissance en avril tient surtout à des raisons météorologiques », estiment les économistes de l’Idele. Les faibles précipitations et les nuits fraîches ont ralenti la production herbagère dans de nombreuses régions, permettant cependant de réaliser les ensilages d’herbe dans de bonnes conditions.

L’effort des éleveurs pour ralentir la production est néanmoins perceptible. « L’effectif de vaches laitières a enregistré une baisse saisonnière plus prononcée d’un mois à l’autre, passant de – 1,5 % au 1er mars à – 1,8 % au 1er avril d’une année sur l’autre », indique l’Idele. « Difficile de dire à ce stade le nombre d’éleveurs qui bénéficieront de l’aide du Cniel pour avoir réduit leurs livraisons mensuelles de – 2 à – 5 %/2019 en avril », poursuit l’institut. Les signaux de modération de production semblent peu suivis dans le Grand Ouest et en Normandie, deux bassins où la production « pourrait se maintenir voire progresser », avec une météo plus conforme aux normes printanières, en dépit de baisses de prix annoncées par Eurial, Savencia et Sodiaal.

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Dans les montagnes, la collecte est stationnaire : stable à l’Est, mais toujours à la baisse dans le Massif Central, en raison de la diminution du cheptel laitier mais aussi de l’impact de la crise sur la consommation de fromage AOP, avec une chute des ventes allant de – 40 % à – 60 %.

Par rapport à 2019, la progression de la collecte est négative en avril, à – 0,2 %, quand elle avait progressé de + 1,2 % au premier trimestre, grâce à la bonne qualité des fourrages et un prix du lait attractif.

Des écarts croissants sur le prix du lait de printemps

Le prix du lait standard devrait sans surprise s’infléchir au printemps, « pour retomber à mi-chemin entre le médiocre niveau de 2018 et le bon niveau de 2019 », estime l’Idele. Cependant, son évolution différera fortement en fonction des collecteurs : certains appliquent un malus ou une pénalité sur le lait payé au printemps pour modérer la collecte printanière, parfois compensé en été pour encourager la production en cette période qui marque généralement un creux. D’autres, comme Lactalis, maintiennent un prix de base identique. Le prix sera également différent en fonction des bassins laitiers.

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