Eau : d’anciens ministres de l’agriculture contre « le simplisme » du Sénat


TNC le 10/07/2026 à 11:12
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(© AdobeStock_Olivier Klencklen - regardgraphiste.com)

Alors que les sénateurs ont ajouté, dans leur version de la loi d’urgence, de nouvelles mesures sur le volet de la gestion de l’eau, cinq anciens ministres de l’agriculture ou de l’agroalimentaire s’élèvent contre une vision qu’ils jugent simpliste et problématique pour l’avenir du secteur agricole.

À l’approche de la commission mixte paritaire, qui doit trouver un compromis entre députés et sénateurs sur le projet de loi d’urgence agricole, plusieurs mesures ajoutées au texte par le Sénat continuent à faire polémique, à l’instar de l’irritant volet sur les néonicotinoïdes, ou de celui concernant la gestion de l’eau.

Dans une tribune publiée par le Figaro, les anciens ministres de l’agriculture Stéphane Le Foll, Marc Fesneau, Stéphane Travert, ainsi que Guillaume Garot, ministre délégué à l’agroalimentaire de 2012 à 2014 et Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée à l’agriculture en 2024, dénoncent ainsi plusieurs dispositions du texte.

Si les ouvrages de stockage de l’eau, dont le Sénat entend favoriser la construction y compris en zones humides, « apportent une partie de la réponse », « laisser croire que ces ouvrages créeraient une eau nouvelle, disponible sans limite, et régleraient toutes les questions serait mentir aux agriculteurs », estiment les signataires de la tribune, car « le stockage ne fabrique pas d’eau : le volume de cette ressource dépend du climat, de l’état des sols, des nappes et des rivières ». En parallèle, la destruction des zones humides, qui jouent un rôle dans la résistance au changement climatique, « créera à moyen terme de nouveaux problèmes » pour les agriculteurs comme pour l’ensemble des Français, ajoutent-ils.

Une gouvernance perfectible, mais « qui a fait ses preuves »

Alors que les sénateurs entendent également faire évoluer la gouvernance de l’eau, et mettre les agences de l’eau sous tutelle des ministères de l’agriculture et de l’économie, les anciens ministres défendent de leur côté l’efficacité du système actuel. « Il n’est pas parfait et peut être amélioré, mais il a fait ses preuves : il ajuste les décisions au terrain et donne à chaque partie prenante de la visibilité. Supprimer cette gouvernance ne supprimera pas les conflits entre usagers face à une ressource qui se raréfie sous l’effet du changement climatique », avancent-ils.

Pour les signataires, qui prônent une véritable politique de préservation » de la ressource, les solutions « simplistes et court-termistes » du Sénat desserviront à terme les agriculteurs tout en augmentant les tensions entre les usages. Ils appellent donc les parlementaires de la Commission mixte paritaire à refuser « le simplisme et la caricature » pour préserver l’agriculture et la souveraineté alimentaire.