Future Pac

Dans les campagnes, chaque agriculteur défend son bout de Pac


AFP le 14/04/2021 à 09:34
Sur les quelque neuf milliards d'euros d'aides européennes que touche chaque année la France, les « éco-régimes », un nouveau financement conditionné à des pratiques plus vertueuses, représenteront pas moins de 1,6 milliard d'euros, soit environ un quart des aides directes que touchent les agriculteurs. (©Pixabay)

Sur les quelque neuf milliards d'euros d'aides européennes que touche chaque année la France, les « éco-régimes », un nouveau financement conditionné à des pratiques plus vertueuses, représenteront pas moins de 1,6 milliard d'euros, soit environ un quart des aides directes que touchent les agriculteurs. (©Pixabay)

Tracteurs sur les routes, slogans chocs : ces dernières semaines, avant d'être aux prises avec le gel, les agriculteurs français se sont mobilisés pour alerter encore sur leur situation précaire et défendre « leurs » aides dans la future Pac, qui sera plus « verte ».

Selon les territoires qu’ils occupent, les productions et les méthodes agronomiques qu’ils portent en étendard, ils ne sont pas forcément éligibles aux mêmes aides européennes, lesquelles vont évoluer en 2023 pour donner une tournure plus agroécologique à la politique agricole commune européenne. Le calendrier s’accélère : le gouvernement compte finaliser d’ici l’été son « plan stratégique national », déclinaison française de la Pac qu’il devra soumettre à Bruxelles. Il a lancé mi-janvier la concertation autour de ce document qui noircira des milliers de pages, selon son cabinet.

Les premiers « arbitrages structurants » sont attendus « dans le courant du mois d’avril ». L’enjeu ? Une large part du revenu des paysans pour les années qui viennent.

Le verdissement crispe

Sur les quelque neuf milliards d’euros d’aides européennes que touche chaque année la France, les « éco-régimes », un nouveau financement conditionné à des pratiques plus vertueuses, représenteront pas moins de 1,6 milliard d’euros, soit environ un quart des aides directes que touchent les agriculteurs. « Ce n’est pas une petite somme », convient le ministère de l’agriculture.

Problème, les agriculteurs, notamment les céréaliers de la plaine du bassin parisien, estiment que la majeure partie d’entre eux ne seront pas éligibles à ces aides et perdraient ainsi 60 à 80 euros de subsides à l’hectare. « Quelque 70 % des agriculteurs français sont potentiellement éligibles », a assuré le ministre de l’agriculture Julien Denormandie, devant l’Assemblée nationale.

Pas suffisant pour calmer le syndicat majoritaire FNSEA : « Commencer la négo en expliquant qu’un certain nombre d’agriculteurs, quoiqu’il arrive, ne pourront pas y avoir accès, c’est notre ligne rouge », avertit Arnaud Rousseau, premier vice-président du syndicat majoritaire.

Les éleveurs au régime protéiné

Chez les éleveurs d’une large zone autour du Massif central, la colère gronde depuis plusieurs semaines. Des milliers d’éleveurs ont manifesté le 25 mars à Lyon et Clermont-Ferrand. Ils sont, disent-ils, sur le « pied de guerre » contre les prix d’achat trop bas de la viande bovine et la perspective d’une baisse des subventions européennes qui leurs maintiennent tout juste la tête hors de l’eau.

En jeu, l’enveloppe des « aides couplées » : environ un milliard d’euros attribuées à certaines productions en difficulté. S’il ne confirme pas les chiffres qui circulent, le ministère de l’agriculture reconnaît qu’une hypothèse est « sur la table » : « Prendre une partie des aides couplées animales pour les mettre sur les aides aux protéines végétales », et réduire la dépendance aux importations de soja en particulier pour nourrir le bétail.

Le ministère fait valoir que ces aides végétales pourront bénéficier aux éleveurs qui cultivent l’alimentation de leurs animaux.

Les zones moins fertiles redoutent l’abandon

Il n’y a pas que les représentants de certaines productions qui craignent pour leur avenir, mais aussi les agriculteurs de pans entiers du territoire. Il en va ainsi des zones intermédiaires, un croissant qui s’étend de l’Alsace jusqu’en Poitou-Charentes, qui se caractérise par des potentiels de production limités, notamment des sols moins fertiles.

« La FNSEA en a fait un point politique majeur, considérant que ces zones sont celles qui depuis trois réformes ont été les plus délaissées et qu’elles ont aujourd’hui des réalités économiques qui nécessitent qu’on les soutienne », explique Arnaud Rousseau.

Favoriser la relève

Le syndicat milite par ailleurs pour qu’on ne revalorise pas le paiement redistributif, une aide qui favorise les petites et moyennes exploitations et dont une révision à la hausse se ferait au détriment des aides versées aux zones intermédiaires. Ce dispositif, qui représentait dans l’ancienne Pac quelque 700 millions d’euros, est attribué aux 52 premiers hectares d’une exploitation et favorises l’installation des jeunes agriculteurs.

La Confédération paysanne a manifesté cette semaine pour son renforcement et, plus largement, contre la poursuite de l’agrandissement des fermes et la diminution du nombre d’agriculteurs. Et pour cause : selon l’Insee, plus de la moitié des agriculteurs (55 %) ont 50 ans ou plus. Ils partiront à la retraite dans les dix ans qui viennent.