Conjoncture viande bovine

Avec le déconfinement, de meilleures perspectives pour la filière ?


TNC le 20/05/2020 à 06:05
Le déconfinement va-t-il amorcer une dynamique permettant aux éleveurs de bovins viande de sortir de la morosité économique ? (©TNC)

Le déconfinement va-t-il amorcer une dynamique permettant aux éleveurs de bovins viande de sortir de la morosité économique ? (©TNC)

Le secteur de la viande bovine, déjà affecté par des prix bas, n’a pas été épargné par la crise du Covid-19, entre la disparition des débouchés pour la restauration collective, et des échanges perturbés. Le déconfinement pourrait améliorer la situation, au niveau des exportations comme de la consommation intérieure, avec un retour progressif à un équilibre carcasse plus habituel.

Le confinement a renforcé la morosité économique pour la plupart des éleveurs de bovins viande français. Les prix sont restés au plus bas faute de débouchés pour la viande en RHD et pour les cuirs en tanneries, et si la demande en haché a tiré les prix et les abattages de vaches laitières, les vaches allaitantes ont poursuivi leur repli.

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Après une progression de + 20 % le mois dernier, en lien avec le confinement, un tassement se fait sentir dans les ventes en GMS, à – 1 % par rapport à 2019, la semaine du 28 avril. « À l’approche du déconfinement, l’achat de « produits du confinement » paraît moins essentiel », indique l’Idele dans sa dernière note de conjoncture sur le secteur de la viande bovine.

Si la progression des achats de hachés surgelés s’est réduite par rapport à ce qui était observé en milieu de confinement, elle reste positive à + 17 %, pour une progression totale de la viande hachée surgelée de + 55 % sur les semaines de confinement par rapport à 2019. Les achats de viande hachée réfrigérée ont quant à eux augmenté de + 30 % sur la période par rapport à 2019.

La fin du confinement pourrait se traduire par un retour vers une gestion plus conventionnelle de l’équilibre carcasse. « La réouverture de drives et de services de livraison par la restauration commerciale, voire collective avec par exemple l’initiative de Sodexo de livrer des paniers repas « Ready to work », devraient peser dans les prochaines semaines », indique l’Idele.

Légère remontée des cours en fin de confinement

La dernière semaine du confinement, le nombre de vaches de type viande abattues a progressé légèrement (+ 1 % par rapport à 2019), et les abattages de vaches laitières étaient également en hausse (+ 2 %). Cependant, sur l’ensemble du confinement, les abattages de réformes laitières sont restés stables par rapport à 2019, tandis que les abattages de réformes allaitantes auront sensiblement reflué (- 7 %), faute de débouchés.

Les cotations des réformes ont repris quelques centimes au cours de la semaine du 4 mai, la cotation de la vache P s’est ainsi appréciée de 3 centimes par kg de carcasse, à 2,75 €/kg éc (- 5 % par rapport à 2019 et – 6 % par rapport à 2018), indique l’Idele. Celle de la vache O a progressé de 2 centimes, à 3,00 €/kg éc (soit – 8 % par rapport à l’année dernière et – 7 % par rapport à 2018). Les cours ont ainsi repris respectivement 9 et 8 centimes depuis le début de la remontée mais restent inférieurs de 15 et 25 centimes aux cours de 2019, précise l’Idele.

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Enfin, les cotations des réformes les mieux conformées reprennent toutes deux un centime : la vache U s’établit à 4,38 €/kg de carcasse (- 2 % par rapport à 2019, un cours identique à celui de 2018) pour la vache U, et 3,73 €/kg éc (- 3 % par rapport à 2019 et – 1 % par rapport à 2018) pour la vache R.

Les cours restent sous pression pour les jeunes bovins, notamment sur les JB viande, en lien avec une concurrence accrue au niveau européen. En cumul sur les huit dernières semaines, les abattages de jeunes bovins sont en baisse – 10 % pour les JB viande, et de – 20 % pour les JB lait. Le surstock en ferme peut s’estimer à environ une semaine de retard, indique l’Idele.

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Malgré le Covid, les échanges ont continué

Les échanges avec certains pays ont été particulièrement affectés par la crise sanitaire. C’est le cas avec l’Espagne. Les envois de broutards vers cette destination sont en baisse de – 16 % sur les trois premiers mois de 2020, comparativement à 2019, mais un redressement semble établi depuis le début du mois d’avril.

En revanche, la demande italienne est restée stable, et les envois de broutards ont même légèrement progressé sur la période janvier-mars, de + 0,8 % par rapport à 2019. Une augmentation qui « peut s’expliquer par le recentrage des achats alimentaires italiens sur les grandes surfaces dont les rayons font la part belle à la viande de JB issus d’animaux maigres français », dans une période de confinement, estime l’Idele. Par ailleurs, malgré une légère baisse, le commerce continue avec Algérie.

Dans les mois à venir, la crise sanitaire devrait cependant impacter les prix, d’habitude en hausse en mai. En effet, le marché italien de la viande semble un peu plus encombré ces dernières semaines, ce qui pourrait ralentir les entrées en atelier, le marché du broutard espagnol reste lourd, et l’export vers les pays tiers est complexifié par la crise et les restrictions liées au confinement.

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