Reportage

Après l’incertitude, la course des producteurs de sapins pour livrer à temps


AFP le 19/11/2020 à 18:45

Couper, emballer et recommencer... Après une attente qui leur a semblé interminable, les producteurs de sapins de Noël soufflent enfin : l'incontournable conifère fera bien partie de la fête en cette année de pandémie, mais le temps presse pour livrer à temps.

L’annonce officielle est tombée lundi soir : dès vendredi, fleuristes, jardineries et autres points de vente habituels seront autorisés à vendre des sapins de Noël, alors que l’ensemble des commerces dit « non-essentiels » restent fermés depuis le début du confinement, le 30 octobre.

Sur l’exploitation de Jérôme Vergely à Moulin-Mage dans le Tarn, pas une minute à perdre malgré la pluie et l’épais brouillard blanc : sept saisonniers travaillent d’arrache-pieds pour couper, conditionner et mettre en palettes quelque 20 000 sapins de différentes tailles et variétés.

« Ceux qu’on coupe aujourd’hui seront livrés la semaine prochaine », explique Jérôme Vergely, à la tête de cette entreprise familiale depuis 25 ans.

Alors, le producteur de 45 ans ne pouvait pas se permettre d’attendre le feu vert officiel des autorités pour lancer la machine : « on a été obligés d’embaucher bien à l’avance les saisonniers, d’engager les frais, de commencer à couper un peu, en espérant que tout irait bien », dit-il.

« Valeur classique »

Se fondant dans le paysage avec son ciré vert, son père, Jean-Claude Vergely, s’affaire à marquer avec des étiquettes de couleur les sapins selon leur taille. Pour lui, la perspective d’une année blanche était inimaginable : « si au 15 décembre on n’avait pas vendu, c’était foutu, l’année était perdue, avec des investissements énormes ». « D’autant plus que les sapins continuent à grandir, donc on ne peut pas les garder pour l’année d’après », les clients demandant des hauteurs bien spécifiques, précise-t-il.

En 2019, près de 2 foyers sur 10 ont acheté un sapin de Noël naturel, soit 5,8 millions d’arbres, pour un chiffre d’affaires de près de 160 millions d’euros, selon une étude réalisée par le cabinet Kantar.

« Ne pas pouvoir vendre de sapins cette année aurait été une catastrophe pour la filière, beaucoup d’entreprises, qui font tout leur chiffre d’affaires en un seul mois, auraient disparu, c’est sûr, car 80 % des producteurs ne font que ça », indique à l’AFP Frédéric Naudet, le président de l’Association française du sapin de Noël naturel.

Mais surtout, « on n’imaginait pas un Noël sans sapin, après toutes les privations de cette année. Les Français ont besoin de se recentrer autour de valeurs qui leur sont fondamentales, et le sapin de Noël est une valeur classique, traditionnelle de nos sociétés », estime-t-il, se disant « serein » sur les ventes, malgré le contexte de crise sanitaire.

Incertitudes

Du côté de l’Ariège, à Montjoie-en-Couserans, l’effervescence est aussi au rendez-vous dans la petite entreprise de France Sapin Bio, même si les perspectives pour l’année 2020 sont encore incertaines.

Cette production de niche reste rare « mais il y a une demande et on augmentait progressivement nos volumes d’année en année », souligne Hugo Querol, le responsable commercial.

En 2019, l’entreprise a vendu quelque 14 000 sapins bio – entre 5 à 10 euros plus chers qu’un sapin non certifié -, principalement aux magasins bio, collectivités et associations de parents d’élèves. Des acheteurs aux commandes plus aléatoires que les grandes jardineries.

À cause du feu vert, « tardif », des autorités, « on a commencé la coupe très tard, le 12 novembre, alors que normalement c’est début novembre », souligne M. Querol. « Et en plus cette année les clients veulent prendre moins de risques, il y a moins de commandes », déplore-t-il, tablant sur une vente de 8 000 à 10 000 sapins.

Mais envisageant déjà l’avenir différemment, l’entreprise ariégeoise a accéléré ses ventes en ligne avec livraisons à domicile, et développé toute une gamme de produits dérivés du sapin bio -huiles essentielles, eau florale, etc.-, afin de « valoriser le sapin autrement ».