Les coopératives céréalières ne peuvent plus amortir la succession de crises


TNC le 23/09/2026 à 15:58
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L'effet amortisseur des coopératives céréalières "trouve ses limites face à la répétition de crises agricoles", prévient LCA métiers du grain. (© Adobe Stock_Nicolas Dieppedalle)

Si les coopératives céréalières jouent un rôle de tampon pour leurs adhérents fragilisés par les coups durs, « la crise ne s’arrête pas aux portes des exploitations », rappelle le président de La Coopération Agricole métiers du grain. Il demande à l’État des mesures d’urgence pour consolider les trésoreries, mais aussi un soutien au plan Infrastructures 2030 afin de faciliter les investissements reportés à cause de la conjoncture.

« Après le choc climatique, il faut à tout prix éviter que la crise agricole ne devienne une crise industrielle », prévient Antoine Hacard, président de La Coopération Agricole (LCA) métiers du grain, ce 23 septembre. « Nous sommes des activités de coûts fixes, nous avons besoin de volumes », ajoute-t-il.

Or, la production céréalière française recule depuis plusieurs années, soumise à des chocs climatiques répétés. La récolte de blé 2026 est ainsi estimée inférieure à 32 Mt, quand elle était de 40,9 Mt en 2015, rappelle le président de LCA métiers du grain. Les orges sont de leur côté en retrait de – 10 % pour celles d’hiver, mais de – 30 % pour celles de printemps, et le maïs chute de – 44 % à 7,5 Mt.

Géopolitique et été 2026 : les surcoûts à leur maximum

Si la moisson 2026 s’est traduite par des récoltes en nette baisse, elle a aussi généré des difficultés organisationnelles supplémentaires pour les coopératives. Horaires étendus, travail de nuit, démarrage précoce moins compatible avec la disponibilité des saisonniers ont constitué autant d’adaptations à trouver, parfois au prix de coûts supplémentaires.

À ces derniers s’ajoutent la flambée des coûts de l’énergie liée à la guerre au Moyen-Orient, précise Antoine Hacard. En deux ans, les coûts de transport ont augmenté de + 20 %. En parallèle, les producteurs doivent quant à eux faire face au renchérissement du prix de l’engrais et du carburant. Entre 2025 et 2027, les coûts de production d’une tonne de blé progresseraient ainsi de + 20 €/t pour l’azote, + 10 €/t pour le GNR, et + 15 €/t pour les engrais de fond, estime le président de LCA métiers du grain, soit une augmentation globale de + 50 €/t de blé produit.

Pour autant, en dépit de l’augmentation des coûts de production, et de la faible récolte française, les coopératives ne sont pas en capacité de rémunérer davantage leurs adhérents, puisque « le marché est mondialisé, et les fondamentaux font qu’il n’y a pas de tension particulière aujourd’hui » dans l’approvisionnement en céréales, avec une récolte mondiale de blé attendue autour de 810-822 Mt, explique Antoine Hacard.  

240 M€ de marge en moins

« On a temporisé un certain nombre de crises céréalières », poursuit-il, citant les années 2024 et 2026 catastrophiques, mais aussi la mauvaise moisson de 2016. Cependant, « notre situation financière se dégrade, on est beaucoup moins capables d’atténuer les crises », déplore Antoine Hacard. Ainsi, les organismes stockeurs vont cette année encaisser une perte d’environ 240 M€ de marge, après avoir perdu 300 M€ de marge en 2024, explique-t-il. En parallèle, l’augmentation des charges financières a été exponentielle avec aujourd’hui près de 40 % de l’Ebitda absorbé par les frais financiers.

Les conséquences se verront sur le plan industriel, avec un report des projets de modernisation, de rénovation, et moins de moyens pour accompagner les transitions, explique LCA Métiers du grain.

Soutien urgent et aide aux investissements

Dans ce contexte, les coopératives céréalières demandent, d’une part, la mise en place de deux mesures urgentes, notamment l’augmentation du taux de l’aval. « Les coopératives bénéficient d’une caution de l’État sur leurs stocks de céréales, qui apporte une garantie financière sur la valeur de nos stocks. On demande à ce qu’elle soit portée de 70 à 80 % car ça rassure nos financeurs, qui sont ainsi prêts à accorder des lignes de trésorerie de court terme supplémentaires », détaille Antoine Hacard. Une mesure qui ne coûterait rien au budget de l’État et qui pourrait être mise en place dans les prochains jours, espère-t-il.

En parallèle, LCA métiers du grain appelle à simplifier davantage l’aide à l’achat d’engrais azotés, aujourd’hui trop complexe. Alors qu’« on est aujourd’hui en risque logistique avéré, il est probable que certains agriculteurs n’aient pas l’engrais à temps pour l’utiliser en 2027 », déplore son président.

Enfin, pour préparer l’avenir, LCA métiers du grain a élaboré un plan « Infrastructures 2030 », chiffré à 4,3 milliards d’euros pour accompagner la rénovation et développer les capacités de stockage sur 15 ans. Si une part importante sera financée par les fonds propres des coopératives, « pour impulser ce mouvement, on a besoin du soutien de l’État et de la création d’un guichet pour aider à le financer », indique Antoine Hacard.