« Le plan de relance agricole doit être l’occasion de reconfigurer les filières »


AFP le 23/10/2026 à 17:15
46f0cfb1-d-le-plan-de-relance-agricole-doit-etre-l-occasion-de-reconfigurer-les-filieres

(© Vallaud_NégoceExpansion/Banque d'images FranceAgriTwittos)

Le « plan de relance agricole » du gouvernement doit privilégier la reconfiguration des filières pour « bâtir des systèmes moins vulnérables aux aléas climatiques et géopolitiques », au-delà de l'adaptation des bâtiments d'élevage et du stockage de l'eau, plaide vendredi un groupe de réflexion.

Face à la sécheresse et aux canicules à répétition, le gouvernement français a débloqué plus d’un milliard d’euros pour « l’urgence » et promis une deuxième enveloppe de 500 à 700 millions d’euros pour « la relance » de l’agriculture en 2027, et notamment son adaptation aux changements climatiques. 

Si le contenu de cette enveloppe est encore flou, l’adaptation des bâtiments d’élevage, le stockage de l’eau ainsi que le financement de « projets d’avenir » et de prêts à taux zéro font partie des pistes évoquées.

Mais leur mise en œuvre dépendra largement de l’adoption du budget, en cours d’examen au Parlement, rappellent Lucile Rogissart et Maria Siefert, de l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE), dans un éditorial qui accompagne une étude sur les soutiens publics aux investissements agricoles et alimentaires.

Cette étude, publiée vendredi et écrite avec la chercheuse Olia Tayeb Cherif, montre qu’entre 2022 et 2024, les secteurs agricoles et alimentaires ont bénéficié d’environ 2 milliards d’euros par an de soutiens publics (européens, nationaux ou locaux) pour leurs investissements physiques hors foncier (bâtiments, matériels, plantations…).

« Parenthèse de soutien élevé »

Cette période fut « une parenthèse de soutien élevé à l’investissement (avec les plans France Relance et France 2030 post-Covid, NDLR), a priori appelée à se refermer » avec les contraintes budgétaires, rappellent les autrices.

Sur ces 2 milliards, environ 30 % (600 millions d’euros) ont été « au moins théoriquement orientés en faveur d’une transition plus résiliente et durable » (production d’énergies renouvelables, réduction ou optimisation des consommations d’énergie, d’eau et de produits phytosanitaires et d’engrais), même si, dans les faits, ces objectifs n’ont pas toujours été remplis.

Seulement 10 % de ces 600 millions ont financé « des transitions structurelles » : diversification des productions végétales, accompagnement de la diminution ou de la réorganisation des cheptels d’élevage, développement de l’agriculture biologique, relocalisation des cultures pérennes dans des zones climatiques plus favorables.

Ces transitions structurelles impliquent des « reconfigurations particulièrement importantes à l’aval (silos, abattoirs, laiteries, etc.), maillon qui ne bénéficie pourtant que de très peu de soutiens aux investissements », selon l’étude.

Dans leur éditorial, les deux autrices soulignent que l’enveloppe du plan de relance pour 2027, bien que conséquente, « ne suffira pas à faire la transition complète du modèle agricole français » et appellent à « réinterroger l’ensemble des soutiens publics aux secteurs agricole et alimentaire ».

Projets et prêts sous conditions 

« Pour sécuriser les agriculteurs et la production agricole, l’adaptation aux effets du changement climatique est évidement nécessaire, mais pas suffisante. Il faut aussi réduire les dépendances aux importations d’intrants critiques, dont les énergies fossiles, les engrais et les tourteaux de soja », plaident-elles.

Il faut également « s’inscrire dans une trajectoire de transition agroécologique, pour préserver la stabilité du climat, la biodiversité, l’eau et les sols, qui sont à la base même de la production agricole », ajoutent les autrices.

Ainsi, elles jugent que l’adaptation des bâtiments à la chaleur et la construction d’ouvrages de stockage d’eau doit s’accompagner d’une réflexion plus large sur la transition agro-écologique et la réduction des dépendances.

Le financement de « projets d’avenir », qui vise à adapter les productions en remplaçant par exemple des vignes par des pistachiers dans le Sud ou en structurant des filières pour assurer des débouchés à ces nouvelles productions, leur paraît être un dispositif pertinent. Elles appellent toutefois l’État à compléter cette aide à l’investissement par une « aide à l’accompagnement » de ces projets.

Pour garantir l’efficacité de ces projets et des prêts à taux zéro, il faudrait qu’ils intègrent des critères pour garantir leur « compatibilité (…) avec les projections climatiques et de ressources en eau dans le territoire » et « leur contribution à la diversification des productions » ainsi qu’à « l’indépendance stratégique vis-à-vis de produits critiques fortement importés (énergie fossile, engrais, tourteaux de soja) », estiment enfin les autrices.