Herbicide

Le glyphosate, controversé de San Francisco au Sri Lanka


AFP le 20/03/2019 à 14:58

Attaqué partout sur la planète, mais jusqu'ici rarement interdit ou condamné : tour d'horizon des restrictions du glyphosate, substance de base du Roundup et désherbant le plus utilisé au monde.

Classé « cancérigène probable » depuis 2015 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le glyphosate est utilisé sous diverses marques, depuis que le brevet détenu par le groupe américain Monsanto est tombé dans le domaine public en 2000. La plus célèbre reste le Roundup fabriqué par Monsanto, qui appartient désormais au géant allemand de la chimie Bayer.

États-Unis

Mercredi, un jury américain a condamné Monsanto à verser plus de 80 millions d’euros à un retraité malade d’un cancer qu’il attribue au Roundup, le septuagénaire Edwin Hardeman. En août dernier, un tribunal de San Francisco avait déjà condamné Monsanto à verser 289 millions de dollars à Dewayne Johnson, atteint du même cancer, estimant non seulement que le Roundup en était la cause mais que Monsanto avait agi avec malveillance en dissimulant les risques de ses produits au glyphosate. Cette somme a ensuite été ramenée à 78,5 millions de dollars tandis que Bayer a parallèlement fait appel du fond du verdict.

Le géant de l’agrochimie affirme pour sa part que « la science confirme que les désherbants au glyphosate ne causent pas le cancer ». Des milliers de procédures contre Monsanto sont en cours aux Etats-Unis, à des degrés divers d’avancement, mais le procès Hardeman, qui pourrait durer encore environ deux semaines, est un « procès test » dont l’issue servira officiellement de baromètre pour les procès regroupés avec lui.

Europe

Après deux ans de débat particulièrement houleux, fin 2017, les Etats membres de l’Union européenne (UE) ont renouvelé pour cinq ans la licence du glyphosate. La Commission européenne, organe exécutif de l’Union, met en avant le feu vert de ses agences scientifique, l’Efsa (sécurité des aliments) et l’Echa (produits chimiques), qui n’ont pas classé la substance comme cancérigène. Mais l’indépendance de l’Efsa a été mise en doute par des révélations de journaux selon lesquels son rapport comporterait des passages copiés/collés d’un document déposé en 2012 par Monsanto. Le gouvernement français a pour sa part promis que le glyphosate serait interdit « dans ses principaux usages » d’ici 2021, et « pour tous les usages » d’ici cinq ans.

Amérique latine

Le président colombien Ivan Duque s’est lui prononcé pour une reprise des pulvérisations aériennes de glyphosate, bannies par la Cour constitutionnelle en 2015, pour faire face à une hausse record des narco-plantations.

Au Brésil, la justice a demandé en 2015 à l’Agence nationale de surveillance sanitaire (Anvisa) d’évaluer « en toute urgence » sa toxicité en vue d’une éventuelle interdiction. Le puissant lobby agricole brésilien voit d’un mauvais œil une éventuelle restriction.

Au Salvador, il a fait partie d’une liste de 53 produits pour l’agriculture interdits en 2013. Mais l’interdiction a ensuite été levée pour cet herbicide et dix autres produits, tandis qu’une commission était instaurée pour en évaluer les risques.

En Argentine, le conflit est quotidien entre des habitants préoccupés et les producteurs agricoles, pour qui le produit est indispensable. Sans législation nationale, les maires ont émis des arrêtés municipaux pour encadrer la fumigation. Ces règles sont généralement contestées par les producteurs, ce qui accentue le conflit.

Sri Lanka

Soupçonné de provoquer une nouvelle maladie des reins parmi les habitants des zones de production de riz, l’herbicide a été interdit au Sri Lanka en juin 2015 à la suite d’une promesse électorale du président Maithripala Sirisena. Mais la communauté scientifique sri-lankaise a souligné l’absence d’étude associant directement le glyphosate à cette « maladie rénale chronique » et l’interdiction a été partiellement levée en mai 2018, avec une autorisation d’utilisation dans les plantations de thé et d’hévéa.