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Méthanisation

G. Berson : « Du biogaz pour 2 000 foyers à partir de déchets organiques »


TNC le 23/05/2019 à 05:55
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5,2 millions d'euros, 2 ans de réflexion et 1 de construction... Le méthaniseur de la BLB Gaz a demandé beaucoup d'énergie avant d'être inauguré le 17 mai dernier. Il devrait produire 170 Nm3/h de gaz vert grâce à 10 000 t de déchets agroalimentaires. De l'énergie renouvelable vertueuse car le digestat retourne ensuite dans les parcelles et réduit la dose d'engrais chimique de 50 %. Une diversification intéressante pour les agriculteurs qui, par ailleurs, pourrait changer leur image auprès du grand public.

Le méthaniseur de la  BLB Gaz, installé à Saconin-et-Breuil dans l’Aisne, fournit du gaz à plus de 2 000 foyers depuis sa mise en service en juillet 2018. Pour cela, il a fallu raccorder le site au réseau GRDF installé à Soissons, à deux kilomètres. Chaque heure, l’installation injecte 170 Nm3 de méthane vert.

Avant de se lancer, les associés de l’entreprise ont étudié toutes les possibilités techniques, une réflexion longue de deux ans. « Ensuite, il faut compter un an pour la construction », entame Guillain Berson. La semaine dernière, l’heure de l’inauguration sonnait enfin ! Isabelle Létrillart, conseillère départementale de l’Aisne, a rappelé que ce projet apporte des réponses aux problèmes environnementaux actuels. « Produire du gaz vert, c’est une initiative qui devrait redorer l’image de l’agriculture auprès du grand public », ajoute-t-elle.

Une seule vache, mais en béton

Et  Guillain Berson de poursuivre : « La technique exige une assiduité quotidienne et des astreintes la nuit et le week-end pour nourrir le digesteur. Mes associés et moi redécouvrons l’élevage. La seule différence avec une exploitation laitière, c’est que notre troupeau compte une seule grosse vache, mais en béton ! Ici, nous élevons plutôt les bactéries qui dégradent la matière organique. »

Lors de l’inauguration du site, les élus et les associés de la BLB Gaz ont symboliquement coupé le ruban. (©TNC)

La ration annuelle est composée à 50 % de coproduits agricoles (déchets des industries agroalimentaires du secteur, résidus et cultures intermédiaires à valorisation énergétique (CIVE)) et 40 % de pulpes déshydratées de betteraves sucrières. Les 10 % restants sont des lots non conformes issus de silos, de l’alimentation animale ou encore des oignons. « C’est un cercle vertueux qui transforme les déchets organiques en gaz. Celui-ci remplace la version fossile importée », rappelle Marc Delatte, député de Chauny-Soissons.

Côté projet, l’exploitant rappelle l’importance de la communication, pour éviter d’effrayer les riverains et ainsi, les levées de bouclier. « Aussitôt la réflexion entamée, nous avons communiqué auprès des habitants des communes avoisinantes et des élus locaux. Nous avons mené des réunions d’information pour expliquer et être transparents. Dans notre cas, le site est isolé. Aucune nuisance liée au transport ni des marchandises, ni du digestat. C’est une étape clé et primordiale pour l’acceptabilité du site », insiste le jeune producteur.

5,2 millions d’euros d’investissement

« Actuellement, la plateforme reçoit 10 000 t de déchets par an. Il faut être capable de stocker un an de nourriture pour faire face à la saisonnalité et à d’éventuels aléas. Pour éviter les odeurs, tout est entassé sous forme d’ensilage », souligne Guillain pendant la visite. « L’année prochaine, nous devrions doubler la capacité du site. Auparavant, les démarches administratives imposent de passer du mode « déclaratif » au mode « enregistrement » », ajoute-t-il.

L’installation est gérée grâce à un ETP (équivalent temps plein). Nous avons tous été formés par le constructeur pour être capables d’intervenir si besoin. En cas d’urgence, c’est l’associé en charge du dossier qui intervient, il maîtrise l’installation pour y travailler quotidiennement ! », reprend le producteur.

Avant d’être injecté dans le réseau, le gaz traverse les filtres à membranes pour éliminer le CO2 et atteindre 97 % de pureté. (©TNC)

Outre l’investissement humain, il a fallu débourser 5,2 millions d’euros. « Même si le projet est subventionné à 15 % par les fonds européens Feder, l’investissement est colossal ! » s’exclame Guillain. Et de compléter : « Sans le soutien de notre banque, impossible de voir le projet sortir de terre. L’installation industrielle bénéficie de faibles marges. Le retour sur investissement prévu par le business plan est autour de huit ans. L’injection directe garantit le prix et le volume d’achat par le distributeur grâce au contrat signé entre les deux sociétés. »

50 % d’engrais chimique en moins grâce au digestat

À la sortie du méthaniseur, le gaz n’est pas conforme aux exigences de la norme « H » (haut pouvoir calorifique). La concentration en méthane doit être de 97 % minimum, il faut épurer le gaz. Des filtres à membranes suppriment le CO2 et le rejettent dans l’atmosphère.

« L’ennemi des réseaux, c’est le souffre (H 2S). Il est très corrosif pour les installations, nous devons l’éliminer. Après deux analyses non conformes, la vanne se ferme automatiquement et le gaz retourne vers l’épurateur. À l’inverse, il travers un « tampon » de THT (tétrahydrothiophène), la fameuse substance odorante qui donne au gaz cette odeur que tout le monde connait. Grâce à une différence de pression, qui privilégie le biogaz, celui-ci est évacué vers Soissons », témoigne un technicien GRDF.

Le gaz traverse le poste d’injection où il est odorisé grâce à du THT pour obtenir l’odeur que chacun connait. (©TNC)

Autre avantage : le digestat retourne aux champs et fertilise les parcelles de huit exploitations agricoles. « Au total, près de 1 800 ha reçoivent du digestat. La dose d’engrais chimique épandue a diminué de 50 % depuis la mise en service. La boucle vertueuse est bouclée !», conclu le jeune agriculteur convaincu.

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