ZNT

Alexandre Portier : « J’envisage de semer une bande fleurie à coté du blé »


AFP le 01/10/2020 à 17:05
L'État a fixé des distances minimales de sécurité allant de 5 à 20 mètres, selon les cultures et les produits. (©Christian Schwier/fotolia)

L'État a fixé des distances minimales de sécurité allant de 5 à 20 mètres, selon les cultures et les produits. (©Christian Schwier/fotolia)

Dans sa parcelle de grande banlieue parisienne qui bute sur les clôtures des lotissements, Alexandre Portier se creuse la tête : il cherche un moyen « intelligent » de semer les bandes de terre qu'il n'a plus le droit de cultiver avec l'aide de pesticides de synthèse.

Las, le céréalier de 25 ans foule la terre où ses betteraves sucrières sont à la peine, comme avant elles le blé et le maïs. Mais ce n’est pas seulement cette moisson « catastrophique » qui lui « fait mal au cœur » .

Une bande de près de deux mètres de large est gagnée par les pissenlits et les chardons. Les mauvaises herbes ont grainé dans sa parcelle et commencé à « entrer en concurrence » avec la culture.

Dans cette zone à cheval entre le Val-d’Oise et l’Oise, à une heure de route de Paris et régulièrement grignotée par l’urbanisation, il n’avait rien semé le long des grillages qui entourent les pavillons.

Il a en effet eu « très peu de temps pour s’organiser » après l’arrêté qui a entériné, en toute fin d’année dernière, la mise en place de zones non traitées (ZNT), des zones tampon entre les cultures et les riverains dans lesquelles il est interdit de pulvériser des pesticides de synthèse. L’État a fixé des distances minimales de sécurité allant de 5 à 20 mètres, selon les cultures et les produits.

La profession agricole est largement opposée à cette réglementation. Que les défenseurs de l’environnement jugent insuffisante pour protéger la nature et les riverains, mais aussi illisible en raison de multiples dérogations.

Dans le cas d’Alexandre Portier, la distance peut être ramenée de 5 à 3 mètres s’il utilise du matériel limitant le dépôt de produits en dehors des zones traitées.

Lire à ce sujet : Une nouvelle liste de matériels homologués pour réduire ces ZNT

Investir pour fleurir

Ce membre de la branche locale du syndicat des Jeunes Agriculteurs, installé depuis deux ans sur 100 hectares, a fait ses calculs : chez lui, les ZNT concernent potentiellement deux hectares. « Ce sont des surfaces sur lesquelles je n’ai pas de revenus, mais sur lesquelles je paie un loyer, j’ai des emprunts, des charges, et je vais devoir les entretenir mécaniquement, investir dans du matériel », grince le jeune homme, dont les équipements ne sont pas adaptés pour travailler sur une largeur de trois mètres.

Il déplore une décision venue « d’en haut », qui présente l’agriculteur comme un danger et le laisse s’en débrouiller sur le terrain. Lui revendique un travail « raisonné », « vertueux », « dans le respect des habitations ».

Alexandre Portier est intarissable sur l’agriculture de conservation des sols, pratique cherchant à supprimer le labour, réduire les intrants chimiques et multiplier les couverts végétaux pour enrichir les sols et capter le carbone. Ce système de culture implique toutefois de désherber les champs non labourés avec du glyphosate avant de semer de nouvelles cultures.

Il n’est donc pas question pour lui de se passer totalement des pesticides de synthèse. Ni d’abandonner ses ZNT à la nature, surtout pas aux mauvaises herbes qui risquent de se propager et « salir » sa parcelle, l’obligeant à utiliser plus de désherbant sur celle-ci. « C’est illogique », tranche-t-il.

Alors, si la météo le permet, il envisage de semer une bande fleurie à côté du blé qui prendra prochainement la place des betteraves.

Grande inconnue : le coût, entre le matériel à trouver et l’achat des semences. Le céréalier sait en revanche qu’il ne pourra pas valoriser ces ZNT via les aides européennes à l’agriculture, qui imposent de disposer d’un certain nombre de « surfaces d’intérêt écologique » (SIE) : il a déjà assez de SIE à déclarer avec les prairies qu’il cultive pour alimenter en foin les écuries de course de Chantilly et les centres équestres des environs.

Derrière lui, la moissonneuse-batteuse trace dans un champ de maïs asséché, aux épis rares. « J’ai récolté deux tonnes à l’hectare sur une parcelle, quand il en faudrait au moins huit pour couvrir mes charges. Dans ce contexte, on ne peut pas investir 30 000 euros juste pour entretenir des bandes fleuries ».