Au Gaec des Ifs (61)

Un boviduc pour doubler la surface accessible aux vaches


TNC le 01/03/2021 à 11:04

Grâce au boviduc, l'éleveur a rendu accessible les 15 ha de prairies de l'autre côté de la route. (©TNC)

Grâce au boviduc, l'éleveur a rendu accessible les 15 ha de prairies de l'autre côté de la route. (©TNC)

Plutôt que de traverser la route, les vaches passent désormais en-dessous via le boviduc. (©TNC)

Plutôt que de traverser la route, les vaches passent désormais en-dessous via le boviduc. (©TNC)

La route a été coupée plusieurs semaines le temps des travaux. (©Benoit Guerin)

La route a été coupée plusieurs semaines le temps des travaux. (©Benoit Guerin)

Au Gaec des Ifs (Orne), le boviduc fera sa deuxième saison cette année. Un investissement pour l'éleveur mais qui lui permet d'ajouter 14 ha de prairies accessibles pour son troupeau de Normandes.

« Avant, on faisait traverser la route aux vaches mais avec le robot de traite, c’était devenu compliqué », explique Benoit Guerin. Et parce qu’il est convaincu que robot et pâturage ne sont pas incompatibles, l’éleveur normand a construit un boviduc.

Le Gaec des Ifs (61) en quelques chiffres :
2,5 UMO (2 associés et 1 apprenti)
95 ha de SAU
70 vaches laitières de race Normande
Référence de 427 000 litres (laiterie Gillot)
Production de 6500 l/VL
Taux moyens : 46/35
Production d’une trentaine de bœufs chaque année

25 ares/vache imposés par l’AOC

C’est au cœur du bocage normand, dans l’Orne, que Benoit et sa femme Nathalie élèvent 60 vaches laitières. Si le robot de traite a vu le jour en 2012 sur l’exploitation, les éleveurs souhaitaient garder une part importante de pâturage dans leur système. De plus, leur laiterie Gillot leur impose un minimum de 25 ares/vache dans le cadre de l’AOC pour la production de fromages camemberts et du Pont-l’Evêque.

« Nous disposons d’un noyau de 25 ha autour de l’exploitation sur lequel les vaches pâturent, explique Benoit Guerin. Les autres prairies sont plus éloignées : nous avons 15 ha à 5 km, 15 autres à 4 km et 10 ha à 3 km. Sur ces parcelles, on y met les élèves et nous passions jusqu’à présent avec l’autochargeuse. »

Grâce au boviduc, l’éleveur a rendu accessible les 15 ha de prairies de l’autre côté de la route. (©TNC)

Mais sur les 25 ha autour de la ferme, il y avait un hic : la route à traverser pour plus de la moitié. « C’est une petite route de campagne. Pour autant, elle est assez passante. Ça nous rebutait de devoir faire traverser les vaches et ça semblait compliqué avec le robot de traite. On essayait plutôt d’y mettre les taries ou les élèves, mais on passait sous la barre des 25 ares/vache avec 11 ha seulement collés à la ferme. »

25 000 € d’investissement dans un boviduc

Alors pour pouvoir conserver l’AOC (leur apportant une plus-value d’environ 15 000 €/an), mais aussi pour mieux valoriser le pâturage (et aussi pour plus de tranquillité), le couple s’est penché sur la création d’un tunnel sous la route : le fameux boviduc. « Comme c’est une route communale, j’ai fait la demande auprès du maire qui a accepté en me demandant de prendre à ma charge la remise en état de la route », se souvient Benoit.

Plutôt que de traverser la route, les vaches passent désormais en-dessous via le boviduc. (©TNC)

Les travaux ont débuté en mai 2020 et ont duré une dizaine de jours : « Nous avons creusé la tranché, inséré le tunnel qui mesure 15 m de long sur 3 m de diamètre. Au sol, on a coulé du béton sur 2,10 m de large. Puis nous avons fait passer des tuyaux pour drainer l’eau dans le boviduc. Il a ensuite fallu recouvrir le tout : nous avons mis 30 tonnes de cailloux, coulé du béton au-dessus et fait poser 10 cm d’enrobé à chaud. » Un sacré chantier pour un coût total de 25 000 € (comprenant la création de la pente de part et d’autre du boviduc et l’achat de glissières pour installer en haut des talus).

La route a été coupée plusieurs semaines le temps des travaux. (©Benoit Guerin)

« Les premières vaches sont passées dans le tunnel le 17 juin 2020, se souvient l’éleveur. Finalement, l’apprentissage a été assez rapide. Dès que les plus courageuses sont passées, les autres ont suivi. Nous en avons profité pour refaire le chemin d’accès et les clôtures dans ces parcelles ainsi que de faire venir l’eau. » Avec 14 ha supplémentaires dans la rotation pour les vaches (11 contre le bâtiment et 14 de l’autre côté de la route), l’éleveur a redessiné un total de 35 paddocks avec un objectif d’1 jour/paddock. « On passe maintenant à 35 ares/vaches », explique-t-il soulagé.

Malheureusement, on finance du matériel pour faucher de l’herbe mais pas pour que les vaches aillent la récolter d’elles-mêmes…

Avec son boviduc, plus besoin d’ autochargeuse. Benoit l’a revendu : « Elle n’a servi l’an dernier qu’à faucher la luzerne en fin de cycle. » Alors certes le boviduc représente un gros investissement mais l’éleveur n’a aucun regret, si ce n’est de n’avoir obtenu aucune aide : « Il sera amorti en deux ans avec la plus-value de l’AOC mais je ne comprends pas qu’on finance autant de matériel pour aller faucher de l’herbe alors qu’on n’aide pas en faveur du pâturage. » Mais ça c’est un autre débat…

La gestion du pâturage avec le robot de traite :

La porte de pâturage fait un premier tri et ne laisse plus sortir les vaches après 20 heures. « Ça les force à passer au robot. Elles ne peuvent ressortir qu’à minuit », explique Benoit qui continue toujours à distribuer une ration le matin pour que les vaches reviennent au bâtiment. « Elles doivent ensuite repasser par la porte de tri et ne pourront ressortir que si elles sont allées se faire traire. » Et il confie : « Si on est en moyenne à 2,5 traites l’hiver, il faut accepter que ça diminue l’été. On est à 2,1 environ. »